CHAPITRE PREMIER
102. Nous venons de voir qu'on peut donner l'explication de tons les phénomènes de la chaleur au moyen de deux hypothèses différentes. Dans Pune , on suppose un fluide universel'ement répandu dans les corps, et qui donne lieu à la production des divers effets qu’on attribue au calorique , lorsqu’il exécute certains mouvemens ; dans l’autre, on suppose également l'existence d’un fluide, mais qui, dans certaines circonstances , sous l'influence de certaines causes, abandonne les corps ou s’y accumule, et produit alors les phénomènes du froid et de la chaleur. Ce fluide tend toujours à se mettre en équilibre. Ces deux systèmes rendaient également raison des phénomènes de la production et de la propagation de la chaleur d’une manière satisfaisante, jusqu’à ces derniers temps, où des expériences de MM. Dulong et Petit tendent à établir leur analogie avec certains phénomènes galvaniques ou électriques. Le système de l'émission semblait même peut-être se prêter aux explications avec plus de simplicité, et’ comme tel il aurait mérité la préférence, si l'identité dé la lumière et du calorique, démontrée par tant de phénomènes, n'avait soutenu celui des ondulations. Une troisième opinion partageait autrefois les savans'sur la cause de la chaleur. On a pensé qu’elle pouvait être produite par un mouvemett intestin et vibratoire des molécules des corps ;mais ce système, qui paraît combattu par
des observations directes, est maintenant généralement abandonné. Ce n’est plus qu’en Allemagne qu’il peut encore compter quelques partisans.
Quoi qu’il en soit, nous ne nous arrêterons pas davantage sur ces idées théoriques, qui n’entrainent que de bien légères différences dans l’explication des phénomènes, et nous nous bornerons désormais à l’étude de ceux-ci, abstraction faite de la cause qui les produit.
184. Déjà nous avons dû donner quelques notions générales sur les effets du calorique; nous avons vu qu’en contrebalançant le pouvoir de l’affinité et de l’attraction , il maintenait tous Les corps dans l’état habituel où nous les voyons; mais que lorsqu'il devient surabondant, il nécessite tous les changemens d’état que l’on remarque dans les corps, et les fait successivement passer de l’état solide à Pétat liquide et de l’état liquide à l’état gazeux, de même qu’en diminuant d'intensité, il les ramène à la liquidité et à la solidité. Il offre aussi cet effet général dans les intervalles qui sépare les divers changemens d’état des corps, de les dilater par son accumulation, c’est-à-dire d’éloigner leurs molécules, et de les contracter par sa diminution, c’esc-à-dire de rapprocher leurs molécules, phénomènes qu’on doit considérer comme faisant le passage d’un changement d’état à l’autre. Déjà nous avons étudié les lois de cette dilatation et de cette contraction dans les corps solides, liquides et gazeux, et nous avons vu qu’elles ont servi à linvention de plusieurs instrumens propres à mesurer l'intensité de la chaleur et les variations de température, tels que les pyromètres , les thermomètres à liquides et à gaz; nous avons fait connaître ces instrumens, leur construction et leurs applications diverses. [| serait inutile de revenir maintenant sur cé genre d'action de la part du calorique, et de rappeler de nouveau l’attention sue
Îles changemens d’état et de dimension des corps : nous avons donné ces notions dans les chapitres qui traitent des propriétés particulières de chacun des états qu’affectent les corps , parce qu’elles nous ont semblé y être plus à leur place, et nous y renvoyons le lecteur.
1895. Ce qu’il nous reste à dire du calorique sera partagé en trois sections; nous ferons d’abord connaître les lois et les circonstances de la formation et du développement de la chaleur, et nous indiquerons ses principales sources; nous étudierons ensuite la manière dont elle se propage dans les différens corps, soit à distance par rayonnement, soit par le contact ; enfin, en traitant de la capacité des corps pour le calorique, nous ferons connaître ce qu'on entend par calorique latent ou spécifique, et nous indiquerons les principales méthodes à l’aide desquelles on mesure cette portion de calorique insensible à nos organes, insensible au thermomètre, qu’on regarde généralement comme combinée avec les corps.
SECTION PREMIÈRE