‹ Manuel de proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 112 sur 165 · LA BARONNE, LE COMTE · texte numérisé non relu

LA BARONNE, LE COMTE

La Bar., riant. . La Marquise est folle, je crois, de me laisser comme cela en tête à tête avec quelqu'un que je vois pour la première fois.

Le Comte. Si c'était une plaisanterie, elle retomberait entièrement sur moi, et mon amour-propre ne serait pas flatté qu'on me crût aussi peu redoutable ; mars elle connaît le respect dont je suis capable, et celui que vous inspirez.

La Bar. Vous me trouvez un air redoutable, appareiRtnent? {EBerit.)

Lb Comte, écoutez donc, Madame ; il faut être prodigieusement en garde pour ne pas se livrer entièrement au sentiment que vous faites naître ; et si le désir de vous plaire n'était pas retenu par la crainte de n'y pas réussir • • •

La Bar. Oui, je vois que votre modestie vous empêche de vous en trouver digne. C'est le défaut ordinaire des hommes : cependant cela n'empêche pas qu'on ne les craigne ; mais je dis beaucoup. {EUe rit.)

Le Comte. Ne plaisantez pas, Madame, je vous en supplie ; je vais vous parler absolument du fond de mon cœur. Ce que je viens de vous dire n'a rien qui doive vous surprendre ; et ce doit être le langage de tous ceux qui vous connaissent ; mais si je pouvais l'einporter sur eux par une préférence qui me lierait à vous pour toute ma vie, je ne conçois pas qu'il puisse y avoir jamais de bonheur plus grand !

La Bar. VoOà qui est divin ! Un pouvoir si subit de mes charmes aurait de quoi me tourner la tête, sur-tout étant senti par un homme aussi supérieur que vous, Monsieur. {EUe rit.)

Le Comte. Peut-être vous paraît-il ridicule que j'ose vous l'avouer si promptement ; mais si vous me connaissiez davantage, peut-être vous détermineriez-vous moins di£Scilement ; et ma supériorité, pour parler selon vous, s'éclipserait bientôt: voilà ce qui m'engage à faire en sorte d'arracher un consentement qui ne devrait être que le prix d'un temps considérable d'assiduités et de soins.

La Bar. Ce que j'admire, c'est l'excès de votre modestie. (EUe rit.)

Le Cours. C'est que je. ne crois pas que dans une afl^re si sérieuse, il faille se donner pour plus que l'on ne vaut.

La Bar. Mais je trouve que vous valez beaucoup ; et j'ai mes craintes aussi, c'est que vous ne vous abusiez excessivement sur tout ce que je vous parais mériter. (Effc rit.)

Le Comte. Parlez-moi donc sérieusement, Madame, et tirez-moi de l'inquiétude où vous me mettez; répondezmoi, je vous prie, d'une .manière à me donner l'espérance la plus flatteuse que je puisse concevoir*

La Bar. Oh ! je vous crois très-âncérement, et rien ne peut m'engager plus facilement à me décider que le ton que vous venez d'employer. {Elh rit^ et sorL)

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