‹ Manuel de proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 116 sur 165 · LA MARQUISE, LA BARONNE, LE COMTE, LE COMMANDEUR · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, LA BARONNE, LE COMTE, LE COMMANDEUR

Le Com. Madame, voici le Comté, qui est 'désespéré de n'avoir pu vous persuader de la vérité de tout ce qu'il vous a ^it.

Le Comte. Il est très-vrai, Madame, que la malheu* reuse prévention où vous êtes contre moi, fera le malheur

de ma vie, et que je ne sais comment m'exprimer^ pour vous convaincre de la vérité de mes sentimens.

La Bar. Je sais à merveille qu'il ne tiendrait qu'à moi de vous croire, et que même vous en seriez fort sise* {Elk rit.)

Le Comte. Ah ! Madame, je serais au comble du bonheur !

- La Bar. Voilà ce que je dis, et ce qui n'arrivera pas. {EUe rit.)

Le Comte. Mais pourquoi f

Le Com. C'est que tu ne pourras jamais persuader à Madame tout ce que tu sens pour elle.

La Mar^. Oui, elle est très-piquée de ce que vous l'avez persiflée ; elle prétend que vous avez cette réputation, et que vous vous êtes laissé entraîner par ce penchant, dès le premier moment que vous l'avez vu*

Le Comte. Moi ! il serait possible f • • •

La Marq. Je l'ai fort assuré que non.

Le Com. Et moi aussi. Tout ce que j'ai gagné, c'est qu'elle a trouvé que je la persiflais. Voilà le fruit de ta malheureuse habitude, de ne plus rien pouvoir persuader.

Le Comte. A quelles épreuves faut il que je me soumette, Madame ? je vous en supplie, ordonnez, exigez ; je suis prêt à tout.

La Bar. Je n'en veux point d'autres ; il m'est doux de m'être trompée, et je vous prie de le croire.' (EUe rit.)

Le Com. Tu dois être content.

Le Comte. Oui, Madame ne «e moque-t-elle pas encore de moi ?

La Bar. Je vous réponds que ce n'est pas mon défaut. {EUe rit.)

Le Comte. Allons, je dois aller cacher ma honte.

Le Com. Ecoute-moi.

Le Comte. Que pourras-tu me dire f '

Le Com. Que ceux qui passent leur vie à plaisanter, ne supportent pas quelquefois la plaisanterie des aufres ; qu'ils craignent autant le ridicule, qu'ils sont charmés de le faire naître, et de sacrifier tout ce qui se trouve sous leur- main pour le seul plaisir d'amuser.

Le Comte. Je ne vois pas à quoi tu en veux venir, si ee n'est encore à me rendre plus odieux aux yeux de Madame.

Le Coù. Voilà ce qui n'arrivera pas, si tu ne veux plus avoir de défiance. Madame est vraie, et elle suit les niouVemelPïs da'son cœiir en consentant à t'épouser.

Le Comte. Serait-il bien possible f

La. Marq. Madame, rassurez-le donc; allons, ma obère Baronne.

La Bar. Monsieur le Commandeur vient d'exprimer si bien tout ce que je pense, que je n'ai rien à y ajouter. {EUe rit.)

Le Comte. Eh bien, tu vois comme elle se moque de moi.

La Bar. Vous m'oflfenserez très-vivement. Monsieur, si vous continuez d'avoir cette pensée ; lorsque j'ai bien voulu revenir de la prévention où j'étais contre vous, sur la parole de Aladame la Marquise et celle de Monsieur le Commandeur. Je vous le dis très-sérieusement. {EUe rù*)

Le Comte, à part. Je n'y comprends plus rien.

La Bar. Vous hésitez encore à me croire ;^ prenezy garde ; je penserai que vous voulez jouer la modestie. (EOe rit.)

liV Comte. Et je ne vous paraîtrai donc jamais vrai ?

Le Bab. Sera-ce ma faute ? n'ai-je pas fait tout ce qu'il fallait pour me persuader moi-même ? {Elle rit.)

La Marq,. Tenez, convenez de vos faits, et ne vous expliquez pas davantage.

Le Bar. Pour moi, j'y consens de tout mon cœur. {Elle lui donne sa main en riant.)

Le Comte, lui baisant la main» Ah ! mon bonheur n'est donc plus douteux !

Le Com* Je vais dévoiler à présent tout le mystère. La gaieté de Madame la Baronne t'a embarrassé 1

Le Comte. Il est vrai.

Le Com. J'ai voulu que tu sentisses une fois bien véritablement par toi-même, combien, avec l'habitude de persifler, on ôte la conâance à ceux avec qui on est exposé à vivre tous les jours.

La Bar. L'avis est bon, Monsieur le Comte. {Elle rit.)

Le Comte. Et je vous jure d*en profiter.

Le Com. Allons, ne nous occupons plus que du soin d'assurçr votre bonheur*

Page 1