‹ Manuel de proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 125 sur 165 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Mm» PAVARET, Mfc« BATILDE.

Batil. Eh bien, ma tante, que dites-vous de Monsieur de Clairville, avec le nouvel uniforme f

Payar. Je dis qu'il est bien bon de l'avoir fait faire.

Batil. Moi, je suis fort aise qu'il s'occupe de plaire à mon père.

Pavar. Et vous avez raison, puisque vous l'aimez ; mais je n'en trouve pas moins ridicule votre père, de vouloir avoir un uniforme à sa campagne.

Batil. Mais on dit que tout le monde en a.

Patar. Parce que tout le monde veut faire comme les grands ; et qui est-ce qui a commencé ? c'est le Roi d'abord, et puis les Princes. Je me suis fait expliquer tout cela, encore c'était des uniformes de chasse ; et mon frère n'avait pas besoin de faire des habits verds' à tous ses amis, pour tuer des lapins dans sa basse-cour.

Batil. Il tire quelquefois des moineaux.

Pavar. Oui, et il manque toujours les hirondelles.

Batil. Ma tante, permettez-moi d'aimer les habits verds.

Pavar. Vous êtes peut-être comme mon frère, qui a choisi cette couleur-là, parce qu'il s'appelle Monsieur Duverdier. Est-ce qu'il ne voulait pas que les femmes fussent aussi habillées de verd ?

Bâtil. Cela m'aurait éié fort égal.

Pavar. Moi, je ne l'ai pas voulu 5 on aurait cru que j'y aurais applaudi, pendant que je suis très-fâché qu'il ait cette fantaisie-là. Il me semble que j'entends dire : " Voyez donc les airs que se donne Monsieur Duverdier, pour un auditeur des comptes ; encore s'il était Président, à la bonne heure." Et feu mon mari, qui avait pensé l'être, n'aurait jamais fait une chose pareille.

Batil. En vérité, ma tante • . •

Pavar. Et puis les femmes ont déjà dit qu'elles ne porteraient jamais la livrée de Monsieur Duverdier ; enfin, cela fera que nous n'en aurons peut-être pas ici de longtems.

Batil. Il est sûr que nous aurons des hommes.

Pavar. Moi, j'aime les femmes : parce qu'il faut bien quelqu'un à qui parler à la campagne, et que depuis qu'il y a un billard ici, vous voyez bien que» nous restons toujours toutes seules.

Batil. Monsieur Landier nous tient quelquefois compagnie.

Payar. Oui, et il ne dit pas un mot; si vous l'aimez, c'est qu'il est le père de Monsieur de Clairville. Pour Monsieur Gobergeau, il se moque de tout le monde.

Batfl II est l'ami de mon. père; et je crois qu'il faudrait le mettre dans nos intérêts.

Pavar. Pour déterminer votre mariage avec Monsieur de Clairville, n'est-ce pas ?

Batil. Oui, ma tante.

Pavar. Et vous croyez qu'il sera fort empressé de vous servir ?

Batil. Pourquoi non f

Pavar. 11 est vrai qu'il pourrait avoir de là occasion de vous faire des mauvaises plaisanteries, et cela pourrait bien l'engager à se mêler de vos affaires.

Batil. Ah ! voilà Monsieur de Clairville.

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