SCÈNE II
M^^ DE RINANT, ^M. DU RIVAULT, M. DE LA CHAINIÈRE, SAINT-JEAN.
St. Jean. Monsieur Du Rivault.
De la Chain. Ah, nous sommes trop heureux l
Du Riv. On m'a dit» MademoiseUe, que Monsieur de TendrevîUe n'était pas ici ; mais comme ce qui m'amène vous regarde personnellement, je n'ai pas été iaché de vous en parler avant de lui en rien dire.
De RiN. Est-ce quelque chose de pressé, Monsieur ?
Du Riv. Mais oui.
De Rin. C'est que nous aurions quelque chose à vous dire qui ne l'est pas moins.
Du Riv. Oh, mais j'aurai bientôt fait, je peux même le dire devant Monsieur De la Chainière ; c'est un mariage pour vous, très-convenable : un parti fort riche, un très joli sujet, qui . • .
De Rin. Ah, Monsieur, vous n'en avez point parlé à mon oncle ?
Du Riv. Non ; mais si vous voulez, cela sera bientôt
fait : j'aime à expédier une affiiire en peu de tems, et je
' sais à peu près où le trouver. (jR se lève.) Je vais • . •
De Rin. Eh, non. Monsieur, je vous en prie.
Du Riv. Comment ! je croyais vous faire le plus grand plaisir, et j'étais charmé d'en saisir l'occasion.
De Rin. Nous vous en fournirons une bien plus sûre : asseyez-vous, je vous prie.
Du Rit* Allons, tant mieux : que faut-il faire f
De la Chain. Monsieur, j'aime Mademoiselle • • •
Du Riv. Ah, ah, j'entends ; pardi, j'allais faire de belle besogne ! Eh-bien, vous voudriez l'épouser ; c'est tout simple : je vois qu'elle n'en serait pas fâchée, et que vous allez me charger de cette négociation-là auprès de l'oncle.
De Rin. C'est cela même, Monsieur.
Du Riv. Voyez, si je n'étais pas venu ici, ce qui aurait pu arriver ; parbleu, je m'en sais bien bon gré.
De la Chain. Croyez-vous, Monsieur, que Monsieur de Tendreville puisse m'accorder Mademoiselle ?
Du Riv. Je n'en sais rien, il faudra voir ; je n'étais pas bien sûr que le parti que j'avais à lui proposer pût lui convenir ; c'est pourtant quelqu'un d'une fortune immense, et quelquefois cela fait ouvrir les yeux.
De la Chain. La mienne est honnête.
Du Riv. Sans doute ; aussi ce n'est pas là ce qui pourra l'arrêter, et je pense • . . c'est un homme un peu extraordinaire, que Monsieur de Tendreville ; le connaissez-vous f
De la Chain. Un peu, j'ai cet honneur-là.
Du Riv. Oui, mais je dis, son caractère : premièrcr ment il n'en a point, c'est le moment qui le décide.
De la Chain. Si nous pouvions en trouver un bon.
Du Riv. C'est à quoi je rêve.
De Rin. Il y a des instans, où il est fort tendre.
Du Riv. Tendre, si vous voulez . . . quelquefob . . . oui. Mademoiselle, vous avez raison, cela est vrai.
De la Chain. Il faudrait trouver un de ces momenslà, par exemple*
Du Riv. Attendez, vous savez sans doute son goût extrême pour la tragédie.'^ Tout ce qui est tragique l'enchante, l'ampoulé le transporte, l'attendrit ; plus le ton, que la chose.
De la Chain. Il y a quelques gens comme cela.
Du Riv. Pourriez-vous faire une tragédie ?
De la Chain. Moi f
Du Riv. Oui, pourquoi pas ?
De LA Chain. Parce que. je n'ai jamais fait de vers, depuis le collège.
Du Riv. Tant pis. Mais vous en savez ?
De la Chain. Pas un, je n'ai pas de mémoire.
Du Riv. Il faudra en apprendre.
De la Chain. Pourquoi faire ?
Du Riv. J'ai mes raisons.
De la Chain. Mais encore f
Du Riv. Ce qui est plus nécessaire que tout, c'est de les savoir débiter, de les crier, de les faire ronfler ; n'importe le sujet, le ton fera tout.
De la Chain. Cela n'est pas fort difficile.
Du Riv. Apprenez-en donc ; je vous dirai après cela, ce qu'il faudra faire.
De Rin» Mais, Monsieur, de quoi voulez-vous que Monsieur De la Chainière s'occupe là, pendant qu'une afiàire essentielle . . .
Du Riv. Je sais ce que je sais, Mademoiselle.
De Rin. Ah, voilà mOn oncle ; nous ne pourrons plus parler des mesures qu'il faut prendre pour réussir à le faire consentir à notre mariage.
Du Riv. Ne vous embarrassçz-pas, et laissez-moi faire.