M. BOIVIN, M. RAISIN
Raisin. Eh bien, Boivin,] comment as-tu trouvé le vin du réfectoire aujourd'hui ?
BoiviN. Affreux ! mais ce n'est pas du vin que cela, et puis il a un goût de moisi détestable.
Raisin. Je te dis on n'en peut pas boire*
BoiYiN. Sur-tout après celui que nous buvons dans ma chambre.
Raisin. Je le crois bien ; j'ai de la peine en avoir : on m'en a pourtant promis une bouteille aujourd'hui.
BoiviN. Une bouteille ?
Raisin. C'est-à-dire, plein notre grande Dame Jeanne.
BoiviN. Et combien contient-elle ?
Raisin. Environ dix pintes.
BoiviN. Et pour un écu, cela fait chacun cinq sous.
Raisin. Cela n'est pas cher.
BoiviN. Si ce vilain M. D'Avarin, qui nous en donne de si mauvais, voulait en fournir d'aussi bon ; quand il n'en donnerait que la moitié, nous nous en contenterions.
Raisin. Ah ! pour cela oui ; mais il est affreux, en Bourgogne encore, de nous abreuver de pareil poison.
BoiviN. On m'a dit qu'il n'achetait que le vin destiné à faire du vinaigre. •*
Raisin. Il faudrait être sûr de cela, parce que nous le dirions à Monsieur le Principal.
BoiviN. Monsieur de la Rivière f
Raisin. Oui.
BoiviN. Bon ! il n'aime pas le vin.
Raisin. Cela ne fait rien ; c'est un honnête homme.
BoiviN. Un bon homme même ; voilà pourquoi ce vilain D'Avarin lui fait croire tout ce qu'il veut.
Raisin. Mais par où ferons noua entrer la Dame-Jeanne à présent ?
BoiviN. La Vigne s'en est chargé.
Raisin. Nous avions un bon trou dans le mur. «
BoiviN. Oui ; mais cette bête de jardinier a arraché des orties qu'il y avait devant, et il a enfoncé, à force, une pierre dans ce trou.
Raisin. Mais derrière les gros ifs f
BoiviN. Nous avons de nos camarades qui travaillent à en aggrandir un, et nous mettrons quelque chose devant du côté de la campagne.
Raisin. Pour notre argent au moins nous boirons de bon vin.
BoiviN. La Vigne a fait avertir le cabaretier pour qu'il reconnaisse le nouveau trou. Le voici ; il va nous dire sûrement si la Dame-Jeanne pourra entrer.