‹ Manuel de proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 17 sur 165 · M. DE LA RIVIÈRE, M. D'AVARIN · texte numérisé non relu

M. DE LA RIVIÈRE, M. D'AVARIN

La Riv. En vérité. Monsieur, je me reproche tout ce ce que vous me faites faire ; c'est une espèce d'inquisition, et vous allez faire décrier ce collége-ci, avec toutes les entraves que vous voulez que j'y mette.

D'ÂVAB. Ah, Monsieur, vous ne me blâmerez plus, quand vous serez instruit de tout ce que je viens d'ap* prendre.

La Riv. Tenez, voi^s et moi nous ne sommes plus

jeunes: pourquoi voulez-vous empêcher la jeunesse de

rire i Souvenez-vous, quand vous étiez au collège et fiUoi

aussi, de toutes les plaisanteries que nous faisions, pour

■ passer un temps que nous trouvions fort dur alors.

D'AvAR. Il est vrai ; mais ni fous ni moi n'aTons jamais fait de pareilles infamies pour nous amuser*

La Riv. Mais où est donc votre charité, d'accuser ainsi des gens qui n'ont que de la gaieté?

D' AvAR. Si j'accusais à tort . • •

La Riv. On croit souvent entendre des choses qui ont un tout autre sens quand on est au fait.

.D'AvAR. Eh bien, Monsieur, c'est que j'y suis au fait, voilà pourquoi je vous parle si hardiment ; et quand vous craignez que cette maison-ci ne perde sa bonne réputation, moi je crains qu'il ne soit déjà trop tard pour la rétablir.

La Riv. Vous m'eflSrayez !

D'AvAR. Vous n'êtes pas au bout.

La Riv. Parlez donc.

D'AvAR. Eh bien. Monsieur le Principal, cette Dame Jeanne dont ils parlent tous les jours . • .

La Riv. Achevez.

D'AvAR. Je ne sais comment vous dire cela • • . Rien n'est plus affi*eux, et la pudeur. . .

La Riv. Mais entre nous autres tout se peut dire.

D'AvAR. Je le sais bien. Cette Dame Jeanne fait tout leur bonheur.

La Riv. Parce qu'ils rient en en parlant ; vous verrez que c'est quelque enfance.

D'AvÀR. Enfance tant qu'il vous plaira ; mais elle est dans la maison.

La Riv. Que dites-vous là !

D'AvAR. Elle est dstns la maiâon, je viens de leu^ entendre dire.

La Riv. Cela serah affireux l et je né puis le croire.

D'AvAR. Vous le croirez peut-être.

La Rit. Quel cruel égarement ! ô mon Dieu ! comment permettez-vous que des enfants élevés dans votre sein, tombent dans les embûches de l'esprit malin.

D'AvAR. 11 n'y a point de temps à perdre.

La Riv. Inspirez-moi les moyens, ô mon Dieu ! de ramener vos brebis égarées par la faute de votre pasteur trop indigne.

D' AvAR. Si vous le permettez, je vais faire des perquisitions, qui nous mettront à portée de prendre des mesures pour éviter le scandale qui pourrait tomber sur cette maison»

La Riv. Faites ce que vous croirez convenable, mais avec prudence ; il serait affreux d'humilier ses frères injustement. Soyez bien sûr avant que d'agir.

D'AvAR. Eh bien, interrogez-les, pendant que je vais cherch.er par-tout.

La Riv. C'est à quoi je pensais.

D'AvAR, Vous devez vous attendre qu'ils nieront tout ; ainsi dites que vous êtes certain de ce que vous avancerez.

La Riv. Mais le suis-je, et dois je mentir f

D'AvAR. Mentirez-vous en leur disant ce que je viens de vous apprendre ? ne l'avez-vous pas entendu f

La Riv. Il est vrai ; mais les hommes sont sujets à l'erreur : Omnis homo mendax ; et lorsqu'il est question d'accuser son prochain . . •

D'AvAR. Son prochain i ils sont confiés à vos soins, et vous répondrez à Dieu de leur égarement.

La Riv. Eh bien, je vais l'implorer pour savoir • • •

D'AvAR. Les voici qui viennent de ce côté-là \ écoutez-les ; cela pourra peut-être vous déterminer.

La Riv. C'est une trahison indigne de surprendre un secret ; je leur parlerai amicalement, avec douceur.

« VAMK JEANNE. 3S

D'AvAR. Et ils se tnoqiieront de vous. •

La Riv, Je ne saurais le croire,

D'ÂYAR. Quand on est criminel, on fait peu de cas des homnies vertueux ; mais vous êtes le maître, et vous ferez ce qu'il vous plaira. Pour moi, je regrette le temps que j'ai perdu ici à vous parler, sans pouvoir vous convaincre. Je vais chercher les moyens de vous prouver que je ne vous en ai pas imposé.

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