SCÈNE I
M. BROSSART, Mm BROSSART.
Bros, tenant une pipe de tabac. Pourquoi ne veux-tu pas mettre des carottes dans notre soupe f Toujours des navets, des navets ! Dis-moi donc une raison f
M"* Bros. Parce que la fruitière ub veut pas m'en donner.
Bros.' Pourquoi cela ?
M"** Bros. Parce quMle n'en a pas.
Bros. Elle n'en a pas ?
Af^ Bros. Non, et elle dit qu'elle ne veut point s'en eharger, parce que ses pratiques ne les aiment pas.
Bros. Je les aime, moi. Il faut aller ailleurs.
M"** Bros. Mais^ je n'ai pas d'argent, et elle mç fait crédit.
Bbos. Ah ! de l'argent, de l'argent ! la voilà, toujours de l'argent ! ce n'est pas de l'argent qu'il faut demander, c'est des carottes.
M*"® Bros. Tu ne veux pas me donner d'argent, parce que tu ne sais pas en gagner.
Bros, Je ne sais pas en gagner? Je ne suis pas Maître Peintre ? Dis donc le contraire.
M"^ Bros. Pardi ! je le sais bien que tu l'es, puisque c'est avec ma dot que tu as été reçu. Mais qu'est-ce que tu sais faire f
Bros. Tout ce qu'on me demande.
M"^ Bros. Oui, tu n'as pas toujours des disputes avec les gens pour qui tu travailles ?
Bros. Parce qu'ils changent d'avis : est-ce ma faute à moi ? Les plus habiles gens sont exposés à cela.
M*"** Bros. Mais du moins, ils ont de l'ouvrage, et toi tu n'en as pas ; je suis bien malheureuse de l'avoir épous
Bros. Sais-tu que c'est bien de l'honneur que je t'ai fait; sans moi, tu n'aurais jamais été la femme d'un homme d'épée.
M™" Bros. Ah ! oui, voilà un bel homme ! où est le profit ?
Bros. Ne t'embarrasse pas ; j'aurai bientôt de l'ouvrage.
M°"® Bros. Et comment cela ?
Bros. Tu sais bien ce cabaretier qui vient de s'établir à côté de chez nous }
M"® Bros. Qui .'^ Monsieur Vinot ?
Bros. Oui ; il m'a dit ce matin, " Monsieur Brossart, j'irai vous voir tantôt, j'aurai affaire à vous : " je parie que c'est pour avoir une enseigne.
M™* Bros. Saurais-tu lui en faire une f
Baos. Si je le saurai f . • • Assurément, j'y ai déjà pensé, et je veux en faire une belle, qui me donnera bien des pratiques, quand on la verra.
M"* Bros. Je le souhaite ; mais s'il vient, il faut qu'il te trouve à travailler, du moins.
Bros. Oui, tu as raison ; je m'en vais délayer du rouge que j'ai là.
M™* Bros. Et en as-tu une enseigne ?
Bros. Oui, j'ai celle que j'avais faite pour ce limonadier, qui n'en a pas voulu et que j'ai efEacée*
M°*® Bros. A la bonne heure. Je crois voir M. Vinot qui vient.
Bros. Allons, donne-moi le pot au rouge.
M"* Bros. Tiens, le voilà.
Bros. De l'eau, de l'eau.
M"^* Bros. Elle est à côté de toi.
Bros. C'est bon, va-t-en ; il ne faut pas que les femmes soient témoins, quand les hommes parlent d'afikires.
M"* Bros. Je m'en vais au-devant de M. Vinot, pour le faire entrer*
Bros. Oui, dis lui que je suis très-occupé.
M"* Bros. Ne t'embarrasse pas.
mm
116 LA ROSE ROUGÊ.