M» DE LA BRUYERE, M. DE LA BRUYÈRE
M°^ De la Bru., lisant^ m mouchoir à la main^ Qui est là ? . . . Ah, c'est vous, Monsieur.
De la Bru. Dans quel état vous voilà i
M™® De la Bru. Vous^e voyez dans le plus grand ^ >^ attendrissement.
De la Bru. Quoi, toujours avec vos romans i
M°® De la Bru. Oui, celui-ci est charmant
De la Bru. Bon ; c'est toujours la même chose.
M°® De la Bru. Vous le croyez, et vous n'en
avez peut-être jamais lus.
De la Bru. Pardonnez-moi, autrefois au collège ;
mais c'est du tems perdu. %
M"® De la Bru. Je ne trouve pas cela. Quand des gens vraiment vertueux éprouvent des malheurs qu'ils
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pourraient faire cesser, s'ils étaient capables de renoncer à l'honneur, à la vertu, ces situations sont si intéressantes, si touchantes, que ja voudrais connaître ces malheureux, pour pourvoir les consoler, adoucir leurs maux, les partager 'j ce désir est une jouissance délicieuse !
De la Bru. Vous n'avez pas besoin de ces livres-là, pour jouir de toute la délicatesse, de toute la sensibilité de votre ame.
M"»® De la. Brtt. A quoi bon me flatter ? Je suis bien-aise que vous ayez bonne opinion de moi, certainement ; mais convenez que vous seriez lâché dç me voir de l'orgueil ?
De là Bru. Je ne vous en crois pas capable.
M"® De la Brtj. Et moi, je craindrais d'être toute prêle à en avoir, étant louée par vous.
De la Bru. Pourquoi ne pas louer ce qu'on aime ; pourquoi ne pçis lui rendre justice f
M°*® De la Bru. Ah, parce que lorsque l'on aime, oii peut s'aveugler sur l'objet de son amour, et en lui supposant une perfection aussi grande, on peut l'empêcher d'acquérir* la véritable. Quand on est bien content de soi, on est bien près de mériter de ne plus l'être.
De la Bru. Pourquoi cela ?
M"*® De la Bru. Mon Dieu, l'on est si récompensé de faire le bien, on goûte une si grande satisfaction, qu'il n'y a pas un grand mérite à s'en occuper.
De la Bru. C'est pousser trop loin le scrupule : lorsque les autres en jouissent, c'est toujours bien fait, n'importe quel en est le principe.
jyjme Dj. la Bru. Vous parlez en homme d'état j ainsi chacun de nous fait son métier.
De la Bru. Vous faites bien celui d'une femme qui mérite l'e$time et l'amQur de son mari.
M"** De la Brtj. Comment ne serais-j^ pas occupée de plaire à l'homme que j'aime et que j'estimç le plus ? Notre bonheur commun dépend de nous } vous pensez assez solidement pour fuir les gens frivoles, légers ou perfides ; comment ne les haïrais-je pas, et comment pourrais-je les craindre ? L'amour ne se trouve pas toujours avec l'estime t mais quand ils sont réunis, rien ne peut détruire un attachment de cette espèce.
Db la Bru. Je suis bien aise de vous voir cette façon de, penser.
M"*^ De la Bru. Si vous étiez capable de quelques goûts passagers, je vous plaindrais ; parce que les remords ne vous en laisseraient pas jouir tranquillement. On n'est point jaloux de ce qu'on estime véritablement.
De la Bru, Vous me charmez ! je ne vous ferai point de ces protestations, ridicules souvent ; parce qu'on ne peut pas répondre d'une faiblesse quand on est homme ; mais ces remords dont vous me parlez, m'effraient si fort, que je me crois au-dessus de d^inger,
M"*** De la Bru. Ayez de la confiance en moi, et nous nous aimerons toujours*
De la Bru. Dites une estime réciproque, une amitié durable nous reunira sans cesse ; le passage de l'amour 9i l'amitié sera insensible, et l'habitude du bonheur l'établira si vivement en nous, que rien ne pourra le détruire,
M"*** De la Bru. Vous me cbarroesç chaque jour de plus en plus ; oui
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