SCÈNE I
M" DENERET, LE CHEVALIER.
Le Ohev. Eh-bien, Madame, qu'est-ce qu'il y a de nouveau ici ?
Mme D. Mon oncle est toujours de même.
Le Chev. Le délire continue ?
Mme D. Oui. Mais je ne veux pas vous parler devant les domestiques.
De Chev. Pourquoi ?
Mme D. C'est qu'ils ne sont pas bien intentionnés pour vous. Ils disent que mon oncle n'était pas malade, et que c'est le médecin que vous lui avez donné, qui lui a causé ce délire.
Le Chev. Mais Monsieur Sobrin est fort sage, et j'ai fait pour le mieux.
Mme D. Je le crois ; mais la diète qu'il ordonne dans toutes les maladies a révolté nos gens, et ils ont tant dit à mon oncle que s'il ne voulait pas manger, il
mourrait, qu'aujourd'hui il se croit mort, oui, absolument mort.
Le Chev. Q,uoi ! la tête de M. Despreuils est affaiblie à ce point-là ?
Mme D. Oui, vraiment ; et si elle ne revient pas, et qu'il meure en effet, je ne pourrai jamais vous épouser.
Le Chev. Pourquoi donc ? N'êtes-vous pas veuve, par conséquent maîtresse de vos volontés ?
Mme D. Il est vrai ; mais vous ne savez pas tout. J'attends de mon oncle la seule fortune que je puisse avoir.
Le Chev. Je le sais.
Mme D. Vous n'êtes pas riche, et il m'était bien doux de pouvoir vous faire partager des biens que je ne saurais désirer sans vous.
Le Chev. Votre cœur me suffit.
Mme D. Je le crois ; mais en vous épousant sans la succession de mon oncle, je vous ruinerais, en vous empêchant de faire un bon mariage ; et il a fait un testament par lequel il me déshérite, si je vous épouse.
Le Chev. O ciel ! que m'apprenez-vous ?
Mme D. S'il mourrait . . .
Le Chev. Ne pourrait-on pas faire casser le testament, comme ayant été fait dans le délire ?
Mmo D. Ce serait un procès dont le succès serait très douteux ; et comme les domestiques sont bien traités dans ce testament, le délire serait très difficile à prouver.
Le Chev. Comment donc faire ?
Mme D. Il faut attendre M. Sobrin, que j'ai envoy
chercher par Le Brun, qui s'est trouvé ici fort à propos.
Le Chev. Mais la gouvernante . . .
Mme D. Madame Babas ?
Le Chev. Oui ; elle empêchera qu'on ne suive ses ordonnances.
Mm6 D. Il est vrai qu'elle est un peu contre lui, depuis le délire de mon oncle ; mais je vais lui faire entendre raison.
Le Chev. La chose sera difficile ; car elle est bien entêtée. La voici.