‹ Manuel de proverbes dramatiquesChapitre 124 sur 139 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

Mlle DE RINANT, travaillant à la tapisserie, M. DE LA CHAINIÈRE.

De la Chain. Je viens de voir sortir Monsieur votre oncle, Mademoiselle ; il y avait long-temps que j'attendais ce moment-là.

De Rin. J'avais sûrement la même impatience que vous.

De la Chain. Ne me flattez-vous pas ?

De Rin. Pourquoi vous flatterais-je ? Mais que dis-je ? à quoi vous servira-t-il d'être aimé ?

De la Chain. A faire mon bonheur.

De Rin. Et si mon oncle ne veut pas consentir à nous marier ensemble ?

De la Chain. Comment ! aurait-il quelque projet contraire à notre amour ?

De Rin. Je n'en sais rien ; tout ce que je sais, c'est qu'il ne veut pas me marier.

De la Chain. Lui en avez-vous parlé ?

De Rin. Je l'ai tenté ! j'ai loué devant lui le bonheur d'une de mes amies que sa mère mariait.

De la Chain. Eh-bien ?

De Rin. Il a haussé les épaules, en disant qu'une fille était toujours plus heureuse qu'une femme mariée.

De la Chain. Il est vrai que ce sont là les propos des parents qui ne veulent pas marier leurs enfants.

De Rin. " Mais, mon oncle," ai-je ajouté, " quand on épouse quelqu'un que l'on aime, et dont on est bien aimée ? " " Ce n'est pas encore là un bonheur," m'a-t-il répondu ; " car après le mariage on ne s'aime plus." Cela m'a affligée à penser, et je ne l'ai pas pressé davantage.

De la Chain, duoi, vous croiriez que je pourrais jamais cesser de vous aimer ?

De Rin. Mais si cela arrive toujours ?

De la Chain. Ah, bannissez cette crainte ; ce n'est pas avec un véritable amour, un amour comme le mien, qu'on peut changer. Souvent on se marie sans se connaître à présent, et le cœur n'a point de part à ces unions. Il y a des femmes qui n'ont même connu l'amour, que trois ou quatre ans après avoir été mariées. Est-il étonnant que dans ces mariages on ne goûte pas plus de douceurs ? Nuls soins, nuls égards ;

on ne s'est jamais désiré ; on finit par s'éviter. Mais nous ! pourriez-vous croire . . .

De Rin. Pensez-vous que je ne nie sois pas dit tout ce que vous pourriez me dire ? Cela n'a pas empêché que la crainte ne m'ait arrêtée, et je n'ai pas voulu m'exposer à voir détruire mon bonheur.

De la Chain. Et vous vous exposez à être forcée de m'abandonner, pour en épouser un autre !

De Rin. due dites-vous ? je ne consentirais jamais . . .

De la Chain. N'attendons pas qu'un obstacle de plus s'oppose à notre mariage.

De Rin. Comment faire ?

De la Chain. Votre oncle me connaît, il sait quel est mon bien ; qu'est-ce qui pourrait le retenir ?

De Rin. S'il a d'autres projets ?

De la Chain. C'est ce qu'il faut savoir. Monsieur Du Rivault n'est-il pas de ses amis ?

De Rin. Mais je crois que oui.

De la Chain. Il faudrait le mettre dans nos intérêts ; un tiers parle souvent mieux que les parties intéressées.

De Rin. Voulez- vous que je l'envoie prier de venir ici ?

De la Chain. Y vient-il souvent ?

De Rin. Oui, et je ne serais pas étonnée . . .

M"-* de rinant, m. du rivault, m. de la

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