SCÈNE IV
Mmb de mondoux, la comtesse, la marquise, le chevalier, le baron, le vicomte, m. de mondoux, le gris.
Le Gris. Monsieur le Baron d'Ornbruck et Monsieur le Chevalier de Saint-Clair.
Le Chev. Madame, vous voulez bien que j'aie l'honneur de vous présenter Monsieur le Baron d'Ornbruck ?
Mme De Mond. Vous me faites le plus grand plaisir, et je serai charmée de faire connaissance avec Monsieur le Baron.
Le Bar. Madame, je suis plusqu'obligé à Monsieur le Cheval, du grand satisfaction que j'ai auprès de vous.
La Marq,. Allons, Baron, finissez vos compliments et asseyez-vous.
Le Bar. Je suis été encore à votre hôtel hier, Madame la Marquise, mais je trouve point non plus ; je crois que c'est le mode en France de n'être point dans sa logis.
Le Chev. Ah, Baron, il faut que je vous présente à Monsieur de Mondoux.
Le Bar. Q,u'est-ce Monsieur de Mondoux ?
Le Chev. C'est le mari de Madame, que voilà.
M. De Mond. C'est moi, Monsieur le Chevalier, qui vous prierai de me faire l'honneur de me présenter à Monsieur le Baron.
Mme De Mond. Cela est bien nécessaire. Monsieur le Baron, asseyez-vous donc.
Le Bar. Madame, il faut bien que je dise à Monsieur, que je suis charmé de faire avec lui mon présentation.
Mme De Mond. Vous êtes bien bon, Monsieur le Baron. Dites-moi, je vous prie, vous accoutumezvous un peu ici ?
Le Bar. Madame, je suis pas encore bien tout-àfait. Je suis toujours embarrassé dans le maison avec les dames.
La Maro.. Pourquoi donc cela ?
Le Bar. J'ai été plus que trois semaines, que je croyais qu'il n'y avait à Paris que des veuves.
La Comt. Comment donc ?
Le Bar. Parceque on soupe toujours chez le dame, et le mari il n'est point de parole pour lui dans le prie à souper.
Mmo De Mond. Mais vous soupiez avec lui.
Le Bar. Je devine pas, je prenais pour un père, un frère, ou autrement.
La Marq. Il est vrai que cela peut paraître, comme il le dit, à un étranger.
Le Bar. Oh, je me trompe toujours, et puis je suis chez un veuve véritablement, et j'ai crois vois un mari ; je appelle de même comme le dame, et cela il fâche le dame ; c'est un tiable d'embarras.
Le Chev. Cela lui est arrivé, il y a deux jours, dans une maison où il soupait.
La Comt. duoi, tout de bon ?
Le Bar. Moi, je savais pas ; j'ai dit ce Monsieur, il a l'air du maître ici, pour mon excuse, et cela il l'a plus fâché encore, je comprends pas pourquoi.
La Marq. Ah, il est charmant !
La Comt. Et chez qui cela lui est-il arrivé ?
Le Chev. Chez Madame De l'Ormaux.
Mme De Mond. Ah, je n'en suis pas fâchée ; c'est une espèce de prude, qui trouve toujours du mal à tout ce qu'on fait.
Le Chev. Elle n'a pas soupe à peine ; elle était dans un embarras, dans une colère secrette . . .
La Marq,. Cela devait être délicieux !
Le Chev. Aussi, j'aime bien à souper avec le Baron, à cause de tout cela.
La Comt. Il le mène tous les jours dans de nouvelles maisons, et je suis sûre que ce n'est pas pour autre chose.
Le Chev. Ah, pour lui faire connaître aussi ce pays-ci.
Le Bar. Je suis fort obligé, Monsieur le Cheval.
Le Chev. C'est avant hier qu'il m'a bien réjoui par son étonnement.
La Mar^- Contez-nous donc cela.
Mme De Mond. Ah, je vous en prie, Monsieur le Chevalier.
Le Chev. Madame, si vous priez, je n'hésiterai pas.
La Comt. Dites donc ?
Le Chev. Nous étions engagés tous les deux chez
Madame De la Persière ; vous savez que quoiqu'elle soit toute des plus roturières, elle n'aime que les gens de qualité, qu'elle ne veut voir qu'eux, et que les gens de son espèce n'ont presque nulle liaison avec elle ?
La Marq,. Oui, c'est-là sa manie.
La Comt. C'est une sotte créature !
La Marq. Son mari est un bon-homme.
La Comt. Fort plat.
Le Chev. Entièrement nul dans la maison, et s'il y a une femme qui ait envie d'être veuve, c'est sûrement celle-là. Elle avait rassemblé ce jour-là, comme on dit, et la Cour et la Ville, et véritablement, il y avait chez elle la meilleure compagnie.
La Marq,. Le Duc y était-il ?
Le Chev. Le Duc, la Maréchale ; je ne saurais vous dire qui n'y était pas ; son mari se tenait humblement dans un coin . . .
La Comt. Cela devient intéressant.
Le Chev. Elle était humiliée de le voir là, elle lui faisait des yeux pour l'engager à sortir. Il s'opiniâtrait à ne rien entendre ; enfin, lorsqu'en se mit à table, elle fit si bien, qu'il n'eut pas de place, et elle l'envoya souper avec le précepteur de son fils.
M. De Mond. Q,u'entends-je ?
La Marq.. 11 y alla ?
Le Chev. Sûrement.
Mme De Mond. due vouliez-vous qu'il fît ? Monsieur de Mondoux, voyez donc pourquoi nous ne soupons pas.
M. De Mond. Vous allez le savoir, Madame. (A part,) C'en est trop. (Il sonne et parle à Poreille de
Legris,) Vous entendez, qu'on ne perde pas un instant.
Le Gris. Oui, Monsieur.
Mme De Mond. Je ris de l'étonnement du Baron.
Le Chev. Oh, il a été confondu !
Le Bar. Mais je comprends pas bien encore pourquoi. C'est un histoire qui ne serait point venu chez nous, je jure véritablement.
La Marq,. Vous verrez bien autre chose ici.
Le Bar. Et cela il fait rire le monde à Paris ?
Le Chev. Et pourquoi pas ?
Le Bar. Vous êtes une nation, il n'y a point comme cela dans les autres pays, et si j'ai vu beaucoup dans les voyages.
La Comt. Mais dites donc, Chevalier ; Monsieur de Ta Persière avait-il l'air fâché, du moins?
Le Chev. Ma foi, nous n'y avons pas pris garde ; nous n'avons été occupés que de nous regarder et de rire.
La Marq.. Ah, je le crois ! et qu'a dit le Duc ?
Le Chev. Oh, il est excellent à entendre là-dessus ; la manière dont il conte cette histoire, est à faire mourir de rire !
La Comt. Moi, je la trouve très-plaisante ; ne trouvez-vous pas, Madame de Mondoux ?
Mme De Mond. Oui, Madame, elle est très-bonne.
Le Gris, (à M. de Mondoux.) Monsieur, tout est prêt.
M. De Mond. Cela est bon.
Mme De Mond. C'est le souper ; va-t'en servir.
M. De Mond. (à Mme de Mondoux.) Madame, si vous volez me donner la main . . .
Mmo De Mond. Mais vous extravaguez ; c'est à ces dames.
M. De Mond. Non, Madame, je n'extravague point ; vous n'aurez pas l'honneur de souper avec elles, et moi, je n'irai point souper avec le précepteur de mon fils.
Mme De Mond. Qu'est ce que cela veut dire ?
M. De Mond. Q,ue nous souperons ensemble à Bondy.
Mme De Mond. A Bondy ?
M. De Mond. Oui, Madame, à la première poste sur le chemiu de ma terre de Champagne, où nous allons tous les deux, jusqu'à ce que vous ayez fait des reflexions plus mûres. L'histoire qu'on vient de conter, m'a déterminé à ce parti, qui est le seul à prendre pour vous et pour moi.
Mm0 De Mond. Mais, Mesdames, souffrirez -vous ? . . .
M. De Mond. Ces dames n'ont rien à dire à cela. Vous voyez que les gens du meilleur ton blâment toute femme, qui ne tient pas toute sa considération d'un mari raisonnable ; ainsi il n'y a pas à hésiter . . . Mme De Mond. Monsieur, je vous promets . . . M. De Mond. Je n'écoute rien. Mesdames, Messieurs, je vous dois le trait de lumière qui vient de m'éclairer; j'aime la paix, mais je ne veux point être avili aux yeux du monde, et encore moins aux miens. Soupez ici, si cela vous convient ; je n'ose vous en prier, puisque je ne pourrai pas vous y faire les
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honneurs ; et plaignez-moi du moins, d'avoir été obligé d'en venir à cette extrémité. (Il emmène sa femme. )