‹ Manuel de proverbes dramatiquesChapitre 40 sur 139 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

M. DE L'ORME, M"-* DE L'ORME, M. DE MIRVILLE, M. RONSIN, HENRIETTE, UN LAQUAIS.

Le Laq„. Monsieur Ronsin.

De l'Or. Qu'est-ce que tu dis ? approche ici.

Le Lao.. Monsieur Ronsin, Monsieur.

De l'Or. Ah, le voilà, Monsieur Ronsin ! vous ne pouviez pas venir plus à propos. Asseyons-nous. Tenez, voilà mon gendre.

Ronsin. Monsieur, Mademoiselle votre fille doit en être contente.

De l'Or. Combien il a de rente ? voilà bien comme sont les gens d'affaires, ils n'estiment un homme que selon le revenu qu'il a ; pour moi celui-ci me plaît fort.

Henr. (à M. de Mirville.) Cet homme-ci est incorruptible ; je vous en avertis, et je ne sais pas comment vous sortirez de ceci.

Mirv. Ma foi, ni moi non plus. Nous verrons.

Ronsin. Monsieur, je n'ai pas mis vos qualités; parce que je ne les savais pas. Il ne manque que cela au contrat.

Mirv. Je vous les dicterai.

De l'Or. Qu'est-ce qu'il dit ?

Ronsin. Qu'il va me dicter ses qualités.

De l'Or, due vous êtes entêté ! il vous connait bien.

Ronsin. Allons, Monsieur, quand il vous plaira.

Mirv. Mettez, Germain de Monfort, Chevalier de Mirville.

Ronsin. Mais ce n'est pas ce nom-là que Monsieur de l'Orme m'avait dit.

Mirv. C'est qu'il ne le savait pas.

Mlle De l'Or. Henriette, je tremble.

De l'Or. Qu'est-ce qu'il dit ?

Ronsin. Qu'il s'appelle Monfort de Mirville.

De l'Or. Mirtil, c'est un nom de berger ; tant mieux, ce sera un mari constant, ma fille. Mais pourquoi Mirtil ?

Mirv. C'est un nom de terre.

De l'Or. C'est le nom de ton père ? je ne savais pas cela, moi ; pourquoi diable a-t'il deux noms ?

Ronsin. Vos qualités ?

Mirv. Capitaine de Grenadiers au Régiment de Forêt.

Ronsin. Fort bien.

De l'Or. Après?

Ronsin. Capitaine de Grenadiers au Régiment de Forêt.

De l'Or. Maître particulier des Eaux et Forêts ; c'est une belle charge ; mais ton père ne m'avait pas mandé un mot de cette charge. A la bonne heure.

Ronsin. Monsieur de l'Orme, je ne comprends rien à cela.

De l'Or. Vous entendez-bien cela, et moi aussi.

Ronsin. Mais il n'y a pas un mot de tout ce que vous m'avez dit chez-moi.

De l'Or. Je suis servi sur les deux toîts ? hé, mais je le crois bien, je ne fais que de bonnes affaires, moi ; signons, signons.

Ronsin. Mais auparavant, songez à ce que vous allez faire ; je ne vous conseille pas de signer.

De l'Or. Si mon gendre voudra signer ?

Mirv. Ah, Monsieur, je ne demande pas mieux, et rien ne peut m'arrêter.

De l'Or. Oui, oui, vous avez raison, il est vieux et ne fait que radoter; — signons, signons. (Ils signent tous. )

Ronsin. Ma foi, comme vous voudrez, cela ne me fait rien du tout.

Mirv. Monsieur Ronsin, il n'y a pas de votre faute ; laissez les choses comme elles sont.

Ronsin. Moi, Monsieur, quand un acte est passé et signé, je ne peux rien y changer ; si tout cela vous rend heureux, Mademoiselle et vous, j'en serai charmé. Serviteur. (Il sort.)

Page 1