‹ Manuel de proverbes dramatiquesChapitre 44 sur 139 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

M. BROSSART, Mu* BROSSART.

Bros, (tenant une pipe de tabac.) Pourquoi ne veux-tu pas mettre des carottes dans notre soupe ? Toujours des navets, des navets ! Dis-moi donc une raison ?

Mme Bros. Parceque la fruitière ne veut pas m'en donner.

Bros. Pourquoi cela ?

Mme Bros. Parcequ'elle n'en a pas.

Bros. Elle n'en a pas ?

Mme Bros. Non, et elle dit qu'elle ne veut point s'en charger, parceque ses pratiques ne les aiment pas.

Bros. Je les aime, moi. Il faut aller ailleurs.

Mme Bros. Mais, je n'ai pas d'argent, et elle me fait crédit.

Bros. Ah ! de l'argent, de l'argent ! la voilà, tou-

jours de l'argent ! ce n'est pas de l'argent qu'il faut demander, c'est des carottes.

Mme Bros. Tu ne veux pas me donner de l'argent, parceque tu ne sais pas en gagner.

Bros. Je ne sais pas en gagner ? Je ne suis pas Maître Peintre ? Dis donc le contraire.

Mme Bros. Pardi ! je sais bien que tu l'es, puisque c'est avec ma dot que tu as été reçu. Mais qu'est-ce que tu sais faire ?

Bros. Tout ce qu'on me demande.

Mme Bros. Oui, tu n'as pas toujours des disputes avec les gens pour qui tu travailles ?

Bros. Parcequ'ils changent d'avis ; est-ce ma faute à moi ? Les plus habiles gens sont exposés à cela.

Mme Bros. Mais du moins, ils ont de l'ouvrage, et toi, tu n'en as pas ; je suis bien malheureuse de t'avoir épousé.

Bros. Sais-tu que c'est bien de l'honneur que je t'ai fait ; sans moi, tu n'aurais jamais été la femme d'un homme d'épée.

Mme Bros. Ah ! oui, voilà un bel homme ! où est le profit ?

Bros. Ne t'embarrasse pas ; j'aurai bientôt de l'ouvrage.

Mm0 Bros. Et comment cela ?

Bros. Tu sais bien ce cabaretier qui vient de s'établir à côté de chez nous ?

M"10 Bros. Q,ui ? Monsieur Vinot ?

Bros. Oui : il m'a dit ce matin, " Monsieur Brossart, j'irai vous voir tantôt, j'aurai affaire à vous ; " je parie que c'est pour avoir une enseigne.

Mme Bros. Saurais-tu lui en faire une ?

Bros. Si je le saurais ? . . . Assurément, j'y ai déjà pensé, et je veux en faire une belle, qui me donnera bien des pratiques, quand on la verra.

Mme Bros. Je le souhaite ; mais s'il vient, il faut qu'il te trouve à travailler, du moins.

Bros. Oui, tu as raison ; je m'en vais délayer du rouge que j'ai là.

Mme Bros. Et en «s-tu une enseigne ?

Bros. Oui, j'ai celle que j'avais faite pour ce limonadier, qui n'en a pas voulu et que j'ai effacée.

Mme Bros. A la bonne heure. Je crois voir M. Vinot qui vient.

Bros. Allons, donne-moi le pot au rouge.

Mme Bros. Tiens, le voilà.

Bros. De l'eau, de l'eau.

Mme Bros. Elle est à côté de toi.

Bros. C'est bon, va-t'en ; il ne faut pas que les femmes soient témoins, quand les hommes parlent d'affaires.

Mme Bros. Je m'en vais au-devant de M. Yinot, pour le faire entrer.

Bros. Oui, dis-lui que je suis très-occupé.

Mme Bros. Ne t'embarrasse pas.

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