SCÈNE XI
M. BROSSART, M. VINOT,
Vinot. Elle est jolie la voisine.
Bros. Ah ! comme cela. Vous avez bien de la bonté.
Vinot. Et notre ouvrage, cela avance-t-il ?
Bros. Oui, cela ne sera pas long à présent.
Vinot. Ah! voyons, voyons. (Il s'avance et regarde. ) Comment ! c'est une Rose Rouge ?
Bros. Oui.
Vinot. Mai s nous sommes convenus que vous me feriez un Lion d'Or.
Bros. Oui, vous ; aussi ai-je mis au bas " Au Lion d'Or."
Vinot. Mais il y a une Rose Rouge.
Bros. Qu'est-ce que cela fait? on lira toujours "Au Lion d'Or."
Vinot. Et ceux qui ne savent pas lire ?
Bros. Tant pis pour eux. .
Vinot. Ma foi, je ne prendrai pas cette enseigne-là.
Bros. Vous la prendrez.
Vinot. Vous voyez bien que vous vous condamnez vous-même, en mettant " Au Lion d'Or " audessous d'une Rose Rouge.
Bros. Oui, mais, vous voyez, je suis honnête homme du moins ; je ne vous fais pas accroire une chose pour une autre, je ne me cache pas moi, et je vous donne deux choses pour une, le Lion et la Rose : je ne suis pas comme vous.
Vinot. Comme moi ? Q,u'est-ce que vous voulez dire ?
Bros. Q,ue vous me donnez du vin à dix, pour du vin à douze.
Vinot. Cela n'est pas vrai.
Bros. C'est très-vrai, mais je ne me fâche pas : parceque vous n'en avez pas d'autre.
Vinot. Je n'en ai pas d'autre ?
Bros. Sûrement ; car votre garçon me l'a dit.
Vinot. Il vous l'a dit ? Il a tort.
Bros. Non ; il a dit ce qu'il savait.
Vinot. Eh-bien ! si vous n'en voulez pas vous n'avez qu'à le rendre.
Bros. Non, je ne vous fais pas de chicane. Je le prendrai ; si vous en aviez d'autre, cela serait différent.
Vinot. Je garderai mon vin, et vous garderez votre enseigne.
Bros. Au contraire, je prendrai votre vin, et vous prendrez mon enseigne.
Vinot. Cela ne sera pas.
Bros. Cela sera.
Vinot. Je m'en vais le reprendre.
Bros. Je vous en empêcherai bien.
Vinot. Nous verrons.
Bros. Oui, nous verrons. (Ils veulent se battre.)