‹ Manuel de proverbes dramatiquesChapitre 55 sur 139 · M. DU PONT, LOUIS · texte numérisé non relu

M. DU PONT, LOUIS

Du Pont. Eh-bien, Louis, Mademoiselle Cécile a-t-elle paru aujourd'hui ?

Louis. Non, Monsieur, pas encore ; vous savez bien qu'elle ne descend jamais que l'après-midi.

Du Pont. Il est vrai ; mais c'est que je suis fort inquiet.

Louis. Pourquoi donc ?

Du Pont. Parcequ'hier au soir il m'a paru, qu'elle avait du chagrin.

Louis. Je ne sais pas pourquoi ; car elle devrait être bien aise, au contraire.

Du Pont. Bien aise ?

Louis. Oui, car je crois que nous irons bientôt à la noce.

Du Pont. A la noce ! et de qui ?

Louis. Eh pardi, d'elle-même.

Du Pont. On la marie ?

Louis. Oui, vraiment ; j'ai entendu parler de cela tout bas ; mais il n'en faut rien dire.

Du Pont. Voilà pourquoi elle était si triste hier. Nous sommes bien malheureux !

Louis. Est-ce que vous l'aimez ?

Du Pont. Ah ! sûrement, je l'aime !

Louis. Et pourquoi ne l'avez-vous pas demandée en mariage ? Je suis bien sûr que Madame de la Tasse, sa mère, vous l'aurait donnée.

Du Pont. Tu le crois, Louis ?

Louis. Pour cela, oui ; elle l'aurait bien donnée à Monsieur Du Croc, s'il ne s'y était pas pris trop tard.

Du Pont. Quoi ! ce fripon qui vient souvent ici avec Du Cornet ?

Louis. Oui. Je ne sais pas si c'est un fripon ; Madame de la Tasse ne le croit pas, toujours.

Du Pont. Tout le monde le connaît pour cela, ainsi que Du Cornet.

Louis. En ce cas-là, je suis bien aise qu'il n'épouse pas Mademoiselle Cécile. Tenez, la voilà, vous pourrez lui parler.

Du Pont. Oui ; mais si sa mère . . .

Louis. Elle ne vient peut-être pas encore. Je vais me tenir auprès de la porte, et je chanterai quand elle paraîtra.

Mu CÉCILE, M. DU PONT, LOUIS.

Louis. Entrez, entrez, Mademoiselle ; voilà Monsieur Du Pont qui vous attend.

Cécile, [troublée.) Monsieur Du Pont ?

Du Pont. Oui, Mademoiselle ; je suis au désespoir de ce que je viens d'apprendre.

Cécile. Ah ! mon Dieu, cela n'est que trop vrai ; je n'ai pu vous rien dire hier à cause de ma chère mère ; mais vous avez dû voir combien j'étais fâchée.

Du Pont. Aussi ai-je été très-inquiet ; mais je ne me croyais pas aussi malheureux que je le suis.

Cécile. Ah ! dites que nous le sommes ! Mais il faut que je m'asseie, car ma chère mère va venir.

Du Pont. Louis nous avertira. Q,uoi, vous croyez que rien ne pourrait rompre ce mariage ?

Cécile. Il n'y a pas d'apparence, car mon prétendu arrive aujourd'hui.

Du Pont. Et qui est-il ?

Cécile. Il s'appelle Monsieur Du Trouillet, et il est de Poissy, où son père a une charge dans les bœufs, à ce qu'on dit.

Du Pont. Si j'avais pu prévoir qu'on eût dû vous marier sitôt, je me serais proposé à Madame votre mère ;, peut-être m'aurait-elle accepté. Quelle différence ! Mais si je lui parlais, à Madame . . .

Cécile. Il n'est plus temps, Monsieur du Pont.

Du Pont. Elle sait mon talent pour les écritures ; je compte me faire recevoir bientôt écrivain juré expert aux vérifications ; tout cela ferait peut-être . . .

Cécile. Elle trouve déjà Monsieur Du Trouillet charmant, et elle ne l'a jamais vu.

Du Pont. Elle sait que j'ai hérité de mon oncle, qui demeurait à la Place de Sorbonne, et qui venait toujours ici, Monsieur de la Forêt.

Cécile. Q,uoi, c'était votre oncle ?

Du Pont. Oui, vraiment, frère aîné de mon père.

Cécile. Elle l'aimait beaucoup j je crois qu'il l'appellait sa commère.

Du Pont. Sans doute ; c'est cela même.

Cécile. Eh-bien, vous croyez ? . . .

louis, chante.

" La Bourbonnaise a bien des écus."

Du Pont. Ah ! voilà Madame votre mère.

louis, chante.

" A bien des écus, la Bourbonnaise, A bien des écus ..."

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