M. GOURCHON, M"-» ADÉLAÏDE, M. BROUTE, SAINT-ANDRÉ
Broute. Bon jour, mon cher ami Gourchon. Gourch. Allons, Monsieur le Docteur, asseyez-vous.
Broute. Non, mon cher ami, il faut que je vous embrasse avant. {Il V embrasse et s'assied.)
Gourch. Qu'est-ce qu'il y a ?
Broute. Allons doucement, allons doucement.
Gourch. Oui, mais j'ai affaire, moi.
Broute. Allons doucement, vous dis-je. Vous connaissiez Monsieur du Mortier?
Gourch. L'Apothicaire d'ici ?
Broute. C'est cela même.
Gourch. Eh-bien, que voulez-vous que j'y fasse ?
Broute. Il est mort aujourd'hui . . . Oui, aujourd'hui ; cette après-dînée ... je crois que c'est ce matin . . . non, c'est ce soir ; c'est égal.
Gourch. Après, après !
Broute. Allons doucement, allons doucement. Il est donc mort. Oui, il est mort d'un coup de-sang.
Gourch. Finissez donc.
Broute. Allons doucement, allons doucement. Il a été malade trois jours.
Adél. Saint-André, et l'âne ?
Broute. Mademoiselle, ce n'est pas à vous que je parle.
Adél. Je le sais bien, Monsieur.
Gourch. Réponds-donc, toi, quand on te demande !
St. And. Il n'est pas encore sorti, Monsieur.
Gourch. Les bêtes !
Broute. Écoutez-moi donc, mon cher ami.
Gourch. Oui, votre cher ami ! vous ne dites rien.
Broute. Allons doucement, allons doucement. Il est donc mort d'un coup de sang. Il a été malade trois jours.
Gourch. Cela ne fait rien, il est mort. Tout est dit.
Broute. Oui, il est mort ; mais tout n'est pas dit ; allons doucement, allons doucement.
Gourch. Doucement, tant que vous voudrez ; mais vous feriez bien de vous aller coucher ; vous me diriez le reste demain.
Broute. M'aller coucher, mon cher ami, je ne vous reconnais pas là.
Adél. Ecoutez-le donc, mon père.
Gourch. Oui, mais il ne dit rien.
Broute. Allons doucement, allons doucement ; écoutez-moi.
Gourch. Mais je vous écoute depuis une heure ; vous dites toujours la même chose.
Broute. Non, non. Allons doucement, allons doucement. Il est donc mort. Ils ne se sont pas adressés à moi, ainsi ce n'est pas ma faute.
Gourch. Oui, je crois que vous auriez fait de belle besogne.
Broute. Écoutez-moi, vous ne savez pas tout.
Gourch. Je ne vous empêche pas de le dire.
Broute. Allons doucement, allons doucement. J'étais chez moi bien tranquillement . . .
Gourch. Je le crois.
Broute. Quand on m'est venu dire qu'il était malade.
Gourch. Il fallait donc aller le voir.
Broute. Allons doucement, allons doucement. J'y ai été aussi.
Gourch. Il fallait donc l'empêcher ne mourir.
Broute. Allons doucement, allons doucement. Cela était impossible.
Gourch. Pourquoi ? vous êtes donc un ignorant ?
Broute. Non, ce n'est pas cela ; allons doucement, allons doucement ; c'est qu'il était mort.
Gourch. Ah, vous avez raison. Voilà tout ; à demain.
Broute. Non, ce n'est pas tout ; allons doucement, allons doucement. Je vous ai dit qu'il était mort.
Gourch. Eh, oui, plus de cent fois. Cela ne finira point. (A Saint- André.) N'est-il venu personne avec lui ?
St. And. Pardonnez-moi, Monsieur, Dame Germaine, sa gouvernante, est là.
Gourch. Faites-la entrer ; nous saurons peut-être ce qu'il me veut. {Saint-André sort.)