‹ Manuel de proverbes dramatiquesChapitre 85 sur 139 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Mme DE LA BRUYERE, M. DE LA BRUYERE, M. DUMONT.

De la Bru. C'est de vous, Monsieur, que Madame de St. Léger m'a parlé ?

Dumont. Oui, Monsieur.

Mme De la Bru. (à M. De la Bruyère.) Il a l'air d'un honnête homme.

De la Bru. Oui. Mais, Monsieur, qu'est-ce que vous voudriez avoir ?

Dumont. Est-ce que Madame la Comtesse de St. Léger, Monsieur, ne vous a pas donné mon mémoire ?

De la Bru. Non vraiment ; elle l'avait oublié.

Mme De la Bru. Si vous en avez un, Monsieur, donnez-le, ou dites vous-même votre affaire.

Dumont. Si Monsieur veut se donner la peine de lire, voilà la copie du mémoire que j'avaise fait.

De la Bru. Voyons. (Il lit.) Quoi, c'est vous qui travaillez dans les domaines ?

Dumont. Oui Monsieur.

De la Bru. On vous avait desservi ?

Dumont. Monsieur . . .

Mme De la Bru. Dites naturellement ; il est tout simple de se plaindre ; c'est une consolation qu'on ne doit pas se refuser.

Dumont. Si on le. pouvait, sans faire tort à ceux dont on a à se plaindre, je crois que cela pourrait être permis.

Mmo De la Bru. Voilà une façon de penser trèshonnête.

De la Bru. Tenez, Monsieur Dumont ; vous aviez une si bonne réputation, que je vous ai fait chercher partout ; je vous ai demandé à Monsieur De la Bonde, il m'a dit qu'il ne savait ce que vous étiez devenu.

Dumont. Je le crois bien, Monsieur ; c'est lui qui m'a perdu.

Mmo De la Bru. Et comment cela ?

Dumont. J'avais eu le bonheur de plaire à M. De la Rondière, chez qui se tient le bureau . . .

De la Bru. Il m'a beaucoup parlé de vous, Monsieur de la Rondière ; c'était ce qui m'avait donné envie de vous avoir.

Mm0 De la Bru. Laissez-le donc achever, Monsieur.

Dumont. Eh-bien, Monsieur De la Bonde a profité de trois jours, que je n'ai pas pu quitter ma mère, qui était à toute extrémité, pour me faire ôter mon emploi.

Mme De la Bru. C'est affreux ! est-elle un peu à son aise, Madame votre mère ?

Dumont. Ah, Madame ; c'est là ce qui cause mon désespoir ! Avec mon emploi je l'aidais à vivre, et je comptais en augmentant d'appointements pouvoir mieux la soulager encore, et l'on m'a ôté toutes mes ressources !

Mme De la Bru. (à M. De la Bruyère.) Monsieur, est-ce que cela ne vous touche pas? (il. M. Dumont,) Et est-elle guérie du moins?

Dumont. Non, Madame ; de cette maladie elle est devenue aveugle, et mon malheur l'a accablée de chagrin. Je vous demande bien pardon de vous exposer tout cela ; mais je ne l'aurais jamais fait, si votre bonté ne m'avait rassuré, sans m'humilier.

Mrae De la Bru. J'aime beaucoup votre façon de sentir, et de penser, Monsieur Dumont.

De la Bru. Et moi aussi, et je vais vous le prouver.

Mme De la Bru. (à M. De la Bruyère.) Ah, Monsieur, que je vous en aurai d'obligation !

De la Bru. Vous êtes folle. Je suis trop heureux de pouvoir avoir Monsieur Dumont, s'il le veut bien.

Dumont. Monsieur, je suis pénétré de reconnaissance . . .

Mm0 De la Bru. Vous lui donnez donc la place que vous avez ?

De la. Bru. Non.

Mme De la Bru. Ah, pourquoi ?

De la Bru. Parce qu'elle n'est pas assez bonne ; mais comme mon secrétaire est vieux et qu'il a besoin de se reposer, voilà la place que je lui offre ; il me faut quelqu'un de confiance, et je crois que je ne peux pas mieux choisir.

Mme De la Bru. Ah, Monsieur, vous me faites un plaisir ! . . .

De la Bru. Et je pense même, que pour qu'il puisse continuer de rendre à sa mère tous ses soins, sans se détourner, nous pourrions lui donner ici un logement.

Mme De la Bru. Assurément, j'allais vous le proposer ; vous m'avez prévenue.

De la Bru. Je suis charmé que nous ayons eu la même idée.

Mme De la Bru. (à M. Dumont qui s'appuie sur une chaise.) Monsieur Dumont, qu'avez-vous ?

Dumont. Madame, je suis si saisi d'étonnement, d'admiration, que tout mon regret est de ne pouvoir pas vvous témoigner ma reconnaissance, comme je le désire . . .

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