ABDOMEN
Topographie. — Au point de vue clinique, il me paraît suffisant de ne reconnaître à la cavité abdominale que deux plans : l'un antérieur, et l'autre postérieur, en sup-
primant les plans latéraux qnc j'ai admis pour la poitrine. La séparation de ces deux plans, quoique peu précise, me paraît cependant suffisamment indiquée par une ligne, qui, le malade étant dans le décubitus dorsal, marquerait la partie la plus éloignée de la ligne médiane et joindrait le bord inférieur des fausses côtes et la partie la plus élevée de la crête iliaque. Le plan antérieur luimôme serait divisé, ainsi que l'a fait l'anatomie topographique, en neuf régions, par des lignes également fictives, mais dont les points de repère seraient légèrement modifiés. De ces lignes, deux sont verticales et deux horizontales. De ces deux dernières. Tune langenterait le bord inférieur des fausses côtes, et l'aulre le bord supérieur de la crête iliaque. Les deux verlicales s'élèveraient perpendiculairement de l'épine iliaque antéro-supérieure jusqu'aux fausses côtes.
Ainsi seraient obtenues neuf )'égions qui pourraient conserver les noms donnés pour l'anatomie topographique. Nous aurons ainsi pour la zone supéi ieure : la région épigastrique, i'hypocondre droit et l'hypocondre gauche ; pour la zone moyenne : la région ombilicale, le flanc gauche et le flanc droit ; et, enfin, pour la zone inférieure : la région sus-pubienne, la fosse iliaque droite et la fosse iliaque gauche.
Quant au plan postérieur, son importance moindre et sa moindre étendue nous permettront de ne lui accorder que trois régions obtenues par deux lignes verticales qui, partant de l'épine iliaque postérieure, monteraient rejoindre les fausses côtes.
C'est donc en tout douze régions seulement que nous reconnaîtrons k la cavité abdominale ; et si, ainsi comprise, elle est diminuée de toute la partie de ses parois qui correspond au bassin, il faut reconnaître que c'est
sans inconvénient pour la percussion ou l'auscullalion, celle région n'étant que bien rarement examinée par ces procédés cliniques.
Applications. — Dans l'examen de la poitrine, les deux procédés cliniques, auscultation et percussion, ont chacun une réelle importance. Mais il est incontestable que celle de la première l'emporte sur celle de la seconde. Dans l'examen de la cavité abdominale, au contraire, l'importance des rôles va èlre renversée. Tandis que la percussion conservera son utilité à peu près dans toutes les régions dont je viens de fixer les limites, l'auscultation s'effacera souvent, et quelquefois même jusqu'à disparaître d'une manière complète. Pour toute la cavité abdominale, l'importance de la percussion l'emporte donc sur celle de l'auscultation; et c'est pourquoi, je le répète, je Tai maintenu à cette place. Étudions, du reste, chaque région séparément ; commençons par le plan postérieur.
Réijion épigastrique.'— Elle correspond en grande partie à l'estomac et doit toujours être sonore. Mais celte sonorité peut présenter des degrés qu'il faut connaître. Sa diminution ou sa disparition indiqueront presque sûrement des lésions graves de l'estomac; son exagération correspondra cà sa dilalalion, sans qu'elle puisse nous fixer par elle-même sur sa cause réelle.
Sur la limite de celte région et à droite, nous trouvons souvent une diminution notable de la sonorité cl même parfois de la malilé. C'est le point qui correspond à la vésicule biliaire, dont l'examen acquiert parfois une importance capitale.
Hijpoe/iondre droit. — Assez large en dedans, vu la direction des fausses côtes, il se rétrécit fortement en
dehors. On le Irouve le plus souvent sonore, mais d'une sonorité modérée. Elle tranche cependant avec la malité hépatique et la limite facilement. Les affections qui la font disparaître sont surtout les affecLions hypermegaliques du foie (hypertrophie, kystes liydaliques, abcès), qui peuvent conduire la matité de rel organe à 3 et 5 centimètres au-dessous du bord inférieur des fausses côtes, et aussi les affections du pylore, du duodénum et du pancréas.
Ht/poehondre gauehe. — Presque entièrement occupé par la sonorité stomacale, elle est partout sonore, sauf dans la partie réservée à la rate. C'est sur ce point qu'à l'état normal se trouve le maximum de. la sonorité de l'estomac. C'est également là qu'on la retrouve à l'état pathologique, mais alors beaucoup exagérée. C'est cette exagération qui constitue l'altération pathologique la plus fréquente. Quant à la diminution de la sonorité, elle est rare. Elle n'a lieu que sous l'influence de l'hypermegalie de la rate, quelle que soit sa cause : fièvre intermittente, leucocythémie, etc.
Région ombilicale. — La 'partie supérieure de cette région, ainsi que celle des deux autres placées à son niveau, est occupée par une sonorité qui sans égaler le timbre stomacal, n'en existe pas moins toujours à l'état normal. Cette ligne sonore s'étendant ainsi d'un côté à l'autre de la cavité abdominale, et dont le bord inférieur tangente l'ombilic est celle du colon transverse. Cette partie du gros intestin, on doib se le rappeler, va d'un côté à l'autre, en se mettant en contact à droite avec le foie, au milieu avec l'estomac sur la courbure inférieure duquel il se moule, et à gauche avec la rate.
Au-dessous de l'ombilic, la paroi abdominale correspond à l'intestin grêle, et ce rapport s'étend jusqu'à ses limites inférieures. j
Le Flâne droit. — Sa partie supérieure, nous l'avons vu, est occupé par la première partie du colon transverse, et le reste, presque en totalité, par la partie ascendante de cet organe. La ligne fictive, qui limite celte région en bas, correspond sensiblement à la valvule iléo-cœcale. A l'état normal, nous devons également trouver là de la sonorité, mais obtuse et profonde. Son exagération indiquera le plus souvent une paresse de cet organe, et parfois une obstruction située en aval. Sa diminution, au contraire, correspondra soit à l'obstruction de cette partie de l'organe, soit à des lésions augmentant l'épaisseur de ses parois, soit enfin à une lésion du péritoine qui le recouvre.
Flâne gauche. — Au-dessous de la partie occupée par la fin du colon transverse, nous trouvons ici le colon descendant. Sa sonorité, quoique constante, est cependant moindre que celle du colon ascendant. Normalement, elle va en diminuant à mesure que l'on s'approche de \'S iliaque, qui, à l'état normal, est mate. La partie inférieure du colon descendant ne doit donc présenter qu'une sonorité très faible.
Région sus-pubienne. — Cette région est normalement sonore, mais dune sonorité très obtuse. Il faut tenir compte que cette sonorité ne peut être donnée que par celle des anses intestinales, qui est déjà faible, ainsi que l'indique la percussion de la région sous-ombilicale ; et ensuite que nous ne la percevons qu'à travers les muscles droits et pyramidaux très épais à leurs insertions inférieures. Cependant, le son donné par la région sus-pubienne, je le répète, doit être sonore; une matité complète supposera donc toujours une cause dont il faudra chercher la nature. Parmi les plus communes, et par ordre de fréquence, je citerai la grossesse, l'accumulation de l'urine dans la vessie, et les tumeurs utérines.
SÉMÉIOLOCIE. q
-9S PERCUSSiaN
Fosse iliaque droite. — Conslamrncal sonore, dit; voil encore sa soiiorilé exagérée dans des cas palliolo- .giques assez nombreux. Sa sonorité norniale, une des plus accusées de la paroi abdominale, lient à la présence du cœcum que celle région loge en eulier. Son exagéralion reconnaît le plus souvent pour cause la paresse intestinale, comme on le voit souvent dans certaines affections aiguës et chroniques, ou bien une obstruction siégeant au-dessus de ce point. Sa disparition ou sa diminution correspondent presque toujours à l'obstruction, le plus souvent, slercorale de celle cavité.
Fosse iliaque gauche. — Elle correspond à 1'^ iliaque. €'est une des régions dans lesquelles la sonorité est la plus faible. FJle est même souvent mate à l'état normal. La moindre sonorité dans cette région doit donc éveiller notre attention.
Le plan' postérieur de la cavité abdominale est bien moins souvent examiné. Cependant il pourra l'ôtre parfois ■et avec profit.
Région raehicUenne. — Celle région, ou région médiane, n'est que rarement percutée ; le seul examen que l'on en fasse est, à l'aide de l'auscullalion, pour la re- ■cherche des anévrysmes de l'aorte.
Sa percussion, le malade étant dans le décubilus abdominal, donne un son mat. Il faut, en effet, tenir compte de l'épaisseur considérable des parties molles qui ferment la cavité abdominale sur ce point. Ce ne serait donc que dans les cas de lympanisme exagéré que l'on pourrait trouver de la sonorité, cl encore faudrait-il la chercher sur ses parties latérales.
Région rénale droite. — Cette région, de même que
sa symétrique, reçoit son importance de la présence durein, qui lui donne son nom.
A i'élat normal, celte région est complètement mate, et ce n'est que dans les tympanismes très prononcés qu'on< pourrait trouver une sonorité profonde.
Région rénale gauche. — 11 en est de même et à plus forte raison, delà région symétrique, qui est également occupée par le rein ; et qui, de plus, loge à sa partie supérieure la rate.