CHAPITRE II
DU MANIEMENT DU MICROSCOPE
Nous connaissons les pièces qui entrent dans la composition d’un microscope. Voyons maintenant les conditions de son fonctionnement.
Supposons que l’on veuille observer une aile de mouche, par exemple.
On commence par prendre une plaque ou lame de verre, et, après avoir déposé au centre une petite goutte d’eau, on y plonge l’objet à examiner (car, il ne faut jamais opérer à sec), puis on se procure de petites lamelles de verre mince, et après en avoir choisi une, que l’on essuie bien, on la dépose, en la saisissant avec une pince, et en évitant, ainsi, de la ternir avec les doigts, sur la gouttelette d’eau, de façon à enfermer l’aile de mouche entre la plaque de verre et la lamelle. Cela fait, on comprime légèrement avec le manche d’un instrument quelconque de façon à éliminer latéralement le liquide qui serait en excès. C’est la première partie de l’opération et toujours la même, quel que soit l’objet à observer.
Prenant ensuite le microscope, on commence par disposer le miroir en le dirigeant vers la lumière (soit celle du jour, soit celle d’une lampe), le faisant osciller en tous sens, et, en tâtonnant, de façon qu’en plaçant l’œil à l’oculaire, on aperçoive éclairé et brillant le
TECUNIQUE MICROSCOPIQUE.
champ de l’instrument. Puis on choisit la lentille qui doit être vissée à l’extrémité inférieure du tube glissant et qui varie selon le grossissement que l’on veut obtenir.
C’est alors qu’on interpose la plaque contenant l’objet à examiner entre le trou de la platine et l’objectif. Il ne s’agit plus, pour le percevoir, que de mettre au point, ce qui se fait, en abaissant très lentement le tube glissant jusqu’à ce qu'on aperçoive une image plus ou moins nette, et en tournant légèrement dans un sens ou dans un autre la vis micrométrique qui surmonte la colonne, jusqu’à ce que les détails apparaissent avec une pureté parfaite.
Il arrive souvent que les commençants, en manœuvrant trop brusquement le tube glissant, écrasent la préparation. Nous leur indiquerons un petit moyen qui leur évitera ce désagrément. Il consiste à commencer par abaisser le tube de façon que la lentille touche la lamelle, et à le relever ensuite graduellement, en gardant l’œil à l’oculaire jusqu’à ce qu’on commence à percevoir l’image. On laisse alors le tube, et tournant la vis micrométrique dans un sens ou dans l’autre, on achève de mettre au point. Nous ajouterons que deux ou trois jours d’exercice suffisent à l’étudiant pour acquérir la sûreté de main suffisante pour manœuvrer son instrument sans craindre d’écraser la préparation.
Nous avons choisi, pour notre premier exemple, l’examen d’un objet d’une certaine étendue, ce qui fait que l’on est presque sûr de le rencontrer dans le champ du microscope, mais si nous prenons un cheveu, par exemple, ou un globule sanguin, il y a beaucoup de chances pour que d’abord l’on n’aperçoive rien. Dans ce cas, on devra, d’une main, faire osciller la lame de verre portant l’objet, et de l'autre abaisser
lentement le tube du microscope. En tâtonnant un peu, on arrivera à découvrir l’objet cherché.
Le petit moyen suivant aidera quelquefois : la lamelle que l’on emploie pour couvrir, bien que nettoyée soigneusement, conserve, presque toujours, quelque impureté à sa surface (un grain de poussière, un filament de linge). En abaissant le tube, on arrivera à découvrir ces petits corps avant d’apercevoir l’objet. On en conclura que l’on est presque au point, et en abaissant encore quelque peu, on finira par tomber juste.
Nous le répétons, ces petites manipulations sont fort simples et deviennent, en quelques jours, tout à fait automatiques.
Les détails précédents bien compris (et l’élève devra manipuler pour s’exercer), surgit la question du choix de l’objectif à employer.
Quand on commence, on s’imagine que l’on voit beaucoup mieux avec un fort grossissement qu’avec un plus faible. C’est une grave erreur; et nous allons démontrer qu’il est de la plus haute importance de choisir tel ou tel objectif dans des cas déterminés.
Si, pour continuer notre exemple, nous examinons l’aile de mouche avec un grossissement de 15 diamètres, nous la verrons entière avec les poils qui hérissent sa surface, et nous aurons une bonne idée de sa structure et de sa constitution histologique. Si, au contraire, nous employons, tout d’abord, un grossissement de 1,000 diamètres, nous verrons tout simplement dans le champ du microscope un poil ou deux, et il faudra être bien perspicace pour s’apercevoir qu’il s’agit d’une aile de mouche.
Comment reconnaître le numéro de l’objectif à employer? Le moyen est fort simple : commencer par le numéro le plus faible et essayer successivement
tous les objectifs jusqu’au plus fort. On aura, d’abord, une vue d’ensemble qui permettra de noter certains points à examiner de préférence à certains autres, et c’est .sur ces derniers qu’on braquera ensuite les objectifs les plus forts.
Nous ajouterons qu’avec l’expérience (car l’expérience joue, comme en toute chose, un grand rôle en micrographie) on acquiert vite le tact nécessaire pour juger à première vue du grossissement que l’on doit appliquer dans un cas déterminé.
Pour terminer ce qui a trait au microscope, nous parlerons d’une disposition inventée par M. Nachet et qui présente la plus grande commodité pour montrer à un auditoire les détails d’une préparation quelconque. Cet appareil (1) (fig. 16 et 17), connu sous le nom de « microscope de démonstration », se compose des mêmes pièces que l’appareil précédemment décrit ; seulement, il peut se séparer de son pied une fois que la préparation est mise au point, et au moyen d’un manche de bois que l’on visse sur l’appareil, il est possible de le faire circuler dans un auditoire public qui peut alors prendre connaissance du sujet exposé par le professeur.
L’observateur, pour voir l’objet, n’a plus qu’à diriger l’instrument vers le ciel ou vers la lumière d’une lampe.
Enfin, en dernier lieu, nous dirons quelques mots des objectifs à immersion et du microscope binoculaire (fig. 15).
Le principe de l’immersion découvert par Amici, en Italie, consiste à remplacer la couche d’air interposée
(1) Prix: 80 fr. sans objectifs.
MANIEMENT BU BUCROSCOPE.
entre la préparation et l’objectif par une petite nappe
Fig. 15.
d’eau. Comme l’indice de réfraction de l’eau est plus
Fig. IG.
rapproché que celui de l’air de celui de la lentille, il en résulte que les rayons lumineux qui traversent
1 appareil sont moins réfractés dans le premier cas que dans le second, d’où plus grande netteté de l’image, puisqu’il y aura plus d’éclairage et plus de rayons qui parviendront à l’œil de l’observateur.
Fig. n.
Pour se servir de semblables objectifs, on opérera, comme nous l’avons indiqué plus haut; seulement, on aura soin de déposer préalablement sur la préparation une goutte d’eau dans laquelle, en mettant au point, viendra plonger la face frontale de l’objectif.
Quant au microscope binoculaire dont nous donnons le dessin (fig. 15), c’est un instrument qui fournit en certains cas des effets surprenants.
Rien n’est plus beau que d’examiner dans ces conditions certaines préparations.
Les injections surtout présentent alors des reliefs qui font ressortir les moindres détails. — Le modèle dont nous nous servons est fabriqué par M. Nachet.
Le prix est de 150 fr.
Nous pourrions parler encore d’un grand nombre d’accessoires que l’on peut ajouter au microscope, (condenseurs, platines tournantes, polariscopes, etc.); mais, comme ces instruments ne sont pas indispen-
Fig. 18.
sables, nous ne compliquerons pas inutilement nos descriptions.
Nous mentionnerons seulement les deux excellents modèles de microscopes, dits de poche, fabriqués par MM. Nachet (fig. 18) et Yérick (fi g. 23).
Le premier offre cet avantage d’avoir une platine absolument stable, de pouvoir être incliné comme un microscope usuel, et d’être en même temps un microscope simple de dissection; sa construction est basée sur la possibilité de séparer de la platine le corps et le mouvement lent qui est assujetti solide -
Fig. 19.
ment sur celle-ci au moyen de la bague A (fig. 19), de sorte que, si on dévisse cette bague, on peut remplacer le corps par un bras porte-loupe (fig. 20) pouvant recevoir les doublets de dissection.
MANIEMENT PU MICROSCOPE. 29
Malgré ces diverses fonctions, cet instrument est très solide et léger. Le pied offre une superficie de
92 centimètres carrés, ce cjui le rend très stable, il peut recevoir les oculaires ordinaires ainsi que les
Fig. 22. — Microscope portatif dans sa boite.
objectifs de toute nature. L’instrument forme un tout très compacte; pour l’enfermer dans sa boîte,
il faut faire pivoter complètement la platine autour de 1 axe O (fi g. 21), de façon à l’amener au niveau du pied ; la base de l’appareil se trouve ainsi réduite à 4 cent. 1/2 de hauteur. — L’appareil comprend l’oculaire, les objectifs, le porte-loupe, 2 doublets, un caisson pour les lames et lamelles, etc., est enfermé dans une boîte en maroquin de 19 centimètres de longueur sur 11 de largeur et 6 d’épaisseur.
Son prix est de 200 fr.
Le modèle deVerick,égalementfortcommode(fig. 23),
Fig. 23.
est renfermé dans un étui en gaînerie ; longueur, 0m, 20, largeur, 0m,10, épaisseur, 0m,5. — Pour le fermer, [l’instrument étant supposé placé dans la position ordinaire du travail, il faut porter le miroir de gauche à droite,
puis abaisser d’une main la virole noire A, pendant que l’autre main fait basculer la platine horizontale B de droite à gauche pour la rendre verticale. Ensuite, on retire le tube du microscope, et on le réintroduit par l’ouverture opposée, entre l’écartement, du pied, la platine et le miroir. Dans cette nouvelle position, il faut pousser le tube de façon à pouvoir rapprocher les deux branches du pied comme on ferait d'un
Fig. 24. — Microscope de voyage et de poche vu dans son étui, dans lequel il y a place pour 3 objectifs.
compas. Cet instrument est vendu séparément sans objectifs ni oculaires, car on peut se servir de tous ceux des grands microscopes sans que le grossissement et le champ en soient diminués. 80 fr.
Cet instrument a été construit avec le concours de M. le docteur Malassez.
TECUNIQUE MICROSCOPIQUE.
Pour terminer, mentionnons enfin le revolver porteobjectifs de Nachet, qui permet d’économiser beaucoup de temps, en évitant le vissage et le dévissage incessant des objectifs de divers grossissements.
Fig. 25.
L’examen de la figure expliquera suffisamment le maniement de ce petit appareil.