VII. — ANTIMONIAUX
Les préparations antimoniales usitées en médecine sont, pour l'usage interne : le tartre stibié, le kermès minéral, le biantimoniate de potasse, le pentasulfure d'antimoine; pour l'usage externe : le chlorure d'antimoine, dont il sera traité aux caustiques.
Les eifets généraux des diverses préparations solubles d'antimoine étant semblables, nous les étudierons à propos du tartre stibié, la plus usitée de toutes.
L TARTRE STIBIÉ.
Le tartre stibié, ou émétique, est untartrate double
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d'antimoine de potasse. Il est soluble dans l'eau et l'alcool.
PHYSIOLOGIE
Effets locaux. — Le tartre stibié appliqué sur la peau détermine une inflammation pustuleuse, analogue aux pustules de la variole. Lorsque la pustule se vide, il succède une ulcération qui, après sa giicrison, laisse une cicatrice indélébile.
Sur les muqueuses les phénomènes inflammatoires sont plus intenses. Une friction faite sur la peau avec le tartre stibié détermine l'apparition d'ulcérations sur la muqueuse intestinale (Nothnagel et Rossbach); de même l'ingestion de tartre stibié dans l'estomac est suivie parfois d'une éruption pustuleuse à la peau (Bœckh, Ghrichton, Gleaver).
Ces phénomènes s'expliquent par l'élimination de la substance par la peau et le tube digestif. ^
Absorption. — Dans le tube digestif le tartre stibié s'absorbe probablement en nature, car on sait que les liquides intestinaux ont peu d'action sur lui.
Effets généraux. — Sous l'influence de doses progressives deOS'',001 à 08^^,01 Meierhofer et Nobiling éprouvèrent les symptômes suivants : pesanteur de tête, abattement dans les membres, somnolence, sommeil, pouls fréquent, irrégulier, nausées, vomissements, douleurs intestinales, diarrhée, hypersécrétion du mucus ; puis le pouls devint faible, ralenti, et la prostration s'accentua, il survint de l'amaigrissement.
Avec des doses plus fortes (O'^'', 10), fl seproduitdes vomissements, de la diarrhée; la prostration est très grande, le pouls est petit, la respiration est supeffi-
TARTRE STIBIE. iSo
cielle, le corps se couvre d'une sueur froide on observe quelquefois une syncope.
Des doses toxiques amènent la mort par arrêt du cœur et de la respiration.
Action sur le système nerveux. — Les troubles circulatoires et respiratoires, les vomissements qui accompagnent l'usage du tartre stibié ne per^ mettent pas de préciser la part qui revient à l'action directe du poison sur les centres nerveux. Il est certain toutefois que la prostration, le coUapsus ne peuvent être mis seulement sur le compte du vomissement, car Radziejewski les a observés chez les lapins, qui ne peuvent pas vomir.
La paralysie des centres cérébro-spinaux et la disparition du pouvoir réflexe s'observent également chez les animaux à sang froid dont le système nerveux est beaucoup moins sous l'influence de la circulation et de la respiration.
Les nerfs périphériques n'éprouvent rien de particulier.
Action sur les muscles striés. — Le tartre stibié diminue considérablement la force musculaire chez l'homme et chez les animaux. Buccheim a ob* serve chez les grenouilles un abaissement considérable de la courbe de la contraction musculaire.
On doit rattacher à cette paralysie du système musculaire une grande partie de la faiblesse générale et des troubles de la circulation et de la respiration.
Action sur la circulation. — Le tartre stibié ralentit les battements du cœur et diminue leur énergie. Ces effets doivent être attribués à l'action du poison sur la fibre musculaire du cœur et non à l'ex-
citation des pneumogastriques, car ils se produisent même après la section de ces nerfs (Rabuteau).
Par suite de cet affaiblissement du cœur on observe une forte bypérémie veineuse de tous les organes (Nothnagel et Rossbach), bypérémie semblable à celle qui se produit dans les maladies du cœur compliquées d'asystolie.
Action sur la respiration. — Les mouvements respiratoires sont lents, superficiels, probablement par suite de la paralysie musculaire.
Action sur la nutrition. — La température s'abaisse considérablement, et quelquefois le sujet tombe dans un état d'algidité et de cyanose inquiétant. Le ralentissement de la circulation et de la respiration expliquent ces phénomènes.
L'usage prolongé de faibles doses de tartre slibié produit une dégénérescence graisseuse du foie, du cœur, comme le phosphore et l'arsenic.
Action sur le tube digestif. Vomissement. — Le premier effet du tartre stibié, à dose suffisante, est de produire des vomissements. Le mécanisme de ces vomissements n'est pas encore bien connu. On supposa d'abord qu'ils étaient dus à l'irritation des nerfs sensibles de festomac. Lorsque Magendie découvrit que le tartre stibié faisait vomir, même après avoir été injecté sous la peau ou dans le sang, on les attribua à l'action du poison sur les centres nerv^eux. Mais voici que Orfila, Brington, Radziejewski, trouvèrent le tartre stibié dans les matières vomies à la suite d'une injection intra-veineuse ; on était donc en droit de revenir àla première hypothèse de l'irritation stomacale.
Alors, Magendie enleva l'estomac d'un animal et le
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remplaça par une vessie, injecta dans les veines du tartre stibié et vit se produire des vomissements. Il semblerait que cette expérience dût lever tous les doutes, on lui fait cependant des objections. Hermann et Grimm ont remarqué qu'il fallait des doses plus fortes de tartre stibié pour faire vomir par injection sous-cutanée ou veineuse que par l'ingestion stomacale; or il est sans exemple qu'une substance, agissant sur le système nerveux, produise des effets plus intenses quand elle est administrée par l'estomac que quand elle injectée directement dans la circulation (Nothnagel et Rossbach).
Si le vomissement se produit alors même que l'estomac est remplacé par une vessie, cela prouve simplement, disent Nothnagel et Rossbach, que ce n'est pas seulement en excitant les terminaisons nerveuses du pneumogastrique dans l'estomac que le tartre stibié fait vomir, mais que l'excitation des fibres nerveuses du pharynx, de l'œsophage, 'peuvent produire les mêmes effets.
D'autre part, SchifT a démontré que si l'on soustrait l'estomac aux pressions des muscles, agents mécaniques du vomissement, l'orifice du cardia se dilate sous l'influence d'une injection d'émétique, ce qui tend à prouver que les vomissements du tartre stibié sont bien un phénomène réflexe.
Tolérance. — Les effets vomitifs de l'émétique ne se produisent pas toujours. On peut les éviter par des doses fractionnées. Il arrive souvent que les vomissements s'étant montrés à la suite d'une dose d'émétique, des doses ultérieures n'ont pins d'effet. Chez les malades fébricitants l'émétique est quelquefois impuissant à faire vomir. C'est à l'absence de vo-
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missements dans ces diverses circonslances qu'on donne le nom de tolérance, mais il faut bien remarquer que ce n'est qu'une tolérance stomacale et que les effets du médicament sur le système nerveux, la respiration et la circulation, se produisent au contraire avec d'autant plus d'intensité qu'il n'y a pas eu de vomissements.
Lorsque l'émétique est donné dans un grand état de dilution, émétique en lavage, les y omissemenls sont moins sûrs, et ce que l'on observe surtout c'est de la diarrhée.
Action sur les sécrétions. Élimination. — Le tartre stibié s'élimine par les wines, les sueurs, la muqueuse digestive, la bile, le lait. Rien ne prouve son jDassage par la muqueuse respiratoire.
Ces diverses sécrétions sont peu influencées par l'émétique. Si on observe quelquefois une sudation abondante, ce fait doit être attribué, d'après Trousseau, à l'acte du vomissement et non au médicament lui-même. Quelquefois aussi l'émétique détermine de la diurèse.
L'élimination du tartre stibié est lente, de même que celle de l'arsenic ; on a trouvé des traces de ce médicament dans le foie, les os, plusieurs mois après son administration.
Les principaux usages du tartre stibié sont fondés sur ses propriétés vomitive, antipyrétique et ii-ritante.
Comme vomitif, le tartre stibié est un agent sûr, fidèle, mais il ne faut pas perdre de vue le collapsus, la prostration qui suivent son emploi et qui sont
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dans certains cas une contre-indication, par exemple chez les enfants, les vieillards, les personnes affaiblies.
Comme antipyrétique, Fémétique était autrefois en grande vogue, alors que l'on appliquait sans mesure la méthode dite contro- stimulante.
Émétique et saignée, telles étaient les armes les plus puissantes de cette méthode qui consistait à abattre les forces du malade pour abattre la maladie.
Pneumonie. — C'est dans la pneumonie surtout que le tartre stibié a été administré avec la plus large mesure. Suivant la méthode italienne ou de Rasori, on donne le premier jour 1S'',30 à 2 gr. de tartre stibié, et l'on continue les jours suivants en diminuant les doses. Sous l'influence de cette médication perturbatrice, la température s'abaisse, le pouls se ralentit, mais souvent aussi Vadynamie stibiée se déclare .
On est d'accord aujourd'hui pour reconnaître à la médication stibiée les mêmes indications qu'à la saignée, c'est-à-dire qu'on la réserve pour les pneumonies qui se déclarent chez les sujets vigoureux et capables de supporter cette perturbation violente. Les doses sont abaissées de ls%50-2 ^r. à 0&^30-0s^50.
Au surplus, ne sait-on pas que la pneumonie est une maladie dont la marche a un cycle défini et qu'elle guérit habituellement lorsque la lésion est peu étendue et qu'elle est exempte de complications?
Dans les diverses affections fébriles, rhumatisme, pleurésie, péricardite, péritonite, etc., l'emploi du tartre stibié est soumis aux mêmes indications que dans la pneumonie.
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Dans la phthisie, Lanthois, Bricheteau, Fonssagrives, ont employé le tartre stibié à doses fractionnées.
Nous estimons que le tartre stibié ne répond à aucune indication précise, et que les services qu'il peut rendre sont largement annulés par ses inconvénients.
Chorée. — L'action dépressive directe ou indirecte (par l'état nauséeux) que le tartre stibié exerce sur le système nerveux et musculaire a été mise à profit par Laënnec, Brescbet et Gilette, dans le traitement delà chorée, et de nombreuses guérisons ont été observées.
Ce médicament est aujourd'hui peu usité depuis l'emploi du chloral et du bromure de potassium.
Pour l'usage externe, voyez Révulsifs.
Préparations. — Doses.
Gomme vomitif: O^^^qS à 0^r^i5 dans un demi-verre d'eau tiède.
Comme purgatif : 0^r^i5 dans un litre d'eau.
Quand on veut n'obtenir que les effets sédatifs, il faut donner l'émétique à doses fractionnées de façon à ce que chaque dose ne dépasse pas 0^i',02 à O^r^oS. On peut ainsi faire absorber 0»',20 à 0^i",50 dans la journée. Il est bon, dans ce cas, d'associer de l'opium à l'émétique pour éviter les vomissements.
Traitement de rempoisonnement par le tartre stibié. — Administrer du tanin, combattre le coUapsus.