CHAPITRE III
Chez tous les mammifères, l'appareil urinai re se compose des reins, des uretères, de la vessie et de l'urèthre.
Chez les oiseaux, il n'y a pas de vessie, les uretères venant déboucher dans le cloaque où l'urine se mélange aux excréments.Les vivisectionsque l'on pratique surcetappareil peuvent avoir pour but, ou simplement la mise à nu des reins, pour agir sur leurs vaisseaux ou sur leurs nerfs, ou l'extirpation de ces organes ; on peut encore lier les uretères, ouvrir ou exciser la vessie; d'où plusieurs sortes d'opérations que je vais successivement décrire.
^éphrotomie. — Les procédés employés pour pratiquer cette vivisection sont assez nombreux, nous allons les passer rapidement en revue, empruntant la plupart de ces détails à l'ouvrage de Cyon (1).
Un premier détail, qu'il faut avoir présenta l'esprit en pratiquant cette opération, c'est que la position des reins peut ne pas être normale, car les variétés de situation sont assez fréquentes et, même à l'état ordinaire, les
(1) Methodik der physiologischen Expérimente und Viviseclioneny 1876.
MÉPHROTOMIE. 167
deux reins ne sont pas au même niveau, le gauche étant généralement un peu plus postérieur que le droit.
L'extirpation des reins peut se faire sur bien des animaux, mais, d'après Zalesky, l'opération serait impossible chez les oiseaux, chez qui les reins sont profondément situés et s'étendent jusque dans l'excavation du sacrunt. De nombreux vaisseaux les traversent, ce qui rend la liga* ture en masse impossible. C'est encore le chien qui supporte le mieux l'opération, mais toutefois, malgré tous les soins, l'animal succombe toujours un h deux jours après l'extirpation de ces organes.
L'animal est maintenu couché sur le flanc opposé à celui sur lequel on se propose d'opérer, de façon à ce que le côté sur lequel on va agir soit placé en haut ; on anesthésie l'animal par un des procédés indiqués et l'on coupe les poils de la région.
Pour le côté droit, Rawitsch commence par inciser la peau parallèlement à la colonne vertébrale, en partant de l'extrémité antérieure de la dernière côte jusqu'au sacrum. L'incision varie forcément suivant la grosseur des animaux. On incise ensuite les muscles au niveau du bord externe du carré des lombes, dans la même direction, à environ 4/2 centimètre des apophyses transverses des vertèbres lombaires, en partant immédiatement au-dessous de la dernière côte. Oii écarte, au moyen de forts crochets, les lèvres de la plaie et Ton tombe sur le tissu cellulo-adipeux qui entoure le rein. On quitte alors l'instrument tranchant pour prendreun instrument mousse, une spatule, ou le manche du scalpel, et on isole doucement le rein de sa capsule graisseuse. On lui fait faire hernie à travers la plaie, on jette une double ligature sur
le paquet \asculo-nerveux qui se rend au hile, et l'on sectionne entre les deux ligatures.
Pour le côté gauche Ra>¥itsch procède de la même manière, seulement au lieu de faire partir son incision cutanée de l'extrémité antérieure delà côte, il la fait partir de l'extrémité postérieure. L'incision des muscles se fait environ à i centimètre des apophyses transverses.
L'opération terminée, on ferme la plaie par des points de suture placés d'abord sur les muscles, puis sur les téguments. La plaie doit être bien soignée et tenue bien propre.
En opérant par ce procédé, on a Tavantage de ne pas blesser le péritoine, condition favorable à la réussite de l'opération. En opérant avec précaution, on*peut même n'avoir qu'un écoulement de sang presque insignifiant. L'opération est douloureuse, on ne doit pas mettre plus de iO à 15 minutes pour la pratiquer.
Gyon dit qu'il est plus avantageux de faire l'incision un peu plus en dedans, et de lui donner une direction oblique, de haut en bas et de dehors en dedans, les muscles sous-jacents étant Sectionnés dans la même direction.
Gomhàire a proposé d'extirper le rein par le triangle de Petit. En faisant l'incision dans cet endroit, il y a une très petite couche musculaire à traverser. On pénètre dans l'abdomen par le bord postérieur des obliques abdominaux. Seulement par ce procédé, on ne peut éviter l'ouverture du péritoine, ce qui est désavantageux pour la réussite de l'opération.
Le D' Klinneberg a proposé de faire la néphrotomie par la méthode suivante :
On conunence par inciser la peau en partant un peu au-dessous du bord antérieur de la dernière côte, et l'on
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se dirige en décrivant un arc à petite convexité supérieure, en dedans et en bas, sur le bord antérieur du sacro-lombaire. Environ vers le milieu de cette incision, il y a un point oii la paroi abdominale est assez mince, elle est formée, de la peau au dehors, de la partie antérieure du grand dorsal, du commencement de l'aponévrose du muscle oblique abdominal interne et des muscles transverses abdominaux, et de la couche de tissu conjonctif qui double le péritoine. Mais ce procédé, comme le précédent, a rinconvénient de nécessiter l'ouverture du péritoine, ce qui est encore désavantageux pour le bon résultat de Topération.
Lorsque la vivisection pourtant a pour but une expérience sur les vaisseaux ou les nerfs du rein, ce procédé opératoire est bon ainsi que le suivant, qui consiste à ouvrir l'abdomen sur la ligne médiane.
Pour cela l'animal est couché sur le dos, et après les préparatifs d'usage, on incise la ligixe blanche. Une fois l'abdomen ouvert, on écarte avec précaution la masse intestinale en la portant d'un côté ou de l'autre, et l'on arrive alors facilement sur les reins. On atteint plus facilement le rein gauche que le rein droit qui se trouve caché par le foie.
On comprend que, pour les suites de l'opération, ce procédé encourt les mêmes reproches que tous ceux qui nécessitent l'ouverture du péritoine.
Jusqu'à présent, j'ai pris pour type de la description, le chien, mais le manuel opératoire est le même pour le lapin, le chat, et les autres animaux employés.
Lorsque l'opération a pour but, non plus l'extirpation du rein, mais des expériences sur les nerfs ou les vais-
170 APPAREIL URINAIRË.
seaux de l'organe, on procède comme nous venons de l'indiquer; mais il vaut mieux prendre de petits chiens qui ne présentent pas alors une plaie trop profonde, inconvénient ftérieux pour ces recherches délicates.
Voici comment Herrmann procède pour expérimenter sur les nerfs.
L'animal est fixé sur le côté opposé à celui sur lequel on opère et afin que les intestins, par l'effet de la pesanteur, gagnent les parties déclives et ne gênent point, on relève par un billot la partie sur laquelle va porter Topératîon. On anesthésie l'animal, et la peau est incisée à partir de la dernière côte, sur le bord externe du muscle sacro-lombaire. Une fois ce muscle découvert, on incise le feuillet supérieur de sa gaine, on pénètre dans la gaine même avec le doigt au-dessous du muscle, jusqu'aux apophyses transverses. On incise alors le feuillet profond et l'on tombe immédiatement sur le hile du rein, qui se trouve au milieu de son atmosphère de graisse. On isole l'organe avec de grandes précautions. Mais les suites de l'opération sont pleines de difficultés, pour isoler les nerfs, car ces nerfs doivent être recherchés au milieu des vaisseaux contre lesquels ils sont appliqués.
Mise à nu de Furetère. — Les différents procédés que je viens de décrire peuvent aussi servir pour arriver sur les uretères ; mais il est préférable de choisir la partie inférieure de ces canaux, près de leur abouchement dans la vessie, car à cet endroit ils offrent plus de solidité.
L'incision pour aller lier l'uretère ou y introduire une canule peut se faire sur la ligne blanche, même au-dessus de la symphise du pubis, ou bien encore sur un des côtés du muscle droit abdominal. Le premier procédé
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est bon pour lier simplement le canal, le second est préférable lorsque Ton veut y introduire une canule.
Herrmann a décrit avec soin le procédé et les précautions nécessaires pour introduire une canule dans l'uretère. Voici son procédé :
On choisit de préférence un gros chien. L'animal suivant la coutume est fixé sur le dos et anesthésié. On pratique alors une incision abdominale sur le bord externe du droit abdominal , pour aller rechercher l'uretère ; l'incision doit être faite immédiatement en face de la symphise sacro-iliaque. Sa longueur doit être suffisante pour que l'on puisse introduire deux doigts dans la cavité abdominale. On recherche alors avec le doigt l'uretère, à l'endroit de son entre-croisement avec l'artère iliaque devant laquelle il passe, et on le tire' au dehors. On se sert alors d'une petite canule métallique en T, dont la branche horizontale présente une extrémité, celle qui doit être tournée vers la vessie, fermée ; l'autre, qui doit être tournée vers les reins, est taillée en biseau, de façon à faciliter son introduction dans le canal. La branche perpendiculaire doit avoir une certaine longueur, pour que l'uretère étant remis en place, elle puisse sortir par l'ouverture abdominale, à laquelle on la fixe.
L'uretère étant amené au dehors, on y pratique au moyen de petits ciseaux une incision en V, dans laquelle on commence par faire pénétrer la portion de la branche horizontale taillée en biseau ; l'autre branche, qui doit être un peu plus courte, est ensuite introduite, et au moyen d'une ligature, on fixe solidement la canule. On remet l'uretère dans sa position normale et l'on suture l'abdomen. Afin de bien recueillir l'urine et pour faciliter son
écoulement, ranimai doit être maintenu debout. On peut se servir avantageusement de la disposition décrite pour maintenir les chiens porteurs de fistules pancréatiques (voy. p. 100).
Zalesky a indiqué deux procédés pour rechercher les uretères chez les oiseaux. L'animal (poule, oie, etc.) est fixé d'abord sur la table, couché sur le dos, puis avec des ciseaux on coupe toutes les plumes du tiers inférieur du ventre et de la région anale.
Le premier procédé consiste à pratiquer sur l'animal deux incisions, formant sur le cloaque un triangle, dont la pointe est tournée vers la ligne blanche et la base vers la région anale ; l'incision doit comprendre la peau et les muscles abdominaux.
Les uretères que l'on a eu soin d'éviter avec l'instrument tranchant, se présentent au milieu de l'espace triangulaire découvert, ils ont la forme d'un petit cordon fibreux et se distinguent des tissus environnants par leur couleur blanche etleur orifice oblique dansle cloaque. On passe au-dessous du canal que l'on veut oblitérer un lien, et l'on lie ; après quoi la plaie abdominale est cousue.
Le deuxième procédé consiste à faire l'incision sur la ligne blanche, de l'extrémité inférieure du breschet (sternum) jusqu'au cloaque, que l'on a soin pourtant de ne pas blesser.
On introduit alors le doigt dans la cavité abdominale à travers cette plaie, et l'on cherche de haut en bas et d'arrière en avant à dégager l'uretère de la graisse et de son réseau de vaisseaux sanguins. Une fois isolé il est facile de le lier.
Dans ces deux procédés, on n'a pas à éviter Touverture