AVANT-PROPOS DE LA SECONDE EDITION
Tout en reconnaissant le devoir de l'écrivain de laisser au public le jugement de son propre travail et des travaux parallèles d'autrui sans le présenter lui-même sous forme de préface, je ne pense pas manquer aux convenances littéraires en déclarant que je crois, dans Fétude du principal, m'étre posé un problème dont la solution n'avait pas encore été tentée.
Nos « antiquités » romaines sont plus restées qu'on ne croit d'ordinaire dans la dépendance de la tradition des jurisconsultes romains. Les commentateurs modernes se sont mus dans le cadre que leur avaient transmis les perit'i juris publici ; ils n'ont pas eu l'idée ou ils n'ont pas eu le courage d'aborder les questions que ne leur soumettait pas la forme de la tradition. Il en est ainsi pour tout le développement récent de la République et, avant tout, pour sa formation la plus récente, la plus remarquable théoriquement en un certain sens et certainement la plus importante en pratique, c'est-à-dire pour le principal. Le droit public de la République a déjà reçu des Romains, tout comme leur droit privé, une exposition scientifique et même, en partie, une disposition systématique ; mais le principal n'a, selon toute apparence,
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jamais bien trouvé sa place dans ce système. Les objections politiques qu'il y avait à faire la théorie d'une magistrature qui enferme pratiquement dans des formes républicaines une omnipotence de magistrat d'une couleur militaire, qui a pour caractère de ne présenter ni noms correspondants aux pouvoirs ni pouvoirs correspondants aux noms, a nécessairement contribué à cela. Mais une autre raison, au moins aussi importante, a été que le principat est toujours demeuré théoriquement une magistrature extraordinaire et que l'ordre des choses républicain subsistait comme cadre à côté et au-dessus de lui. h'ordo judicïorum pr'watorum a encore longtemps dominé en théorie dans la procédure civile, après avoir été supplanté pratiquement par Vextraordinaria cognitio. De même on s'en est tenu, sous l'Empire, pour les doctrines et la systématisation du droit public, au droit public de la République. Nous pouvons le conclure, même du misérable exposé de Pomponius. Ce n'est pas seulement par frayeur qu'on s'est abstenu d'étudier et de discuter scientifiquement la puissance proconsulaire et la puissance tribunicienne du prince de la même façon que le consulat et la préture. La vigueur d'esprit et l'intelligence politique des savants de ce temps n'étaient pas susceptibles de s'élever au-dessus d'un classement superficiel des particularités extérieures rénovées par le principat. Il est caractéristique que les seuls écrivains chez lesquels on trouve une discussion approfondie ou du moins des indications théoriques sur la nature de la puissance impériale, Appien et Dion Cassius, soient des Égyptiens et des hommes d'Asie-Mineure, absolument ignorants de la nature spécifique de la constitution romaine, qui ont essayé de formuler le principat de la période récente, en le faisant du point de vue pure-
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ment monarchique qui conviendrait, par exemple, aux états des diadoques, et naturellement en défigurant les traits essentiels de cette institution toujours restée plus républicaine que monarchique. Nous savons jusqu'à un certain point comment les Asiatiques et les Alexandrins d'éducation hellénique du ii' et du m*' siècle se sont représenté la création d'Auguste et les expositions modernes ont été faites sous l'influence de leurs théories, en particulier des idées exprimées par Dion dans les discours d'Agrippa et de Mécène. En face de cette falsification, je me suis avant tout efforcé de montrer le principal du i" siècle dans sa liaison intime avec la République et de rendre intelligible à nos façons de penser modernes cette production dernière de la force politique créatrice de la République romaine, dans sa physionomie à la fois étrange et grandiose, dans sa physionomie individuellement romaine en même temps que caractéristique de la fin de l'État romain proprement dit.
Je ne parle pas des difficultés qu'opposent aux recherches les arcana imperii. L'exposition des caractères généraux du principal y est étrangère ; mais elle-même n'est pas une tâche facile ; car, d'une part, on ne trouve, pour disposer cette vaste matière, l'appui d'aucune détermination passée et il faut donc librement en fixer le plan : et, d'autre part, ce tableau d'ensemble doit, pour être vivant et complet, faire dans chaque domaine spécial le total des points essentiels en même temps que, pour rester un tableau d'ensemble, il ne peut retracer avec les détails d'une monographie chacune des branches de ce gouvernement étendu. Je me suis efforcé de n'oublier ni les arbres ni la forêt; mais j'ai, dans cette œuvre, vivement ressenti la nécessité avec laquelle la description générale du principat demande d'être complétée par une