Concluons : 1<* Vous ordonnerez à l'âme, ^"'>."cr
sion.
comme nous l'avons dit plus haut, de vous faire part de toutes les communications qu'elle recevra dansl'oraison, sans toutefois vousmontrer curieux de les connaître. Ne dites à personne les grâces
• vie, c. 15.
surnaturelles accordées à votre pénitente, ce serait une raison pour qu'on allât se recommander à elle, et pour elle un grand danger de tomber dans la vanité; ou bien si on découvre en elle le moindre défaut, ce sera pour un grand nombre un sujet de scandale et de moquerie.. 2° Ne témoignez à celte j\me privilégiée aucune estime particulière, à plus forte raison gardez-vous d'envoyer vos autres pénitentes lui demander des avis, des consolations, ou des conseils de direction ; montrez plutôt que vous en faites moins de cas que des autres qui marchent par la voie de la foi. Régulièrement parlant, ces âmes privilégiées doivent être entretenues constamment dans une profonde humilité. 3° Si vous voyez que l'âme se conserve humble et craintive dans ces sortes de communications, vous devez l'aider, et même quelquefois l'assurer qu'elle n'est point dans l'illusion, si vous trouvez que cela soit utiie. Sainte ^ Thérèse dit que l'âme ne fera jamais de grandes "* choses pour Dieu, si elle ne reconnaît qu'elle a reçu de Dieu de grandes grâces: or, il n'est pas douteux que les faveurs particulières ne servent beaucoup à enflammer l'amour. Voyez cette Thérèse, à peine fut-elle assurée par saint François de Borgia et par saint Pierre d'Alcantara, que les dons qu'elle recevait venaient de Dieu, qu'elle fit de rapides progrès dans la vertu. Quand même lame tomberait de temps en temps dans quelque faute, toutes les fois que ces fautes ne sont ni
pleinement délibérées ni commises avec affection, et sans en tenir compte, ne croyez pas pour cela que toutes les communications soient autant de pièges et d'illusions. Le Seigneur favorise de dons surnaturels, non-seulement les âmes parfaites, mais quelquefois aussi les imparfaites, afin de les délivrer de leurs imperfections et de les élever à une vie plus parfaite. Lors donc que vous voyez que ces communications affranchissent l'Ame de plus en plus de ses passions, la font avancer dans l'amour divin et le désir de la perfection, c'est signe qu'elles sont de bon aîoi. Au reste, lorsqu'il s'agit de grâces extérieures, telles que visions, colloques, révélations, témoignez que vous n'en faites pas de cas ; c'est le plus sûr, généralement parlant. Rappelez l'avis qu'après sa mort sainte Thérèse donnait du haut du ciel à une de ses religieuses : Que les âmes ne se rassitrent pas sur les visio7is et le- révélations particulières, et n'y fassent pas consister la perfection; sans doute il en est de vraies, mais beaucoup sont fausse< et trompeuses ; or, il est difficile de distinguer une vérité parmi de nombreux mensonges. Ainsi il y a plus de visions fiiusses que de vraies. Plus on let-' recherche, plus on les estime, et plus aussi on s'éloigne de la voie établie de Dieu, comme la plus sûre, la voie de la foi et de r humilité.
Vous direz donc à cette Ame de demander à Dieu la véritable extase, qui est le détachement
complet des choses de la terre et d'elle-même ; sans cela elle ne se sauvera certainement pas. Surtout si vous voyez qu'elle n'est pas bien fondée dans la connaissance de sa propre misère, qu'elle veut tenir pour certain que les communications viennent de Dieu, et qu'elle se trouble en vous entendant dire que vous ne les regardez pas comme telles ; c'est mauvais signe. C'est signe ou qu'elles sont l'œuvre du démon, et l'attachement et l'orgueil qui en sont la suite en fournissent la preuve, ou que l'âme ne marche pas dans le bon chemin. En effet, elle doit au moins douter quand son confesseur doute. C'est pour cela qu'en pareil cas vous chercherez à lui inspirer le plus d'humiUté et le plus de crainte possible. Si elle ne se rend pas, vous lui ôterez la communion, vous la traiterez sévèrement, car elle est grandement exposée à être trompée par le démon. Enfin, si vous jugez à propos d'assurer à l'âme que ses communications viennent de Dieu, exhortez-la néanmoins à se proposer toujours dans ses oraisons, du moins au commencement, quelque point de la vie ou de la Passion de Notre-Seigneur. « Si l'âme abandonne la conduite du bon Jésus, disait sainte Thérèse, elle n'arrivera jamais à la parfaite union avec Dieu. Les âmes qui commencent méditent la Passion du Sauveur en raisonnant; les contemplatives ne raisonnent plus, mais ayant sous les yeux quelque mystère, elles admirent la bonté, la miséricorde et l'amour di-
•des confesselks. 85
vin : c'est de là que Dieu les élève, quand il veut, à la contemplation de sa divinité mémo.