‹ Manuel des eaux minérales naturelles, contenant l'exposé des précautions qu'on doit prendre avant, pendant et après l'usage des eaux minérales, la description des lieux et des sources, les analyses chimiques les plus récentes, les propriétés médicales, le mode d'administration des eaux minérales de la France, des eaux étrangères les plus célèbres, et des bains de merChapitre 33 sur 103 · h as o ao · texte numérisé non relu

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SULFUREUSES FROIDES

Propriétés médicales. Plus riches en principes sulfureux que la plupart des eaux des Pyrénées, les eaux d’Enghien sont très-actives et peuvent être employées avec succès pour le traitement de plusieurs maladies chroniques, et dans tous les cas où il faut relever le ton des organes affaiblis. Elles augmentent la transpiration, P appétit, et produisent la constipation. L’expérience a constaté leur utilité dans les affections scrofuleuses, les engorgements glanduleux du cou, les maladies cutanées, quelques cas d’asthme, les catarrhes chroniques de la poitrine et de la vessie , la métrite chronique, la leucorrhée , les pâles couleurs , la suppression des règles , les diarrhées opiniâtres, les gastralgies , les rhumatismes anciens , les tumeurs blanches, les différentes espèces de paralysies, et surtout la paralysie et la colique saturnines. M. Damien rapporte l’histoire d’un officier supérieur de l’artillerie anglaise , qui , étant entièrement perclus d’une jambe, à la suite d’un coup de feu, recouvra l’usage decemembreparl’emploi deseauxd’Enghien.

Les personnes nerveuses, irritables, sujettes aux crachements de sang, doivent s’abstenir des eaux, ou les prendre avec beaucoup de précautions.

Mode d’ administration. On administre les eaux d’Enghien sous toutes les formes, et sous ce rapport l’établissement qui nous occupe peut servir de modèle. Ainsi, on y trouve deux espèces de douches, l’une chaude, l’autre froide, dont on peut combiner ou faire succéder les applications ; des étuves à l’instar des bains russes , où l’on donne à volonté des affusions d’eau plus ou moins froide; l’on masse , et on frictionne les membres.

On boit les eaux le matin à la source , à la dose de deux ou trois verres; on peut les cou'per avec du lait d’ânesse ou de vache dans les affections de la poitrine ; on emploie les bains simultanément, et on tempère leur activité par une quantité plus ou moins grande d’eau commune, ou même par une addition de gélatine , suivant les indications. Il n’est pas rare

d’observer après quelques bains un exanthème cutané qui, loin d’être dangereux, est toujours salutaire. La douche descendante est la plus élevée du royaume ; elle a soixante pieds de chute.

Les eaux d’Enghien ont l’avantage sur celles de Baréges de pouvoir être conservées et transportées dans les pays les plus éloignés , sans éprouver d’altération. Il y a plusieurs dépôts de ces eaux à Paris , où l’on en fait une grande consommation.

Sur les eaux de Montmorency , par le père Cotte. ( Histoire de V Académie royale des sciences , 1766, page 38.)

Analyse de l'eau de Montmorency , par M. Deyeux, 1774, in-4.

Analyse des eaux de la fontaine de Montmorency , par M. Leviellard.

( Mémoires de V Académie royale des sciences , savants étrangers , tome 9, page 673.)

Analyse chimique de Veau sulfureuse ci’ Enghien , par de Fourcroy et Delaporte, 1788, in-8.

Aperçu topographique et médical sur les eaux minérales sulfureuses d’ Enghien , par M. Damien; br. in-8.

Analyse de l’eau minérale sulfureuse d.’ Enghien , faite par ordre du gouvernement, par M. Longchamp. Paris , 1 vol. in-8.

Analyse de la source la Pêcherie , a Enghien , par Oss. Henry. { Journal de pharmacie , tome 11, page 831). On trouve un travail complet du même auteur sur l’eau d’Enghien dans le même journal (t.l2,p.341).

Analyse des deux sources de la Pêcherie à Enghien , par M. Fremy, pharmacien à Versailles. ( Journal de pharmacie, tome 11, page 61.)

Sur la demande de M. le Ministre du commerce , l’Académie de médecine a fait, le 13 octobre 1835, un rapport sur la nouvelle source découverte par M. le docteur Bouland.

XJRIAGE ( département de l’Isère).

Viliage à 2 lieues de Grenoble ; les eaux minérales qu’on y observe étaient depuis longtemps délaissées , lorsqu’en 1822 la marquise de Gautheronetson héritier, M. de Saint-Ferriol , parvinrent, par des fouilles habilement dirigées , à rassembler les eaux , et à former un bel établissement thermal garni de

SULFUREUSES FROIDES

cinquante baignoires en zinc, de quatre cabinets de douches, et en outre de quatre baignoires et un cabinet de douches pour les indigents. Plusieurs hôtels offrent des logements commodes pour deux cents étrangers, qui peuvent s’y procurer facilement tout ce qui est nécessaire aux besoins et aux agréments de la vie. Pendant la saison des bains, qui a lieu depuis le 15 mai jusqu’à la fin de septembre, deux diligences partent tous les jours de l’établissement et de Grenoble. Le village d’Uriage est entouré de promenades agréables; le voyageur se plaît à visiter le vieux château , celui de Yizille, converti actuellement en manufacture, l’ancien monastère de Premol, la montagne des Quatre-Seigneurs , et la petite ferme du Marais. Il y a un médecin inspecteur.

Sources. Il y en a deux, l’une sulfureuse, l’autre ferrugineuse : la première alimente seule les bains ; ses eaux sont portées , par des tuyaux en terre bien cimentés , dans un vaste réservoir et dans les appareils de chauffage. L’eau étant froide , on est obligé de la faire chauffer pour l’usage des bains ; on y parvient à l’aide d’un appareil ingénieux dû à M. Gueymard (1) ; l’eau sulfureuse n’est pas altérée , puisque son analyse , faite avant et après avoir été chauffée , a fourni des résultats identiques.

La source ferrugineuse, peu abondante, forme une fontaine

(1) Cet appareil consiste en un générateur qui pousse de la vapeur dans une caisse carrée , laquelle se trouve placée dans un grand réservoir en pierre contenant 200 hectolitres d’eau ; la caisse carrée , qui reçoit la vapeur d’eau qui chauffe le liquide minéral , est posée sur des dés en pierre, et à la partie inférieure il existe un tuyau qui conduit l’eau provenant de la vapeur condensée dans le générateur, où elle est de nouveau convertie en vapeur. L’eau arrive dans le réservoir par un tuyau qui la conduit dans la partie inférieure de la cuve; un autre tuyau muni d’un robinet est destiné à donner issue àp’eau qui est conduite dans les baignoires. Cet appareil de chauffage élevant la température de l’eau sans déterminer de secousse et de mouvement, il en résulte que celle-ci n’éprouve pas de déperdition de gaz.

qui se trouve dans la cour de rétablissement dite des Fontaines.

Propriétés physiques. L’eau est parfaitement limpide; à la sortie des conduits, elle est à la température de 22 à 25° cent. Aussitôt qu’elle est exposée au contact de l’air, elle se trouble légèrement et devient laiteuse ; son odeur pénétrante décèle la présence de l’ acide hydro -sulfurique ; sa saveur est celle des eaux salines hydro-sulfurées ; mise en contact avec l’argent, elle le noircit promptement ; elle laisse dans les réservoirs un dépôt formé de soufre hydraté , de sulfure de fer , de carbonate et de sulfate de chaux.

L’eau ferrugineuse présente les caractères des eaux de cette classe.

Analyse chimique . L’eau minérale d’Uriage a été analysée par M. Berthier, qui a déterminé la quantité de matières solides qu’elle contient. Cette analyse a été complétée par M. Breton , professeur à la Faculté des Sciences de Grenoble , et M. Gueymard,qui ont fait connaître la proportion des gaz ; voici les résultats de cette analyse :

Eau (1 litre).

lit.

Acide carbonique . traces

Azote . 0,006

Sels anhydres. Sels cristallisés, gr. gr.

Carbonate de chaux . 0,0120 - 0,0120

- - de magnésie. . . 0,0012 - 0,0012

Sulfate de chaux . 0,0710 0,0900

- de magnésie. . . . 0,0395 - - 0,0698

- de soude . 0,0840 - 0,2210

Chlorure de sodium. . . . 0,3560 0,3560

Hydro-sulfate de chaux et de

magnésie . 0,0110 - 0,0110

Hydrogène sulfuré libre. . 0,0013 - . 0,0013

SULFUREUSES FROIDES

Propriétés médicales . Quoique l’action thérapeutique des eaux sulfureuses d’Uriagenesoitpas encore bien déterminée , cependant M. Billerey les emploie avec succès dans le traitement des maladies cutanées, dans les rhumatismes chroniques, les ulcères atoniques de la peau, les engorgements lymphatiques des articulations et les affections nerveuses. On boit l’eau de la source ferrugineuse dans la chlorose.

Mode d’ administration. On prend les eaux d’Uriage en boisson , bains et douches. On boit l’eau sulfureuse à sa température naturelle et à la dose de six à dix verres ; cette dernière quantité la rend laxative. Les malades irritables ne pouvant pas supporter les bains préparés avec de l’eau minérale pure, le propriétaire a eu l’heureuse idée de faire établir un appareil destiné à chauffer l’eau commune, de sorte que l’on peut, suivant l’indication du médecin, administrer des bains d’eau simple, des bains d’eau minérale mitigée et des bains avec l’eau minérale pure. Quant aux douches, elles sont ascendantes ou descendantes ; il existe aussi une petite douche capillaire. Les malades se servent de l’eau ferrugineuse pour couper leur vin aux repas.

En 1834, il est venu à Uriage sept cent quatre-vingts malades qui ont laissé dans l’établissement 6,777 fr. ; les sources appartiennent à M. le comte Saint-Ferriol.

Analyse des eaux minérales d’ Uriage , par M. Crépu (Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales , tome X , page 89 ).

Notice historique sur les eaux minérales d’ Uriage , par A. Chevallier; in-8 , 1836. Cette notice, rédigée avec soin, nous a servi de guide dans cet article.

LA ROCHE-POZAY ( département de la Vienne).

Petite ville à 4 lieues de Châtellerault, à 7 de Saint- Maure (route de Paris à Bordeaux) , où l’on peut se procurer facilement des moyens de transport jusqu’à La Roche-Pozay. Les eaux minérales que l’on voit près de cette ville étaient

délaissées , lorsque Milon , premier médecin de Louis XIII , les remit en vogue. On trouve près des sources des maisons commodes j agréables, où abondent les choses nécessaires à la vie. On prend les eaux depuis le mois de juin jusqu’au 15 septembre. Il y a un médecin inspecteur.

Sources. A un quart de lieue de la ville s’échappent trois sources minérales voisines les unes des autres ; l’eau jaillit dans des bassins.

Propriétés physiques. L’eau est froide, aune odeur sulfureuse, un goût légèrement fade et désagréable qui tient un peu de celui des œufs couvis ; sa quantité est toujours à peu près la même dans toutes les saisons.

Analyse chimique. Il résulte des expériences du docteur Joslé que les eaux de La Roche-Pozay contiennent du sulfate de chaux, du carbonate de chaux, du carbonate de magnésie , du muriate de soude et du gaz hydro gène sulfuré. Cette analyse a besoin d’être répétée.

Propriétés médicales. Si l’on s’en rapporte aux auteurs qui ont écrit sur les eaux de La Roche-Pozay, elles jouissent de propriétés merveilleuses ; ils les vantent dans les maladies de la peau, les fièvres intermittentes, les engorgements des viscères abdominaux, les scrofules, l’hypocondrie. L’eau de la seconde source est utile, d’après M. Martin, dans les coliques néphrétiques. Ce médecin conseille l’usage de l’eau de la troisième source dans la suppression des règles et des hémorroïdes , la chlorose et l’ictère ; il en interdit l’emploi à ceux qui sont atteints de phthisie pulmonaire, de pleurésie ou de pneumonie chronique.

Mode d’administration. On use de ces eaux en boisson, bains, douches et lotions. On commence par boire deux à trois verres , et on augmente successivement la dose jusqu’à un litre et demi. L’eau minérale ne peut servir aux douches qu’ autant qu’elle a été chauffée. On se sert de cette eau en lotions dans la teigne , les dartres et les ulcères psoriques.

SULFUREUSES FROIDES. 209

JVouoelle description des eaux minérales de La Hoche-P ozay , par M. G. Martin j 1737 , in-12.

Essai analytique sur les eaux minérales sulfureuses froides de La Roche-Pozar , par le docteur Joslé; 1805, in-8.

LABASSÈRE, ( Voyez Baguèrcs-de-B’gorre).

O AMARRE ( département des Landes ).

Bourg à 2 lieues de Dax , situé dans une position agréable et salubre. Au nord et à un petit quart de lieue de ce bourg, on trouve sur la rive gauche d’un ruisseau nommé le Louts plusieurs sources d’eau sulfureuse, parmi lesquelles on en distingue une dite des Deux Louts.

Propriétés physiques. L’eau est limpide , a une odeur sulfureuse, le goût d’œufs gâtés; sa température est de 15 à 17°,5 cent. Quelques bulles éclatent à sa surface , qui est parfois couverte d’une pellicule blanche. Le bassin et le canal de fuite sont enduits d’une matière blanchâtre, glaireuse.

Analyse chimique. Elle est due à M. Salaignac :

Eau ( 1 litre).

nt.

Acide hydro-sulfurique. ... 0,168

— acide carbonique. ... 0,100

gr.

Chlorure de magnésium. . . 0,088

— de sodium. .... 0,700

Sulfate de chaux desséché. . 0,126

Carbonate de chaux ( id. ). . 0,228

— de magnésie ( id.). 0,025

Matière grasse résineuse. . 0,010

Matière extractive végétale. 0,011

Silice . . . 0,012

M. Meyrac dit avoir vu la source de Gamarde produire de bons effets dans tous les cas où les eaux sulfureuses sont indiquées; il pense que si elle était entourée d’habitations propres à loger les malades qui viennent prendre les eaux, elle jouirait bientôt d’une assez grande réputation.

Analyse des eaux minérales de Gamarde , par Pierre Meyrac ( Annales de Chimie, tome xxxv, page 300).

Analyse de Veau sulfureuse de Gamarde , par J. P. Salaignac ( Journal de Pharmacie , tome VI , page 127 ).

GU1LLON ( département du Doubs ).

Village près de Baume-les-Dames ; on y trouve une source qui exhale une forte odeur d’acide hydro -sulfurique L’eau est froide , claire et transparente à la source : exposée au contact de l’air, elle se trouble et dépose une poudre blanche. Elle a fourni à M. Desfosses, pharmacien à Besançon :

Eau (1 litre).

lit.

Acide hydro-sulfurique. . . . 0,011

Acide carbonique . 0,017

Azote . 0,008

gr-

Chlorure de sodium . 0,253

Résidu insoluble . 0,033

L’analyse a été faite à Besançon; M. Desfosses pense qu’à la source, l’eau contient une plus grande quantité d’acide hydro-sulfurique.

Analyse de Veau de Guillon , par M. Desfosses [Journal de Pharmacie, tome VIII, page 480).

SULFUREUSES FROIDES

TRÉBÀS ( département du Tarn ).

Commune clu canton de Valence : une source d’eau minérale y a été découverte en 1834; l’eau est limpide, répand une odeur de gaz hydrogène sulfuré , forme un dépôt jaunâtre sur ses bords; sa saveur est légèrement hépatique, styptique et acidulé tout à la fois. Sa température est de 17°, 5 cent., celle de l’atmosphère étant à 32°,5.

Il résulte de l’analyse faite par MM. Lamothe père et fils que l’eau de Trébas contient par litre:

litre.

Acide hydro-sulfurique. . . . quantité indéterminée.

Acide carbonique. . 0,333

gr.

Chlorure de sodium . 0,4320

Carbonate de chaux . 0,238G

— de fer . 0,1061

Chlorure de calcium.

Sulfate de magnésie . t 0,1193

— d’alumine . )

Les docteurs Peyrot et Delbosc ont reconnu que l’eau de Trébas est utile en boisson contre les scrofules , les maladies cutanées, les gastralgies. Il y a un médecin inspecteur.

PUZZ1CHELLO (Corse).

Hameau situé dans un vallon à 9 lieues de Cervione et 20 d’Ajaccio. Les chemins pour y arriver sont en mauvais état; ce lieu est insalubre par le voisinage des marais. — On y trouve deux sources minérales froides qui jaillissent au pied d’une colline : l’une présente une eau limpide , d’une extrême fétidité; l’autre, une eau trouble, d’une couleur

blanchâtre et moins odorante. MM. Santini , Bélisari et Massoni ont obtenu par l’analyse de ces eaux une assez grande proportion de gaz hydrogène sulfuré et de gaz acide carbonique , du sulfate de chaux , des hydrochlorates de chaux et de magnésie, de l’alumine et de la silice. Les paysans des environs emploient ces eaux pour déterger les ulcères de leurs bestiaux.

MONTMIRAIL ( département de Vaucluse ).

Petit hameau à une lieue de Vicqueiras et non loin de Carpentras. On y voit un établissement garni de plusieurs baignoires et offrant des logements commodes pour les malades. — La source , connue aussi sous le nom de Gigondas , parce qu’elle se trouve dans cette commune , jaillit au fond d’un ravin, dans une grotte; l’eau est froide, limpide; elle exhale une odeur d’œufs couvis; sa saveur est nauséabonde et légèrement salée. Analysée par M. Vauquelin, elle a fourni du gaz hydrogène sulfuré et surtout de l’acide carbonique, outre différents sels de chaux, de soude et de magnésie. Cette source, qui est dirigée par un médecin inspecteur, est particulièrement fréquentée , depuis le 1er juin jusqu’au 15 septembre, par des malades atteints d’affections psoriques et dartreuses.

M. Salignon (thèse de Montpellier, 1821 j.

MOTBRUN ( département de la Drôme).

Village à une lieue de Sault, 4 de Carpentras. On y ren-^ contre une source minérale qui est fréquentée par les habitants des environs; elle est entourée d’habitations commodes pour les malades. — L’eau est froide , limpide, répand au loin une forte odeur d’hydrogène sulfuré ; sa saveur est amère et nauséabonde. — Son analyse est trop inexacte pour la citer ici.

M. Coudray (thèse de Montpellier, 1821).

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