‹ Manuel des eaux minérales naturelles, contenant l'exposé des précautions qu'on doit prendre avant, pendant et après l'usage des eaux minérales, la description des lieux et des sources, les analyses chimiques les plus récentes, les propriétés médicales, le mode d'administration des eaux minérales de la France, des eaux étrangères les plus célèbres, et des bains de merChapitre 5 sur 103 · COUP D’OEIL SUR L’HISTOIRE DES EAUX MINÉRALES · texte numérisé non relu

COUP D’OEIL SUR L’HISTOIRE DES EAUX MINÉRALES

De tous les temps , Futilité des eaux minérales a été généralement reconnue; répandues sur toute la surface du globe , elles offrent à l’homme un remède puissant à ses maux. Leur découverte fut due au hasard. Dans les premiers âges de la Médecine , la tradition fit seule connaître leur efficacité ; les guérisons qu’elles opéraient engageaient d’autres malades à les aller prendre , et c’est par une suite de succès qui ne se sont pas démentis qu’elles ont obtenu et mérité la confiance des médecins de tous les siècles.

Les Grecs , dont les connaissances en médecine furent audessus de celles des nations qui les avaient précédés , honoraient les sources d’eaux chaudes comme un bienfait de la Divinité; elles étaient dédiées à Hercule, le dieu delà Force. Ils s’en servaient pour boisson, en bains et comme remèdes topiques. Hippocrate, le père de la médecine , nous parle (1) d’eaux chaudes imprégnées de cuivre, d’argent, d’or, de soufre , de bitume , de nitre , et les interdit pour la boisson ordinaire. Aristote enseigne , quatre cents ans avant F ère chré-

(1) Dcaere, locisetaquis, lib. 3, cap. 2.

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tienne , qu’il se mêle avec les eaux des sources minérales des vapeurs de différente nature qui font leur principale vertu. Strabon décrit une source miraculeuse à laquelle il attribue la propriété de diviser la pierre dans la vessie, et d’en évacuer les graviers. Théopompe (1) en indique une qui guérit les blessures. Archigènes (2) conseille les eaux minérales en boisson dans les maladies de vessie , depuis une livre jusqu’à douze ou quinze. Plusieurs médecins grecs employaient encore ce remède contre I’éléphantiasis, la colique, les paralysies, les affections nerveuses; déjà on parlait des eaux soufrées, alumineuses, bitumineuses, nitreuses, ferrugineuses. Galien (3) fait l’éloge d’une eau bitumineuse et martiale dont se servaient ceux qui étaient sujets à la gravelle ; il défend la boisson des eaux minérales à ceux qui ont quelque astriction , cicerbitè , aridité , acrimonie dans les humeurs.

Les eaux étaient un remède familier aux Romains , qui faisaient un usage habituel de celles d’Italie. Le golfe de Baies , où la nature avait prodigué des sources thermales, était un lieu de délices , où se rendaient les premiers personnages de la république. C’est aux sources de Baies que l’empereur Auguste dut la guérison d’un catarrhe pulmonaire compliqué d’anasarque. Horace (4) a vanté les bains de Saint-Casciano dans ces vers :

Qui caput et stomachum supponere fontibus audent

Clusinis .

Vitruve (5) , qui étudia également l’histoire naturelle et l’architecture, dit que les eaux nitreuses sont purgatives. Sé-

(1) Pline, liv. 3 , chap. 2.

(2) Aétius , liv. 2 , chap. 30.

(3) De facult. simpl., lib. 10.

(4) Epist. 15 , lib. 1 .

(5) Lib. S.

nèque le philosophe (1) s’explique davantage : il est , suivant lui, des eaux célèbres par leur saveur, ou l’usage avantageux qu’on en fait ; les unes sont bonnes pour les yeux, les autres ont la vertu de guérir les maladies invétérées et même désespérées ; il en est qui conviennent aux ulcères ; la boisson de quelques-unes est utile aux poumons et aux viscères ; on en trouve qui arrêtent les hémorrhagies : leurs vertus sont aussi variées que leur saveur. Pline , dans son Histoire nature Ue, traite des eaux acidulés, sulfureuses, salées, nitreuses, alumineuses , martiales et bitumineuses , etc. Il dit que l’eau sulfureuse est très-bonne pour les nerfs ; que celle qui est alumineuse convient aux paralytiques, et que celle de mer enlève les tumeurs , surtout les parotides . Il décrit ainsi la source de Tongres: Tungri , civitas Gatlice , fontem habet insignem , multis buliis stülantem, ferruginei saporis , quod ipsum non nisi in fine potûs intelligitur: purgat corpora , tertianas febres disculit , calcidorumquc vitia . Eademagua , igné admoto, turbida fit , ad postremum rubescit. Oribase , qui vivait sous l’empereur Julien, parle beaucoup des eaux minérales naturelles; il conseille les eaux ferrugineuses dans les affections de l’estomac et du foie, développe quelques aperçus sur les eaux spiritueuses qu’on nomme aujourd’hui acidulés, et les juge salutaires dans les maladies des sens. Aétius, né en 455, paraît s’être beaucoup occupé des eaux minérales ; il prescrit les eaux alumineuses , sulfureuses , contre les maladies nerveuses et rhumatismales, et surtout contre la lèpre , la gale , les dartres ; il vante les eaux ferrugineuses dans les maladies chroniques du foie et de l’estomac.

Dans tous les pays où les Romains portèrent leurs armes triomphantes, ils recherchaient les eaux minérales, et s’arrêtaient de préférence aux sources d’eaux chaudes , sans doute parce qu’ils avaient remarqué qu’elles étaient propres

(1) Dénaturai., lib. 3, cap. 1.

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à guérir les blessures. Aix en Provence , Bourbon-1’ Archambault , Néris, le Mont-d’Or, les sources des Pyrénées , furent autant de lieux fréquentés par les vainqueurs du monde , qui venaient y rétablir leur santé , se délasser des fatigues de la guerre , et goûter les plaisirs de la Gaule. En reconnaissance des bienfaits qu’ils avaient éprouvés de l’usage de ces sources , ils les décorèrent de plusieurs monuments , dont il reste encore des vestiges qui portent l’empreinte de la grandeur que ce peuple donnait à ses moindres ouvrages. Chaque fontaine fut placée sous la protection de quelque divinité tutélaire. Les prêtres du paganisme , abusant alors de la crédulité des malades , inventèrent certaines cérémonies religieuses , qu’ils rendirent indispensables * pour obtenir le soulagement ou la guérison qu’on venait chercher à la source ; et les inscriptions qu’on lit encore sur les murs de quelques fontaines minérales attestent que les cures qui s’opéraient dans ces temps étaient moins attribuées à l’efficacité des eaux qu’aux bienfaits de la déesse protectrice. La chute de l’empire romain entraîna la ruine de ces édifices précieux. Les Gaulois , loin de les conserver, les négligèrent , affectèrent même de les laisser dépérir. Dès lors les sources minérales furent délaissées. « Les chré- « tiens, dit Bordeu (1) , fixant ces objets du côté de la monte danité , et jugeant qu’ils appartenaient aux rêveries du « paganisme, les trouvaient déplacés : ils se concentraient « dans leur ménage , et s’occupaient peu de la propreté et de « la santé du corps; ils ne pensaient qu’à celle de l’âme. Les « valétudinaires allaient ensevelir leurs infirmités dans des « maisons religieuses, devenues l’objet principal des sensa- « tions dans ces siècles. »

Dans le dixième siècle , où la médecine fut plus particulièrement cultivée par les Arabes , les sources minérales obtinrent

(1) Recherches sur les mal. chron.

quelque crédit ; les médecins se bornèrent à répéter ce qu’en avaient dit Pline et Galien. Avicenne les recommanda dans les obstructions et plusieurs autres maladies internes.

En France , les fontaines minérales restèrent désertes jusqu’au règne de Charlemagne. Convaincu de leur utilité, ce prince fit construire à Aix-la-Chapelle un vaste bassin pour s’y baigner avec tous ses officiers ; les autres sources minérales commençaient à être fréquentées, lorsque la mort de ce grand homme et la division de ses états replongèrent la France dans l’ignorance et la barbarie.

Ce n’est que sur la fin du quinzième siècle que les médecins s’occupèrent des eaux minérales, et les Italiens furent les premiers à faire revivre leur antique célébrité. En 1498 , Jean- Michel Savonarola , de Padoue , composa un traité considérable sur les bains en général , et sur toutes les eaux thermales de l’Italie. Dans le deuxième livre, intitulé de la nature et des propriétés des bains d’eaux minérales , il recherche la cause de la chaleur de ces eaux, les propriétés du soufre et de l’alun, celles du nitre , de la chaux et du fer qui entrent dans leur composition. André Baccius publia en 1596 un traité sur les eaux thermales les plus célèbres de l’Europe, et indiqua quelques procédés pour reconnaître leurs principes constituants.

Jusqu’alors, les sources minérales étaient le rendez-vous des joueurs et des baladins des provinces ; l’administration des eaux était abandonnée à des charlatans qui en imposaient facilement à l’aveugle et superstitieuse crédulité.

Henri IV, qui, pendant sa jeunesse , avait fréquenté les eaux des Pyrénées, et qui avait reconnu les abus qui s’étaient glissés dans l’emploi d’un remède aussi salutaire, chercha à les réprimer lorsqu’il fut monté sur le trône de France. Il nomma , par ses édits et lettres-patentes du mois de mai 1603 , des surintendants et intendants-généraux , qui étaient chargés de la haute surveillance des eaux, bains et fontaines minérales du royaume. Ces édits furent confirmés par les rois Louis XIV,

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louis XV et Louis XVI. De toutes parts , on étudia les propriétés des eaux minérales. Fagon , médecin de Louis XIV,, examina avec soin les eaux de Bonnes et de Baréges, pour reconnaître si elles ne seraient pas propres à la guérison de la fistule à l’anus , dont Louis XIV était atteint. Chirac s’occupa des eaux de Balaruc , et chercha si elles pouvaient être utiles à la guérison d’une blessure du régent. Déjà les sources de Spa, d’ Aix-la-Chapelle, de Baréges, de Gauterets, de Bagnères, de Bourbon-l’ Archambault, attiraient un grand nombre de malades qui venaient y puiser la santé. Dans quelques provinces , certaines fontaines étaient placées sous la protection de quelque saint, et à une époque déterminée de l’année , on y venait en pèlerinage pour implorer les secours du ciel , et pour s’y purifier.

Cependant, sur la fin du dix-septième siècle, un grand nombre de physiciens et de médecins parlaient avec enthousiasme des eaux minérales des pays qu’ils habitaient : Conrad Gesner vantait les eaux thermales de la Suisse ; Hoffmann , celles de l’Allemagne; Allen, Lyster, célébraient les eaux de Bath et de Buxton , tandis que Boyle esquissait un traité complet sur les eaux minérales.

Persuadée que les notions qu’on possédait sur les sources minérales seraient incomplètes , tant qu’on ne connaîtrait pas leurs principes constituants , l’Académie des sciences de Paris chargea deux de ses membres , Duclos et Bourdelin , de faire l’analyse de toutes les eaux minérales de la France. En 1670 et 1671 , ces deux académiciens publièrent leur travail ; mais la chimie était encore au berceau , et les procédés analytiques ne pouvaient être qu’imparfaits ; ils reçurent de grandes améliorations dans le dix-huitième siècle.

Geoffroy substitue en 1707 à la distillation l’évaporation des eaux dans des capsules de verre évasées. En 1729, Boulduc présente une nouvelle méthode d’analyser les eaux minérales, et en fait une heureuse application dans l’analyse des

eaux de Passy et de Bourbon -F Archambault. Leroy de Montpellier découvre le muriate de chaux en 1752 ; Home, le nitrate calcaire en 1756 ; Margraff, le muriate de magnésie en 1757 ; et Black fait connaître la véritable nature du sulfate de magnésie. En 1755 ^ Venel présente à l’Académie des sciences son résultat si remarquable sur l’imitation des eaux de Seltz ; il découvre dans les eaux minérales l’air fixe ou acide carbonique. Les travaux successifs de Black , de Priestley , Chaulnes , Rouelle le cadet , sur la dissolution de ce nouveau gaz dans l’eau , révélèrent la véritable composition des eaux acidulés. En 1766 , Bayen analyse les eaux de Bagnères-de-Luchon y et sentant l’insuffisance des procédés analytiques jusqu’alors usités, cet habile chimiste conçoit la nécessité de s’éloigner du sentier battu et de suivre une route nouvelle : tout fut changé, instruments, appareils et manière d’opérer. En 1770, il indique les moyens de séparer le soufre dans les eaux sulfureuses. Monnet en 1768, Bergman en 1774, découvrent le gaz hépatique , et Rouelle confirme cette découverte. Le célèbre chimiste d’Upsal donne en 1774, 1775 et 1778, dans ses précieuses dissertations, les plus sages préceptes sur la préparation des eaux froides artificielles, sur l’acide carbonique et sur l’analyse des eaux en général. Il prouve que l’analyse d’une eau minérale ne peut être réputée exacte , que lorsqu’en dissolvant les principes qu’on en a extraits dans de l’eau distillée , on a réussi à reconstituer une eau minérale semblable dans toutes ses propriétés. Il fait voir qu’il n’y en a aucune à excepter de cette conclusion générale. En 1772, Monnet produit au jour une nouvelle hydrologie; écrit systématique, dans lequel Fauteur ne juge de l’efficacité des eaux minérales que d’après les principes que l’analyse lui a fournis.

La chimie était assez riche en belles découvertes, pour désirer qu’un chimiste habile procédât à l’analyse de toutes les eaux minérales de la France ; le gouvernement confia , en 1773 ,

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ce travail à Vend, qui s’associa Bayen pour digne collaborateur dans ses opérations. Déjà un grand nombre de recherches étaient faites , lorsqu’une mort prématurée vint frapper le professeur de Montpellier (Venel), et ravir un travail attendu de tous les médecins. En 1779 parut l’ouvrage de M. Duchanoy , qui offrit le premier ensemble sur la fabrication artificielle de la plupart des eaux minérales connues , et réduisit en un système suivi cet art dont on avait nié presque la possibilité vingt années auparavant.

En 1780, la chimie change entièrement de face en France; elle est comme posée sur de nouveaux fondements ; la chimie pneumatique est créée. Cette révolution, opérée par Lavoisier, Bcrthollet, Guyton-Morveau , etc. , jette un grand jour sur l’analyse des eaux minérales. Fourcroy, dans ses leçons de chimie , expose les préceptes les plus clairs et les plus précis sur l’art d’analyser les eaux; et, en 1787, il les met en pratique dans sa belle analyse de l’eau d’Enghien. Il fait voir que l’union du soufre et de l’hydrogène est le véritable minéralisateur de cette eau. Pour immortaliser leurs travaux , les chimistes pneumatiques publient les Annales de Chimie qui sont le dépôt de leurs grandes découvertes , et qui offrent en même temps au philosophe la marche qu’a suivie l’esprit humain pour arriver au degré de perfection où cette science est parvenue. C’est dans cette riche et précieuse collection, et dans le Bulletin et le Journal de Pharmacie 3 que se trouvent consignées un grand nombre d’analyses d’eaux minérales faites par MM. Vauquelin, Deyeux, Thénard, et plusieurs autres, qui tous s’efforcèrent de donner plus de précision à F analyse des eaux minérales. En 1811, M. Bouillon -Lagrange réunit dans un ouvrage toutes les analyses dues aux chimistes modernes.

Depuis cette époque, des expériences faites, d’abord par Angelini sur les eaux de Sales, en Piémont, puis répétées par M. Cantu, ont démontré l’existence de l’iode à l’état d’hydriodate dans plusieurs eaux minérales ; la présence de l’azote

a été constatée clans la plupart des eaux sulfureuses; on a trouvé du brome dans les eaux de Bourbonne et de Balaruc. La belle dissertation de M. Berzélius sur les eaux de Carlsbad, et les mémoires non moins intéressants de M. Anglacla sur les eaux des Pyrénées , ont contribué à perfectionner l’analyse. Frappé des progrès récents de la chimie , et pensant qu’une connaissance plus exacte des principes constituants des eaux pouvait éclairer la médecine, le gouvernement chargea, en 1820, M. Longchamp d’analyser les principales sources du royaume. Les travaux de ce chimiste habile sur les eaux d’Enghien , de Vichy , font vivement désirer qu’il mette au jour les analyses des autres sources, surtout de celles des Pyrénées. Ils portent à regretter que la chambre des députés, par un motif mesquin d’économie , ait empêché la continuation d’un travail capable d’honorer le gouvernement qui le fait exécuter. De nos jours, MM. Berthier, Boullay, O. Henry, Chevallier, Barruel, Balard, Bérard de Montpellier, et quelques autres chimistes, ont enrichi l’hydrologie minérale de plusieurs analyses.

Tandis que les chimistes cherchaient à révéler les éléments minéralisateurs des eaux, les médecins étudiaient leur action thérapeutique sur le corps humain, et tâchaient d’apprécier et de déterminer les cas où elles peuvent être utiles, et ceux où elles sont dangereuses. Éclairé sur cette nouvelle cause de salubrité publique , le gouvernement fit élever près des sources minérales des hôpitaux, où les soldats et les pauvres sont soignés gratuitement. Senac, premier médecin de Louis XV, fut chargé de la surintendance-générale des eaux minérales du royaume ; des médecins furent nommés auprès de chaque source pour veiller à l’administration des eaux et au soulagement des malades. En 1746 et 1748, Théophile Bordeu publia ses lettres sur les eaux du Béarn : la surintendance des eaux de F Aquitaine devint le prix de cet ouvrage , qui décelait un esprit supérieur. Encouragé par ce succès ,

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Bordeu mit tout son zèle à constater les vertus des eaux de son pays ; il posa les premiers fondements du journal des eaux de Baréges, qui fut continué pendant trente ans. Cette collection est d’autant plus précieuse qu’on y décrit avec le même soin les maladies qui ont résisté à l’usage des eaux , et celles qu’elles ont guéries, ce qui est d’une très-grande importance pour la thérapeutique. C’est dans cette collection , riche de deux mille observations , que Bordeu a puisé les matériaux de son immortel ouvrage sur les maladies chroniques. — En 1758 , Leroy de Montpellier composa sur l’usage des eaux minérales une dissertation latine qui renferme beaucoup de réflexions utiles. Après la mort de Senac, qui avait conçu un grand ouvrage sur les eaux minérales, Louis XV jugea convenable de confier à une commission médicale l’ administration des sources du royaume, et le soin de recueillir toutes les observations sur ce point important de la thérapeutique. Raulin obtient une des places d’inspecteur-général, visite les sources de la France et publie un Traité analytique de quelques eaux minérales, dans lequel il compare les eaux de notre patrie avec celles des nations voisines : en nous faisant connaître nos propres richesses , il tend à prouver que les eaux fournies par notre sol sont préférables aux eaux minérales étrangères. Buchoz, en 1772, dans son Dictionnaire hydrologique , rassemble d’une manière confuse un grand nombre de recherches sur les eaux minérales.

Sentant l’imperfection de tous les travaux connus jusqu’alors sur les eaux minérales , la Société royale de médecine invita , en 1780 , un de ses membres , M. Carrère , à composer un catalogue raisonné des ouvrages qui ont été publiés sur les eaux minérales en général, et sur celles de la France en particulier. Elle exprima en même temps le vœu que l’on fît une nouvelle analyse des eaux, et de nouvelles observations sur leurs effets. Un grand nombre de chimistes et plusieurs praticiens distingués s’empressèrent de répondre à cette invitation. A

la sollicitation de la Société royale de médecine, M. de Brieude examina, sur les lieux, les sources de Bourbon-P Archambault; de Vichy et du Mont-d’Or, et publia à ce sujet un mémoire rempli de réflexions judicieuses.

Plusieurs établissements thermaux , particulièrement ceux de Bourbonne, Plombières, Luxeuil, Baréges, Vichy, du Mont-d’Or, reçurent d’utiles améliorations sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI; on en projetait de plus importantes, lorsque survint la révolution de 1789. La tourmente révolutionnaire ne permit guère de s’occuper des eaux minérales , qui ne reprirent un peu de faveur que sous l’empire. À cette époque, MM. Martinet, Faye et Bertrand publièrent de bonnes monographies sur les sources de Plombières, Bourbonl’ Archambault et le Mont-d’Or, qu’ils dirigeaient. Depuis la paix générale , les eaux ont été de plus en plus recherchées ; pour répondre à l’empressement des populations, le gouvernement fit alors tous ses efforts pour embellir les sources qui appartiennent à l’état, et grâces à des constructions aussi élégantes qu’utiles, plusieurs thermes, entre autres ceux de Vichy, du Mont-d’Or, de Plombières, de Bourbonne, de Luxeuil, peuvent rivaliser pour la splendeur et les agréments avec les plus beaux thermes de l’Allemagne. Voyant que les sources minérales étaient un moyen de richesses pour leurs propriétaires, et une cause puissante de prospérité pour les lieux où elles jaillissent, les conseils-généraux des départements et les capitalistes se sont empressés de rendre les abords plus faciles, de créer des promenades et d’élever des habitations convenables pour les malades : chaque année voit se multiplier les commodités et les agréments près des sources les moins célèbres, et les communications, qui naguère étaient embarrassées de mille entraves, laissent peu à désirer aujourd’hui : aussi la plupart de nos établissements thermaux présentent un aspect tout différent de ce qu’ils étaient il y a vingt-cinq ans. Les eaux minérales sont devenues un besoin du siècle : les souve-

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rains, les princes , les riches, les négociants et les hommes de toutes les classes s’empressent , pendant la belle saison , de se rendre dans diverses contrées de l’Europe aux eaux minérales, soit pour raffermir ou réparer une santé chancelante ou délabrée, soit pour s’y livrer à la distraction ou au plaisir. L’importance de ce moyen sanitaire fixa l’attention de l’autorité supérieure ; le ministre de l’intérieur, M. Siméon , institua en 1819 une commission des eaux minérales, formée de savants distingués de la capitale , et des principaux médecins inspecteurs : un de ses membres , le docteur Boin , fut nommé inspecteur-général et visita la plupart des sources du royaume. Cette commission (1) fut dissoute lors de la création de l’Académie royale de médecine, qui eut dans ses attributions l’étude des eaux minérales. Cette compagnie savante élut dans son sein une commission composée de médecins et de chimistes chargés de procéder à l’analyse des eaux minérales qui lui sont remises par la voie du ministre du commerce , et de lui rendre compte des rapports adressés annuellement par les médecins inspecteurs. Ces rapports , qui pourraient être plus profitables à la science, contiennent des documents utiles dont l’un de nous , secrétaire de la commission depuis deux ans , a profité dans le cours de cet ouvrage , en citant toutefois le nom des médecins auxquels il les a empruntés. De nos jours, les ouvrages importants de MM. Alibert, Anglada, Isidore Bourdon, Léon Marchant, Longchamp, ont servi à populariser les eaux minérales et à les faire mieux apprécier des praticiens : espérons que , grâces à ces travaux scientifiques , aux embellissements et au confortable que l’on trouve près de nos sources , le concours des ma-

(!) C’est d’après ses conseils que fut publiée, en 1823, une ordonnance royale destinée à fixer les règles particulières pour l’administration des eaux. Cette ordonnance se trouve à la fin de cet ouvrage.

lades s’accroîtra de plus en plus , et qu’à cet égard nous ne serons plus tributaires des nations voisines.

Ce n’est pas seulement en Europe que les eaux minérales sont recherchées; les peuples les moins civilisés, les Persans, les Chinois, les Indiens, les Égyptiens , ont des sources où ils vont puiser la santé. Comment tant de populations qui ont des opinions diverses, des préjugés particuliers, des maximes opposées , des manières de vivre contraires, peuvent-elles n’avoir qu’une même opinion sur l’emploi des eaux minérales ? N’est-ce pas une preuve incontestable de leur efficacité thérapeutique?

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