TROISIÈME PARTIE
Après avoir étudié les propriétés physiques^ chimiques et le mode d’action des eaux minérales naturelles^ il n’est pas inutile de jeter un coup d’œil sur les eaux minérales factices , qui ont été considérées par quelques personnes comme égales, et même comme supérieures en vertus à celles que nous prodigue la nature. Si l’analyse nous faisait toujours connaître d’une manière exacte les éléments qui se trouvent dans les eaux naturelles ; si les chimistes pouvaient reproduire fidèlement certains composés qui s’y rencontrent , il est évident que ces eaux seraient facilement imitées ; mais , il faut l’avouer, la chimie est encore loin d’être parvenue à ce degré de précision. En effet, les sels que l’on obtient dans les opérations analytiques ne sont pas toujours ceux qui étaient tenus en dissolution dans l’eau. Si l’on en doutait, il suffirait de ^rappeler qu’une même eau ne fournit pas constamment les mêmes substances salines, selon qu’on varie ou modifie les procédés d’analyse (1). Il existe, en outre, dans beaucoup d’eaux minérales une matière organique végéto-animale connue sous le nom de glairïne, barégine, que l’art ne peut pas imiter, et qui est loin d’être indifférente au succès des eaux. Ces raisons et beaucoup
(1 ) Murray ( Annales de Chimie et de Physique , tome VI , page 159).
d’autres, sur lesquelles il est inutile d’insister, sont tellement convaincantes , que plusieurs chimistes recommandables (1) conviennent que , dans la plupart des cas , il est impossible d’imiter les eaux naturelles.
Toutefois, quoique les eaux factices ne soient pas comparables aux naturelles sous le rapport de leur composition et de leurs vertus , nous sommes loin de nier leur efficacité et les services éminents qu’elles rendent chaque jour à la thérapeutique. Nous pensons, au contraire, qu’elles constituent un médicament particulier dont Faction sur l’économie animale a besoin d’être étudiée, et qui peut être d’autant plus utile qu’on peut le préparer au moment où il est nécessaire , augmenter ou diminuer la proportion de ses principes, et le rendre par conséquent, à volonté , plus ou moins énergique.
Depuis la publication de l’ouvrage de Duchanoy en 1780, l’art de fabriquer les eaux minérales a subi des modifications importantes; amélioré en 1800 par MM. Paul, Tryaire et Jurine , il est parvenu de nos jours, grâce aux progrès récents de la chimie, à un grand degré de perfection, et est devenu un art tout à fait pharmaceutique. Les eaux minérales artificielles sont en effet des médicaments délicats, dont la préparation réclame beaucoup de soins , et ne peut être confiée qu’à des pharmaciens capables d’apporter à ce travail l’exactitude éclairée qu’il exige. C’est dans ce but que plusieurs pharmaciens distingués de Paris, MM. Planche, Boullay, Boudet, Cadet et Pelletier, ont entrepris eux-mêmes cette fabrication.
(1) Parmentier {Dict. d’hist. natur. , article Eaux minérales ). Figuier {^Analyse des eaux d* Ussat).
Vauquelin ( Annales de chimie et de physique , tome XXVIII ).
M. Orfila ( Dieu de méd., édit., article Eaux minérales).
M. CaventOU ( Considérations sur l’eau de Seltz, 1826).
M. Longehamp [Annuaire des eaux minérales, 1832).
M. Soubeiran [Mémoire sur les eaux minérales artijicielles , 1836).
' PRÉCIS SUR LES EAUX
Le bel établissement qu’ils ont fondé à Paris ^ au Gros-Caillou, est remarquable par la simplicité des appareils, l’exactitude des procédés et la bonté des produits. Il serait peutêtre convenable que tous les établissements qui s’occupent de ce genre de fabrication adoptassent un mode uniforme de préparation ; les médecins pourraient alors mieux apprécier et comparer les effets de ces remèdes , dont la composition serait la même , de quelque fabrique qu’ils vinssent à sortir.
Sans entrer dans des détails sur la manière de composer les eaux minérales factices , détails que ne comportent pas les bornes de ce Manuel, nous allons jeter un coup d’œil sur les eaux minérales sulfureuses, acidulés, ferrugineuses et salines artificielles , et sur les eaux qui n’ont point leur type dans la nature, telles que les eaux magnésiennes, le soda-water, etc.
I. Eaux sulfureuses. Naguère on n’admettait dans les eaux minérales, pour principes sulfureux, que de l’hydrogène sulfuré libre de toute combinaison, et il suffisait de charger l’eau d’une quantité plus ou moins grande de ce gaz et de substances salines pour composer des eaux sulfureuses destinées à la boisson. Les bains sulfureux se préparaient et se préparent souvent encore en versant dans un bain entier, au moment où le malade est prêt à y entrer, une solution de sulfure alcalin et une quantité convenable d’acide hydrochlorique étendu d’eau, liqueurs qui sont chacune renfermées dans une bouteille séparée ; mais ces préparations ont l’inconvénient de rendre l’eau du bain trouble et jaunâtre par la précipitation du soufre , et de donner lieu à un dégagement assez considérable d’hydrogène sulfuré, souvent fort incommode. Ces bains sont en outre très-stimulants , dessèchent , irritent la peau , provoquent chez les malades de l’agitation et de l’insomnie ; néanmoins, employés à propos, ils rendent des services importants dans les maladies cutanées avec inertie de la peau ^