‹ Manuel des institutions françaisesChapitre 178 sur 262 · LA TRANSMISSION \)V POUVOF» ROYAL · texte numérisé non relu

LA TRANSMISSION \)V POUVOF» ROYAL

mont, sci^niour do Ncslc, ou, à leur défaut, à l*ôvùquo d'Évrcux et au conilo de Ponlhieu*. On reniar(|uera que ces régents ne disposèrent pas eoinpièlenient de toutes les prérogatives souveraines : le gouvernement des affaires ecclésiastiques, ou du moins la collation des bénéfices tombés en régale, fut confié à un conseil spécial, composé de l'évéque de Paris, du chancelier de NotnvDame, du prieur des frères prêcheurs de Paris et du gardien des frères mineurs. D'ailleurs, saint Louis, sur le point de s'embarquer à Aigues-Morles, adressa ofliciellement aux régents une longue lettre de reconnnandations où il leur traçait leur devoir de justiciers et d'adminislrateui^s*. Mathieu de Vendôme fut encore chargé d*une régence de quelques mois sous le règne de Philippe le Hardi, en 1285, lors de l'expédition d'Aragon'».

Les deux dernières régenres que nous ayons A mentionner ont été assez courtes. En juin 1516, à la mort de Louis le Hutin, son frère Philippe de Poitiei*s se lit donner le titre de régent des royaumes de France et de Navarre (regens régna Franciœ et Navan'œ)y par une assemblée de barons et de prélats, pendant la minorité de Tenfant que portait la reine Clémence de Hongrie. Celle-ci fut exclue de la régence, peut-être en raison de son jeune Age et de sa qualité d'étrangère. Klle mit au monde, au bout de quatre mois, un fils qui ne vécut que cinq jours, et le régent devint roi sous le nom de Phihppe V. En iô28, à la mort de Charles le Bel, qui laissait sa veuve, Jeanne d'Evreux, dans les mômes conditions, ce fut encore le plus proche collatéral, Philippe de Valois, qui prit possession de la régence, mais en ayant soin de se la faire confirmer par une réunion de barons laïques et ecclésiastiques et même par des docteurs de l'Univei^ité Cette régence ne dura que deux mois, Jeanne d'Evreux n'ayant donné naissance qu'à une fille, le h^ avril 1028. Dans ces deux circonstances, la question de la régence était étroitement liée à celle du droit successoral des femmes, dont il a été question plus haut.

255. Les résistances de la féodalité. — L'histoire de la dvnastie capétienne prouve que, pendant longtemps, les barons du royaume n'acceptèrent pas plus facilement le principe d'hérédité qu'ils ne se soumettaient à l'autorité royale elle-même. Si les intérêts opposés aux leurs finirent par l'emporter, ce ne fut pas du moins sans combat. Du xi'' au xnr siècle, les mécontentements féodaux se firent jour non seulement à chaque changement de règne, mais à chaque couronnement anticipé. Ils se traduisirent souvent par une tentative faite pour changer l'ordre de

1. Wallon, //w/. de St Louis, II, 432. — Faure, lïist. de St Louh, H, 635.

2. Ordonn,, 1, ICI. Le sceau de la régence contenait la formule : Sigillum Ludorict, f)ei gratin^ Frnncorum régis in partibus transmarinis agentis (I)ooet o'Arcq, hivenl. des sceaux des Arc h. nat.].

r». Cii.-V. Lanclois, Philippe III, p. 41. La légende du sceau de régence portait : Sigillum Philippin Dei gracia régis Francorum^ ad régime» regni dimissum (dk Wailly, Klt'ni. de palt^ogr.^ I, 352). ' •

succession*. Nous doutons beaucoup que les associations royales n*aient été, comme on Ta dit, « que TefTet d'une prudence attentive à prévenir les troubles de TÉtat, et non une précaution de nécessité* ». Il est incontestable que la féodalité a fréquemment entravé la transmission du pou* voir. Quand même on établirait que les Capétiens ont toujours consulté les grands au sujet de ces associations, la preuve ne serait point décisive. Cette consultation n*eut jamais un caractère général. Elle fut le plus souvent restreinte aux fidèles qui constituaient Tentourage permanent du souverain et se trouvaient par là dans sa dépendance. La résistance latente ou déclarée des seigneurs se manifesta sous le régne de Hugues Capet, lors de Fassociation de Robert H ; sous le régne de Robert II, lors de l'association du prince Henri ; lors de l'avènement de Henri I'', de la minorité de Philippe ^''ct de lavènement de Louis le Gros. Elle continua sous le règne de ce dernier, lorsqu'il associa au trône son fils Louis le Jeune, et lors de l'avènement définitif de ce même prince'.

Les premières années du règne de Philippe Auguste donnèrent lieu à de redoutables coalitions, et à des guerres intestines où la monarchie aurait sombré sans l'énergie et l'habileté du jeune souverain. On connaît l'histoire des troubles prolongés qui signalèrent la minorité de Louis IX et la régence de Blanche de Castille. Ce furent, il est vrai, les derniers; et encore, quoi qu'on en ait dit, la coalition de 1226 n'était-ellc pas dirigée contre le droit de Louis IX. Il faut y voir une réaction contre les abus du pouvoir monarchique en général, et contre l'exercice de ce pouvoir par une femme et par une étrangère en particulier. Les coalisés essayèrent en vain d'enlever le jeune roi à sa mère et de lui donner comme régent son oncle, Philippe Hurepel, comte de Boulogne. Au commencement du xiv^ siècle, l'absolutisme de Philippe le Bel provoqua des ligues féodales qui étaient dirigées, non contre le principe monarchique et la loi de transmission héréditaire, maintenant hors de toute contestation, mais uniquement contre les excès de pouvoir du souverain. La consultation restreinte qui fut demandée à la nation et surtout au corps féodal, en 1517 et en 1528, à propos de l'application de la prétendue loi salique, ne fît que démontrer la victoire complète et définitive remportée par le droit monarchique sur la féodalité. En appliquant par exception à la royauté le principe absolu de masculinité qui ne réj^issait alors ni les États étrangei's» ni les souverainetés féodales de la France, les barons fran(;ais du xiv* siècle consolidaient de leurs propres mains l'édilice royal que leurs ancêtres avaient tant de fois cherché à ébranler*.

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