LucHAiDE, Instit. monarch., I, 201, noie
sions d'enquêletirs chargés de s*informer des injustices commises par ces fonctionnaires eux-mêmes*. Ces enquêteurs furent pris d*abor<l presque exclusivement parmi les dominicains et les franciscains, et ce n'est que plus tard qu*on leur adjoignit les membres du clergé séculier et même des chevaliers. Leurs enquêtes se faisaient publiquement et étaient l'objet de rapports officiels dont plusieurs, en totalité ou en fragments, sont parvenus jusqu'à nous*.
Au retour de la croisade de 1248, Tinstitution de ces commissaires « redresseurs de toris » subsista et commença à prendre un caractèiv régulier. Saint Louis en parle comme d'un élément administratif normal dans ses ordonnances sur les baillis'. On a montré que, sous Philippe III, ils étaient devenus positivement des inspecteurs généraux de l'administration locale*. Les pouvoirs extraordinaires qui leur sont confiés n'ont fait que s'accroître; représentant le roi dans la plénitude de son autorité, ils corrigent, sans le moindre ménagement, les abus commis par les baillis ou les sénéchaux, et ne craignent pas de parler haut aux grands feudataires eux-mêmes •.
Sous le régne de Philippe le Bel, l'institution prit un autre caractère et dégénéra. Les missions de commissaires enquêteurs se multiplièrent dans une proportion inusitée, en même temps que leur autorité devenait exorbitante. Ils étaient toujours au nombre de deux, un membre du clergé et un chevalier, et parcouraient les provinces, suspendant les juridictions ordinaires, punissant les officiers prévaricateurs, faisant rentrer, par les procédés les plus arbitraires, les deniers royaux, multipliant les amendes et les confiscations. De tels pouvoirs ne tardèrent pas à tourner à l'abus. Sous prétexte de redresser les torts et de i*éparcr les injustices, ces réformateurs en commirent eux-mêmes de telle nature, que les agents royaux
1. Tkci.et, Lay. du Tr. des Charte», III, iv 3027 ol 5735. Olim, T, 437, elc. Cf. Til- LEMONT. Umt. de St Louis. III, p. ir)5. — Wallon, I, "ll'î. — A. Moli.vier, Calât, dr* actes de Simon de Monifort, dans ïiHd. de !Kc. des Ch., t. XXXIV, p. 166. — BRrEL. Notes de Yrou d'Hérnurat sur les enquêteurs de St Louis^ dans Bibi. de i'Ée. des Ch.,
XXVIII, i'm.
ti. Los ivgislrcs dos onqiit^teiirs do saint Louis seront publiés dans le t. XXIY dos Historiens de France. M. A. Moi.inieh a pnhlié, au t. Vil de VHist. du Laug.^ certaines assises des enquêteurs pour le Midi (1247-ltit8, l '2.'» 4-1*257 et 1250-1202); mais rinlérèt de ces documenls a été depuis longtemps mis en relief dans un mémoire de BorTARic, domptes rendus des séances de l'Acad. des Inscript., nouv. série, t. IV, p. 78-81. Cf. BniQiKT, Enffuétes faites en Aunis par ordre d'Alphonse de Poitiers, vers 1268, préface, p. liiM52. Sur dos frafrments d'un re^nslre des enquêteurs de saint Louis (i^etrouvé «lans des cartonnages de livres) datant de 1247-1248 et concernant diverses localités de Picardie, voir une lecture do L. Himisle à l'Acad. do^ Inscr. (6 sept. 1889).
3. Ordonn. de 1254 : a Vol i/lis t/uos ad risilaiiduni terram, vel facta eorum exquirendo niiftonius », et de 1250 : « Item, ils jureront qu'ils ne feront prendre à leui's famés, ne à leurs aultn's parents, aflius, amis ou mesniée, ne a ceux que leurs com|)tes oirront, no à nul entfuesteur ou visiteur. (|ue nous envoirrons enquerre contre eus. »