‹ Manuel des institutions françaises, période des Capétiens directsChapitre 70 sur 264 · LES OBLIGATIONS FÉODALES PROPREMENT DITES · texte numérisé non relu

LES OBLIGATIONS FÉODALES PROPREMENT DITES

100. Définition de l'hommage et de la fidélité. — La première et la plus essentielle des obligations que le vassal est tenu de remplir envers son suzerain consiste à lui prêter l'hommage et la fidélité, hominium et fidelitatem. L'acte d'hommage et de fidélité constitue, en effet, le

* Généralités. — Brussel, Usage des fiefs, I, 18 suiv. ,57, 92 suiv., et II, 855-868. — Histor. de Fr., t. XI, préf., p. clxxiii-clxxviii. — Laurière, Gloss. du dr.fr. aux mots Faire hommage, Aveu, Bouche et Main, Lige, etc. — ChastbreadLk Fèvre, Traité des fiefs (1662). — Salvaing, Traité de l'usage des fiefs (1668). — P. Viollet Établ de saint Louis, III, 525, 545; IV, 14 suiv., 159-161; Précis de dr. fr., 555 — Luchaim Instit. monarch., II, 45 suiv. — J. Flach, Les orig. de l'anc. Fr., 1, 231 suiv — A. Molinier, Etude sur l'adminislr. féod. en Languedoc, 154 suiv., 166 suiv — Boutaric, Institutions militaires de la France, 116 suiv. ; Le régime féodal, p. 545, 360 suiv. — Imbart de la Tour, Les élections épiscopales, 356-357. — Beaudouin' Homme lige, dans Nouv. Rcv. hist. de dr. fr. et élr., t. VII. — Beaune La condition des biens (1886). - Bonnassieu, Des souffrances féodales au moyen âqe dans

Fr H 289-5lÎS ^ *" mVU' ~ GLASS0N' ^ ^ de la

Monographies. - De Bellefeu, De l'hommage dans la vicomté de Turenne, dans Bull, de la Soc. hist. et archéol. de la Corrèzc, t. IV. - A. Barbau, Introd au Recueil d hommages, aveux et dénombrements de fiefs relevant du comté de Forez du xiii6 au xvi8 s., dans Mérn. de la Soc. de la Diana, t. VIII (1885). Voir surtout' p. 28 suiv. — Melleville, Charte où une femme vassale d'un seigneur est appelé* « homo mea », dans Bull, de la Soc. acad. de Laon, t. IV. — Quantin, Préface au Carlul. de l'Yonne, I, xra, etc.

Pour ce chapitre et les suivants, 1 étudiant consultera les principaux recueils de documents féodaux : Teulet, Layettes du Trésor des Chartes, surtout t. II et III, pass. — Lokgnon, Rôles des fiefs du comté de Champagne sous le règne de Tlubaud de Champagne (1249-1252). -D'Arbois de Jubalnvili.e, Hist. des comtes de Champ L " Gt Hlstone»s de Fr . , t. XXIII: Scripta de Feodis ad regcm spcctantibus

cl de mihtibus ad exercitum evocandis, 605 suiv.; Feoda Normannie, 705 suiv — Marcuegay, Arch. d'Anjou (ann. 1845), hommages rendus par les vassaux de l'abbave de St-Maur-sur-Loire ; — Arch. histor. de la Gironde, pass. - A. B4rdonnet Je terrier du grand fief d'Aunis, texte français de 1246, dans Mém. de la Soc 'des Anluj. de l'Ouest (ann. 1874) ; Registre des comptes d'Alphonse, comte de Poitiers dans Arch. histor. du Poitou, t. IV, VII et VIII. - Warnkœnig et Gheldolf, Hist. des instit de la FL, I. preuves. - De Witasse, Catalogue des aveux et dénombrements relatifs à la Picardie (1884), etc.

LES OBLIGATIONS FÉODALES

lien féodal par excellence, le trait d'union entre le propriétaire virtuel et le détenteur du fief. C'est évidemment la recommandation des temps carolingiens qui a donné naissance à la foi et hommage des temps féodaux : mais les dénominations ont changé. Aux termes de beneficium, vassus, senior, correspondent les mots feodum, homo, dominus. Les relations, au fond, sont restées de même nature.

Les mots hominium et fidelitas, dans les actes du xne et du xme siècle, j apparaissent généralement ensemble et comme ne faisant qu'un. Il est \ même arrivé qu'on les considéra comme synonymes et qu'on les prit l'un pour l'autre. Cela tient à ce que, d'ordinaire, la foi et l'hommage se prêtaient au même moment et dans la même cérémonie. Mais ces deux termes n'en marquent pas moins deux actes distincts, deux manifestations particulières du lien féodal, qu'il importe de ne pas confondre.

Au sens strict du mot, l'hommage est proprement l'acte de vassalité, celui qui exprime l'état de subordination où le vassal place la terre qu'il détient, la terre dominée, par rapport à la terre du suzerain ou terre dominante. Comme l'a très bien dit Brussel, l'hommage est l'engagement de vasselage. Primitivement, il n'a eu pour objet que la terre; plus tard il s'est appliqué à toute espèce de valeur, notamment au fief-office et au fief-argent. Dans tous les cas, il est caractéristique de la personne noble et de la terre noble. La forme de l'hommage est restée, à peu de chose près, celle de l'ancienne recommandation. Le vassal vient trouver son seigneur, qui l'attend debout ou assis. Il se met à genoux devant lui, place ses mains jointes dans les siennes et se déclare son homme pour tel fief. Le seigneur lui donne le baiser de paix, sur la bouche, et le relève. Les relations féodales entre les deux personnes et les deux terres sont établies'.Par cela même que le vassal se reconnaît l'homme de son seigneur, il contracte envers lui un engagement, des devoirs. Ces devoirs, il faut qu'il en jure solennellement l'observation. Tel est l'objet de la foi (fides, fidelitas), ou serment de fidélité, prononcé par le vassal après l'hommage. Ce serment se prête sur l'évangile ou sur des reliques, la main de celui qui jure posée sur l'objet sacré.

Le plus ancien document de l'époque capétienne qui nous fasse connaître avec précision les devoirs compris sous le nom de fidélité, est la lettre souvent citée de Fulbert de Chartres au duc d'Aquitaine : elle nous reporte au commencement du xr3 siècle2. Les obligations du fidèle sont résumées par le célèbre évêque dans les mots incolume, tutum, honestum, utile, facile, possibile. Les Bénédictins ont donné de ces expressions, qui ne sont j pas toutes claires, l'interprétation que voici : « Le vassal doit ne porter aucune atteinte à la personne de son seigneur, ne point révéler son secret, ni préjudiciel* à la sûreté de ses forteresses, ne point lui faire de tort du

1. Sur cette cérémonie de l'hommage, d'où est sortie l'expression homme de bouche et de mains, voir P. Viollet, Établ. de saint Louis, IV, 251, et les textes cités.

Page 1