I. Du Foetus
§. 3. Il est important que la sage-femme connoisse exactement la structure de la tête du foetus, sa forme et sa grosseur dans ses diverses dimensions. Elle doit encore connoitre en général les os du scpielette , tant par rapport à leur forme, leur situation et leurs noms, qu'a l'égard de leurs articulations : attendu que le plus souvent les os indiquent et déterminent dans l'accouchement la position de l'enfant. La sagefemme doit en outre être instruite de la grosseur, du poids et d'autres caractères d'un enfant porté à terme, et avoir une notion de la circulation de son sang.
4. Par Squelette on entend tous les ossemens d'un corps mort et décharné, joints ensemble comme ils le sont dans leur situation naturelle. La division du Squelette ainsi que du corps humain comprend la tête, le tronc et les extrémités.
%. 5. Pour la sage-femme la partie la plus importante du foetus est la tete. On y distingue le crâne et la face.
§. 6. Le crâne comprend la partie supérieure et postérieure de la tête; il est composé de huit os, lesquels forment une cavité qui contient le cerveau. L'on distingue au crâne les régions suivantes : le fron. , le sommet ou vertex , l'occiput, les tempes ou parties latérales, et la base. Les huit os qui forment le crâne sont: le coronal ou frontal, composé dans le foetus de deux mi-parties semblables ; les deux pariétaux ou br e g viatiques ; l'occipital, les deux temporaux; le sphénoïde et Vethmoïde. Tous ces os se tiennent chez l'adulte par des jointures immobiles , qu'on nomme sutures. Dans le foetus au contraire , et chez l'enfant durant les premiers mois après sa naissance, les os du crâne forment des interstices membraneux, plus ou moins grands, qui rendent leur reunion mobile. On appelle encore suture leurs longues, et proportionnément fort étroites séparations , parce qu'elles deviennent telles par la suite. On nomme au contraire fontanelles les plus grandes de ces séparations, dans lesquelles se reunissent toujours plusieurs sutures, et qui sont de différentes formes.
§. 7. On distingue principalement six sutures: 1) la suture, ou commissure frontale, entre les deux parties du frontal; 2) la suture, ou commissure coronale, entre le coronal et les pariétaux; 3) la suture médiane , ou sagittale, entre les os bregmatiques 5 4) la suture occipitale, ou
lambdoïde , entre l'occipital et les pariétaux; 5) deux temporales , ou écailleuses , ou squameuses, situées sur chacune des parties latérales du crâne, entre l'os temporal et le bregmatique.
§. 8. L'on remarque pareillement au crâne six fontanelles: i) la grande, ou antérieure, ou frontale , ou bregmatique , ou supérieure et antérieure; elle est la plus grande, de figure quadrangulaire , et placée au sommet entre les deux parties du frontal et les deux os bregmatiques. 2) La petite fontanelle, ou postérieure , ou supérieure et postérieure , ou occipitale; celleci est placée à l'occiput entre les os du sommet et l'occipital, elle est la plus petite et de forme triangulaire. 3) Quatre fontanelles latérales , ou inférieures , deux de chaque côté du crâne, dont l'une antérieure, l'autre postérieure. La fontanelle latérale-antérieure , ou inférieure et antérieure se trouve entre l'os frontal, le pariétal, le temporal et le sphénoïde. La latérale postérieure, ou inférieure et postérieure est placée entre l'os temporal, le bregmatique et l'occipital. Cette dernière est souvent plus grande que la première. Du reste les fontanelles latérales sont de formes irrégulières, et moins importantes en pratique que la grande et la petite.
§. 9. L'utilité des sutures et des fontanelles du crâne de l'enfant, par rapport à l'accouchement, consiste uniquement en ce qu'elles aug-
mentent considérablement la mobilité des os du crâne, lesquels sont alors encore susceptibles de souplesse; et de mettre pendant le travail la tête en état de pouvoir, jusqu'à un certain point, se prêter à un changement de forme selon la pression qu'elle éprouve, et suivant la conformation et la capacité du bassin qu'elle doit traverser.
§. 10. Moins le développement du foetus est avancé, plus ces interstices membraneux sont spacieux. Après l'accouchement ils se ferment aussitôt; tellement, que dans la règle ils disparroissent totalement au bout d'un an de vie. La petite fontanelle se ferme la première, et même le plus souvent avant que le foetus soit parvenu à son terme; en sorte qu'elle ne paroit que très rarement chez les enfans qui, ont atteint leur maturité. Après celle-ci se ferment les fontanelles latérales , notamment les antérieures plutôt que les postérieures , ensuite les sutures , et enfin la grosse fontanelle. Il est rare de trouver celle-ci encore ouverte 12 à 16 mois après l'accouchement, plus encore au bout de quelques années, dans des cas très extraordinaires.
§. il. La face comprend la partie antérieure du crâne et contient 14 os. Savoir: deux os maxillaires , deux du palais, deux unguis, deux os propres du nez, deux cornets inférieurs, le vo??ier , deux os de la pommette, et la mâchoire inférieure. Tous les os de la face , excepté le
dernier, sont réunis par des jointures immobiles; la mâchoire inférieure forme une articulation libre avec les os temporaux, auxquels elle est liée. Dans la face on distingue les orbites-, où sont placés les yeux; le nez , les joues, la douche, le menton etc.
§. 12. Il n'est pas moins nécessaire que la sage-femme connoisse les diverses dimensions de la tête, pour savoir juger, par sa situation, de la difficulté et des rapports qui peuvent gêner , ou faciliter, son passage à travers le bassin. A cet égard on y admet sept diamètres et trois circonférences.
§. i3. Par les diamètres de la tête l'on entend des lignes droites supposées , qui partent d'un point quelconque de la tête à un point opposé.
Les juivans sont les 7 diamètres de la tête : \) Le diamètre vertical ; il descend perpendiculairement de la plus haute éminence du sommet à la base du crâne; il fait une partie de l'axe de tout le corps humain, et conséquemment l'axe de la tête: sa longueur dans un foetus à terme, et bien conformé, est de 3% à 3 54 pouces. 2) Le diamètre transversal , ou bi-pariétal; il s'étend de l'une des bosses pariétales à l'autre, et est de la même longueur que le premier. 3) Le diamètre fronto-mentonnier d'environ 3 vi pouces de longueur, se dirige de la hauteur du front
jusqu'au menton. 4) Le diamètre Irachelo-breejmatlque, ou oblique antérieur passe de la partie supérieure et antérieure du col , à la grande fontanelle; il mesure 3% à 3% de pouces. SJ Le diamètre longitudinal, ou entero-postérleur, ou occlplto-frontal , de 4% à 4% pouces, s'étend depuis le milieu du front à l'angle de la suture occipitale. 6j Le diamètre cervlco-bregmallque, ou oblique postérieur, se dirige de la partie supérieure de la nuque à la fontanelle antérieure. 7) Le diamètre occlplto-mentonnler , ou diagonal, entre l'angle de la suture occipitale et le nîenton; ce diamètre de 5 pouces, et souvent beaucoup au delà immédiatement après l'accouchement, est le plus grand.
§. 14. Les trois circonférences de la tête sont: 1) la plus grande, ou la perpendiculaire, qui, de la fontanelle postérieure, passe le long de la commissure médiane et de la suture frontale, par le menton et la base, à l'occiput; 2) la circonférence moyenne , ou horizontale , qui, de la fontanelle postérieure, passe sous les deux bosses bregmatiques , sur les bosses frontales jusqu'à la sutux'e frontale; 3) la petite circonférence, ou circonférence transversale , laquelle,
•) Pcnir faciliter aux éléves-sage-femmes l'intelligence des termes de tracJielo-bregmatique et de cervicobregmatique , l'auteur a cru devoir les suppléer par oblique-antéricur et oblique-postérieur.
de la hauteur du sommet, passe sur les deux bosses bregmatiques jusqu'à la base.
§. i5. La tête est jointe au tronc par les deux vertèbres cervicales supérieures , tellement qu'elle puisse se tourner des deux côtés, sans cependant pouvoir faire dans l'une et l'autre direction plus d'un quart de tour. Par un autre mouvement elle peut encore rapprocher, ou éloigner, le menton de la poitrine.
§. 16. Le tronc est composé de la poitrine, de la colonne vertébrale et du bassin.
§. 17. La poitrine , ou le thorax, forme la partie supérieure et antérieure du tronc. Elle est composée du sternum et de 24 cotes. Chacun des côtés a 12 côtes 5 les sept supérieures se nomment les vraies, les 6 inférieures les fausses. Quelquefois on appelle aussi flottantes les deux plus basses. Les côtes vraies se joignent immédiatement par leur cartilage au sternum; les fausses au contraire s'unissent entre elles d'en-bas en en-haut, excepté les deux flottantes qui, par leur bout antérieur, ne se fixent à aucun os. Le sternum se réunit vers en-haut avec les deux clavicules et latéralement à 14 côtes, qui se joignent ainsi antérieurement chacune, par son cartilage, au sternum, et postérieurement à deux vertèbres dorsales. Les côtes et le sternum sont susceptibles de quclqif élévation. Ces os de la poitrine forment, conjointe-
ment avec les vertèbres dorsales, la cavité thorachique, laquelle contient les poumons, le coeur et le thymus.
§. 18. La colonne vertébrale , ou colonne e'pinière, l'épine , ou le rachis , occupe le milieu de la partie postérieure du tronc; elle s'étend depuis la tête jus ques au fond du bassin. Chez l'enfant elle contient 33 os semblables qu'on nomme vertèbres, et qu'on distingue par vertèbres vraies et fausses. Les vraies sont les 24 supérieures, qui, même dans un âge plus avancé, subsistent toujours comme des os séparés. Les fausses sont les 9 inférieures , desquelles après la naissance, et principalement aux approches de l'âge nubile , plusieurs se réunissent et ne forment qu'un seul os. Les cinq premières forment le sacrum, les 4 suivantes le coccix. Il n'est pas rare de trouver celui-ci composé d'une vertèbre de plus ou de moins.
On subdivise encore les 24 vertèbres vraies en 7 cervicales, 12 dorsales et 5 lombaires. Outre le corps et l'arc, les apophyses des vraies vertèbres , (en exceptant les deux premières) sont encore un objet qui mérite l'attention de la sagefemme, principalement V apophyse épineuse; après celle-ci les deux transversales et les quatre articulaires, ou obliques.
§. 19. Toutes les vertèbres sont tellement unies eutre-elles, que de l'une h l'autre il n'existe
que très peu de mobilité; mais l'ensemble de ces mobilités partielles ne laisse pas de produire sur toute la colonne vertébrale, une fléxibilité considérable dans toutes les directions, sur tout en avant ; celle en arrière diminue chez l'enfant à mesure de son accroissement.
§. 20. Le bassin est la partie inférieure du tronc. Il n'est composé, pris à rigueur, que de deux os coocaucc. Dans un sens plus étendu l'on ajoute au bassin le sacrum et le coccix , attendu qu'ils contribuent à former avec les coxaux la cavité du bassin, dont il sera traité §. 68. et suivants. Antérieurement les os coxaux s'unissent entre eux, et postérieurement au sacrum.
§. 21. On distingue quatre extrémités : deux supérieures, les bras; et deux inférieures, les pieds. Chacune des supérieures est pendante à l'un des côtés du tronc, auquel elle est jointe par la clavicule. On divise le bras en épaule, bras, avant-bras et la main.
§. 22. Uépaule est composée de deux os : de la clavicule, située en avant, et de l'omoplate en arrière. Les articulations du premier, par devant au sternum et en arrière a l'omoplate, ne permettent que très peu de mouvement. Le dernier de ces os, attaché de plus a l'humérus, forme avec celui-ci une articulation libre.
§. 23. Le bras a'a qu'un 08 : l 'humérus , qui, avec l'avant-bras , forme une articulation en forme de charnière.
§. 24- \j avant-bras est composé de deux os: le cubitus et le radius. Ces deux os sont joints de façon que le radius puisse, par sa rotation sur le cubitus, rendre la main tournante en dedans et en dehors. Leurs extrémités inférieures forment encore avec la main une articulation libre.
§. 25. Dans la conformation de la main on remarque le carpe , le métacarpe et les doigts. Le carpe comprend huit os , le métacarpe cinq. Chacun des quatre doicjts est composé de trois, et le pouce de deux os, ou phalanges. Tous les os du carpe sont étroitement joints, tant entre-eux qu'aux bouts supérieurs des os du métacarpe. Les premières phalanges des doigts sont au contraire unies, par des articulations libres, aux bouts inférieurs des. os du métacarpe. Les autres phalanges forment entre-elles des charnières. L'os métacarpe du pouce tient au carpe par une jqinture libre.
§. 26. Les extrémités inférieures , ou membres abdominaux , sont composés chacun de la cuisse, de la jambe et du pied. Dans la cuisse on remarque deux os , le fémur et la rotule. Le fémur forme, par sa jointure avec l'os des iles , une libre articulation, par laquelle l'extrémité inférieure est attachée au tronc. Par en bas le fémur, avec la rotule et le bout supérieur du tibia, forment le genou, dont l'emboîtement est tel qu'il ne peut se plier qu'eu arrière.
§. 27. De même la jambe a deux os: le tibia et le péroné. Ils sont réciproquement lies par une jonction immobile; mais avec le pied ils forment une libre articulation.
§. 28. Au pied on distingue enfin le tarse, le métatarse et les doigts. Le tarse est composé de sept os, le métatarse de cinq, les doigts ont autant de phalanges, et sont articulés, comme ceux de la main.
§. 29. Avant de traiter de la circulation du sang dans le foetus, il convient de décrire celle dans l'homme né et respirant, et d'en indiquer ensuite les différences qui se présentent chez le foetus , qui ne respire pas encore.
§. 3o. Dans l'homme fait le sang artériel, (rougeux) destiné à la nutrition de tout le corps, passe du ventricule gauche dans V aorte, de là à la périphérie du corps, et retourne, après avoir nourri les différens organes , et perdu ses qualités nutritives, comme sang veineux, (rouge foncé) par les radicules et les rameaux des veines, dans les deux veines principales, qu'on appelle les veines-caves supérieure et inférieure; dont la première reçoit le sang de la tête, du cou, et des extrémités supérieures, la seconde le sang du tronc et des extrémités inférieures. Ces deux veines-caves le transmettent ensuite dans l'oreillette droite du coeur, et de là il passe
au ventricule droit; celui-ci le jette, étant encore sang veineux , par les artères pulmonaires dans les poumons. C'est dans cet organe, que par le moyen de la respiration, le sang recouvre sa qualité nutritive et retourne par les veines -pulmonaires au coeur comme sang artériel, en passant par V oreillette gauche dans le ventricule gauche. D'ici la circulation recommence , ce sang, repourvu des qualités propres a la nutrition, étant chassé de nouveau par l'aorte dans le corps.
§. 3i. Dans le foetus, où la respiration n'a pas lieu, la restauration du sang dans les poumons n'est pas possible, c'est dans le placenta qu'elle s'opère ; d'où il résulte que la circulation du sang par les poumons — nommée la petite circulation — n'existe pas; tandis que, par une économie remarquable, le sang peut se rendre de l'oreillette droite dans l'aorte sans passer par les poumons. La majeure partie du sang parvenu, par les veines - caves , dans l'oreillette droite se porte aussitôt de là a l'oreillette gauche, par une ouverture qui ne se trouve que dans le coeur du foetus , appellé trou ovalaire, ou trou de Botal; de l'oreillette gauche il passe par le ventricule gauche à l'aorte. Parcontre la moindre partie du sang circule de l'oreillette droite au ventricule droit, de là aux artères pulmonaires pour se reporter, non aux poumons, mais par un canal particulier, le canal artériel
de Botal, dans l'aorte. Enfin une très petite partie de sang est transmise, par les artères pulmonaires, dans les poumons, pour tenir ces vaisseaux ouverts, et retourne par les veines pulmonaires à l'oreillette gauche , comme dans l'homme respirant.
1 §, 32. Le sang du foetus, provenant de sa mère, (comme il sera démontré dans la suite) passe par la veine ombilicale du cordon (§. /f5.) et par le nombril, dans son bas ventre près du foie. Ici la veine ombilicale se sépare en deux vaisseaux dont l'un, le canal veineux, conduit immédiatement le sang dans la veine-cave contiguë ; l'autre le porte d'abord dans la veineporte , et de là au foie, d'où, étant reçu par la veine-cave, il est conduit par ce vaisseau au coeur, duquel émane la circulation décrite cidessus.
§. 33. Le sang qui a servi, et celui qui est superflu à la nutrition du foetus, retourne, par deux artères ombilicales, hors du nombril de l'enfant, dans le cordon ombilical et le placenta. Ces artères prennent leur origine, à chaque côté du bassin de l'enfant, des artères hypo gastriques , ou iliaques internes, et montent, en convergeant, en arrière de la paroi antérieure du basventre à l'ombilic.
§. 3/|. Dans les intestins de l'enfant h terme il s'est déjà amassé une quantité assez conside-
rable d'un excrément appelle méconium. C'est un fluide verd-noiratre , inodore, amer, pituiteux, fort gluant et peu susceptible de putréfaction: matière que l'enfant déjète pendant les deux premiers jours après sa naissance.
//. Des Annexes du Foetus.
§. 35. Sous la dénomination d'annexés du foetus, d'arrière-faix , de secondines, ou de délivre, on entend les parties de l'oeuf qui renferment le foetus , et dont — à l'exception d'une partie des eaux de Famnios — l'expulsion se fait après celle de l'enfant.
§. 36. Veau de Vamnios est le fluide qui entoure immédiatement et baigne le foetus. Préparé et renfermé par les membranes, ce fluide, jusqu'après moitié terme de la grossesse, est limpide , sans couleur comme sans goût, et d'une odeur foible mais particulière; à la fin de la grossesse il est le plus souvent trouble, blanchâtre et muqueux. Au moment de l'accouchement la quantité de ce fluide varie considérablement, puisque sa masse, étant ordinairement de 2 à 3 tt , peut néanmoins monter jusqu'à 10 ife. Du reste les eaux de Famnios sont, rélativement au volume du foetus, moins abondantes dans les derniers mois qu'au commencement de la grossesse.
§. 37. On distingue ces eaux en vraies et en fausses eaux: les vraies sont celles où nage
l'enfant, et qui sont contenues dans l'amnios ; les fausses celles qui ne paroissent qu'en petite quantité entre l'amnios et le chorion jusque vers le milieu, très rarement jusqu'à la fin, de la grossesse.
§. 38. Les eaux de l'amnios sont, sous divers rapports, d'une grande utilité; attendu qu'elles procurent au foetus une capacité propre à favoriser son accroissement, son développement et la liberté de se mouvoir sans obstacle ; comme aussi à le préserver de l'impression funeste que pourraient faire sur lui des accidents extérieurs , ou quelqu'acte de violence dirigé contre le ventre de sa mère ; à empêcher la pression du cordon ombilical de même que des réunions irrégulières des différens membres du foetus, à entretenir libres les voies des organes de la digestion et de la respiration. Ces fluides ont en outre la propriété de dilater la matrice d'une manière égale, de modérer l'impression qu'elle éprouve par le poids et les mouvemens trop vifs du foetus; enfin d'accélérer dans l'accouchement, au moyen de la poche des eaux, la dilatation de l'orifice utérin, et de faciliter par leur écoulement l'accouchement, en rendant plus humides et glissantes les parties de la femme. Quant à l'opinion que l'enfant avale de tems à autre de l'eau de l'amnios, ou bien que sa peau en absorbe une portion pour lui servir de nourriture; elle n'est que vraisemblable, mais pas encore suffisamment prouvée.
§. 39. Aux eaux de l'amnios on petit àjoutér un enduit graisseux et savoneux, que les accoucheurs nomment Smeg'ma, lequel couvre plus ou moins la superficie de l'enfant, particulièrement ses parties velues ou plissées. C'est vers la fin de la grossesse que cette matière se forme, et dont la quantité doit augmentèr à proportion de l'accroissement de l'enfant. Le principe et l'utilité de cette matière ne sont pas encore bien connus: plusieurs pensent qu'elle est un dépôt des eaux de l'amnios , absorbé par la peau du foetus.
§. 40. Les membranes au nombre de trois : l'amnios, le chorion et la caduque, forment, par leur contact, une cavité ovoïde, qui contient le foetus, l'eau de l'amnios et le cordon ombilical.
§. 4ii L'amnios est une membrane mince , lisse , transparente et sans couleur. Elle est la plus interne et enveloppe donc immédiatement les eaux de l'amnios et le foetus.
§. /J2. Le chorion renferme l'amnios, à la surface externe duquel il est adhérent, après moitié terme de la grossesse. Cependant il y a entre eux, durant les précédents périodes de la grossesse, un petit espace rempli de fluide amnieux, appelé les fausses eaux. Le chorion est ' ovganisé comme l'amnios ; seulement il est plus
fort et contient beaucoup de vaisseaux. Ces deux membranes, particulièrement propres à l'oeuf, tapissent la surface interne du placenta, et fournissent une gaine au cordon ombilical, en y passant depuis le placenta.
§. 43. La membrane caduque, ou l'épicliorion, ou la membrane de connexion est la plus extérieure. Jusqu'à la formation complète du placenta elle sert de moyen d'union entre l'oeuf et la matrice, à laquelle elle appartient plus qu'à l'oeuf même. Cette membrane est composée d'un grand nombre de flocons qui forment deux lames, l'une externe, ou utérine, l'autre interne, ou foetale. La lame extérieure est adhérente à l'utérus et tapisse toute sa surface interne ; se repliant ensuite sur elle-même, à la place où se forme le placenta, elle passe à l'oeuf et l'enveloppe entièrement comme lame intérieure. Cette membrane caduque disparoit toutefois en proportion de l'accroissement du placenta , et manque totalement à mi-terme de la grossesse. De là son nom.
§. 44. Les membranes servent très probablament à la sécrétion des eaux de l'amnios 5 et en outre à envelopper et conserver ce fluide . le foetus et le cordon ombilical; à fournir une gaine à ce dernier; enfin à ouvrir et dilater dans les accouchcmens l'orifice de la matrice, en formant la poche des eaux. Le placenta prend sa naissance de la membrane caduque et du chorion.
—o— ig
46. Le cordon ombilical est un corps ressemblant h une cordelette, qui s'étend de l'ombilic du foetus jusqu'au placenta. La longueur du cordon d'un enfant à terme est ordinairement 18 à 22 pouces, quoiqu'elle varie quelquefois de 6 à 7 jusqu'à 60 pouces, et même au delà. Il est composé de trois vaisseaux sanguins, unis par une masse gélatineuse, et de l'enveloppe des membranes. Les trois vaisseaux sanguins consistent en d'eux artères et une veine ombilicales. Cette dernière prend naissance avec ses radicules dans le placenta, d'où elle conduit, par le nombril, au foetus le sang dont il a besoin. (§.32.) Les deux artères ombilicales , venant des artères iliaques internes, sortent du nombril de l'enfant (§. 330? conduisant au placenta le sang superflu et celui qui a servi. Les lumières des deux artères ensemble ne sont pas plus grandes que celle de la veine.
La fonction du cordon ombilical est de porter du placenta au foetus le sang nécessaire à sa nutrition, et de le reconduire au placenta, après avoir circulé dans le corps de l'enfant.
§. 46. Le placenta est un organe ordinairement de forme circulaire-aplattie, ayant approchant 7 à 8 pouces de diamètre sur un d'épaisseur. Il est composé d'un grand nombre de vaisseaux de différentes grandeurs , qui sont les ramifications des artères ombilicales et les radicules de la veine ombilicale; à quoi il faut ajou-
1er un tissu cellulaire liîche , qui en forme un parenchyme mou el spongieux. On y distingue une surface externe, ou utérine, qui est rude, sillonnée, et unie à l'utérus; une autre interne, ou foetale, qui est lisse, et sur laquelle on remarque la distribution des vaisseaux ombilicaux a travers le chorion et l'amnios, qui la couvrent; de plus un bord circulaire. Le placenta est placé entre la face interne de la matrice et la face externe des membranes, et se trouve ainsi, .. en leur servant de moyen d'union, hors de la cavité de l'oeuf. Il s'attache ordinairement au fond de la matrice un peu à droite, pouvant cependant y occuper toute autre place.
§. 47. La fonction du placenta est de recevoir, de l'utérus, le sang destiné au foetus, et de le transmettre au cordon ombilical. Le sang nécessaire, qui émane de l'utérus, est exhalé entre ce viscère et le placenta, de là il est reçu du placenta, et imbibé par les plus fines radicules de la veine ombilicale. Il est très vraisemblable que le placenta est encore destiné à opérer sur le sang retourné du foetus un certain changement, qui le rend de nouveau propre à la nutrition de l'enfant.
§. /,8. A l'égard du développement de Vocuf- Jiumain on peut admettre en général ce qui suit: l'oeuf féconde et déposé régulièrement dans l'utérus n'est qu'indistinctement perceptible peu-
daht les premiers jours de la grossesse, ne parroissant encore que comme un corpuscule gélatineux, mais qui bientôt se développe et se forme en une petite poche membraneuse au centre de laquelle, en demeurant dans une constante union, s'organise l'homme a naître. A la troisième semaine, l'oeuf étant parvenu à la grosseur d'une noisette, le foetus devient déjà perceptible comme un corpuscule de la longueur de deux lignes , lequel, nageant dans un fluide clair, paroit composé de deux petites vésicules, destinées l'une à former la tête , l'autre le tronc, lesquelles sont jointes au reste de l'oeuf par un petit appendice qui devient ensuite le cordon ombilical.
§. 49. A la lin du deuxième mois l'oeuf est parvenu à la grosseur d'un oeuf de poule, le foetus à celle d'une mouche ordinaire au commencement, et d'un pouce de longueur a la fin du même mois. Déjà on y remarque les yeux comme des points noirs, l'orifice de la bouche et quehju'indice des oreilles ; les extrémités et les parties sexuelles paroissent se former, mais on ne peut encore distinguer ces dernières.
§. 5o. Au troisième mois l'oeuf prend la grosseur d'un oeuf d'oie; le foetus la longueur de 2% pouces. La tête est, proportionnément , très grande; la face paroit formée jusqu'à un certain point; les doigts des mains et des pieds
deviennent visibles; les parties sexuelles sont encore difficiles à distinguer.
§. 61. Au quatrième mois les organes qui renferment le foetus , lesquels se sont jusqu'ici proportionnément bien plus développé que le foetus, se perfectionnent antièrement, surtout le placenta. Mais dès le quatrième mois l'accroissement du foetus, déjà parvenu à la longueur d'environ 4 pouces du sommet a l'anus, est à proportion plus considérable que celui de ses annexes. Toutes ses parties sont maintenant plus formées, les ongles sont perceptibles, et la grande disproportion, qui existait jusqu'ici entre la tête et le tronc, commence à diminuer.
§. 62. Dans le cinquième mois le fruit a près de huit pouces de long. Alors la surface du foetus se couvre de cheveux blancs et cotonneux, qui ont disparu sur lenfant né a terme, excepté ceux de la tête , les cils et les sourcils. Le foetus est déjà capable de mouvemens spontanés assez vigoureux.
§. 63. Le volume et le poids du fruit ne peuvent plus être déterminés avec autant de justesse dans les mois suivans , parceque dans un même période ils peuvent varier considérablement à cause de la différence des fruits. Cependant on peut admettre sur ce point pour terme moyen ce qui suit.
Au sixième ??iois la longueur du foetus , prise dans sa totalité, peut monter à 12 pouces environ. Ses membres commencent à se proportionner, la peau a se dérider, les cheveux de la tête prennent une couleur plus foncée. L'enfant né à ce terme peut respirer, crier, peutêtre même avaler; mais n'étant pas encore viable il meurt ordinairement dans peu d'heures.
§. 64. Au septième mois la longueur de l'enfant est de 14 a i5 pouces, sa pesanteur de 4 à 5 ifc. C'est principalement dans ce tems que la graisse augmente sous la peau de l'enfant, qu'il prend de l'embonpoint et se perfectionne. Cependant sa face est souvent encore fort ridée, ses extrémités sont maigres, ses cheveux cotonneux, touffus , par tout le corps; ses ongles, quoique marqués, sont encore peu formés; la fontanelle antérieure est grande, la postérieure très petite, même le plus souvent déjà fermée; les os du crâne sont encore très mobiles. L'enfant né à la fin de ce mois est viable, et peut, à force de soins, quoique très rarement, être conservé en vie.
§. 55. Même au huitième, et au commencement du neuvième mois, l'enfant exige de grands soins, des attentions soutenues et bien dirigées pour le conserver. Le succès en est plus certain en raison de l'avancement de la grossesse au neuvième mois. L'enfant né avant terme ap-
porte toujours un penchant an sommeil, selon que sa naissance a été plus ou moins prématurée. Au huitième mois la longueur de l'enfant est de 16 à 18 pouces, son poids de 6 à 5% ffc«
§. 66. A la fin du neuvième ?nois, le fruit pèse 6 à 7 Ife, rarement plus ou moins, jamais au dessus de 10 ife. Sa longueur est de 18 à 20 pouces et au delà. La grosseur de sa tête est désignée §. i3. La largeur des épaules est 4% à 5 pouces, celle des] hanches 3% à 4%. On peut couvrir la fontanelle antérieure avec deux travers de doigts, la postérieure est fermée, la tête fort chevelue, le duvet du reste du corps a, disparu, la forte quantité de graisse sous la peau lui a ôté sa rudesse, l'a déridée et rendu chaque partie formée et arondie; les ongles ont pris leur forme et leur force , la voix est libre et forte.
§. 57. La nutrition et l'accroissement du foetus se fait principalement par la masse de sang qui lui est transmise par le placenta et le cordon ombilical, et peut-être encore par les eaux de l'amnios. (§. 38.)
§. 68. A l'égard de la situation du foetus dans la matrice, son instabilité diminue eu raison que le fruit se développe et approche de son terme. Pendant le premier mi-terme de la grossesse , nageant dans l'eau de l'amnios , qui est alors, à proportion du volume du foetus,
plus abondante que plus tard (§. 36.), le fruit change de position à charpie mouvement marquant de sa mère; de sorte, cependant, que la plus pesante partie • la tête, se dirige vers en-bas. Après mi-terme de la grossesse, où, au contraire la quantité des eaux de l'amnios diminue, et le volume du foetus augmente, ce dernier devient toujours plus gène dans ses changemens de situation, et se trouve obligé vers le septième mois de la fixer. Voici comment elle est disposée dans l'ordre naturel: la tête est située au bas, les fesses le sont en eu-haut, le dos est tourné en avant et à gauche , le ventre en arrière et à droite de la mère. Plus rarement le dos est tourné en avant et à droite, le ventre en arrière et à. gauche.
§. 6g. Pour occuper le moins possible d'espace, l'attitude du foetus est ordinairement la suivante: la tête est inclinée vers la poitrine, les avant-bras sont étendus latéralement, ou appliqués, à mains fermées, sur la face, ou croisés sur la poitrine; les cuisses sont pliées vers le bas-ventre, et les jambes sur les cuisses, tellement que les talons sont appuyés sur les fesses.
§. 6o. Ainsi que dans tout le règne de la nature vivifiée, il se fait des écarts, et que des aberrations peuvent naître dans toute ses productions , il en est de même à l'égard de l'oeufhumain. Attendu que soit l'oeuf en entier, ou
le fruit seulement, peuvent être très différemment desorganisés.
§. 6i. On donne le nom de mole à un oeuf entièrement dégénéré; substance carniforme et mollasse dans laquelle on ne peut reconnoitre ni la structure de l'oeuf, ni une forme semblable à un fruit; seulement y apperçoit on une trace de ce dernier. La mole se forme, dans ou hors de la matrice, a la suite de la conception. L'oeuf étant susceptible de structures abnormes très différentes, on lui donne les noms analogues de mole sanguineuse , séreuse, calcaire, aérienne, vésiculaire , charnue, pierreuse etc. etc.
\. 62. On nomme encore improprement mole d'autres produits dans la matrice, dont l'origine n'a point été une suite de la conception, et qui par cette raison sont qualifiés de fausses moles, par opposition aux vraies. Par exemple des amas de sang, de fluide séreux, des polypes dans la matrice etc. etc.
§. 63. Le fruit lui-même peut être, sous divers rapports, de conformation vicieuse. Pour lors, si sa difformité extérieure se manifeste a un très haut degré, ou au point que la défiguration de l'enfant soit frappante, on l'apcllc monstre, monstruosité; tel p. e. qu'un foetus à deux têtes, ou sans tête, ou deux enfans adhérens entre eux, un fruit qui aurait plus ou moin> de quatre extrémités etc.
Difformité est la qualification qu'on donne aux écarts moins considérables de l'ordre naturel. Par exemple trop, ou trop peu de doigts, ou d'orteils, ou leur adhérence; le bec de lièvre; la bouche, les paupières, l'anus imperforés.
Enfin on désigne, sous le nom d'envie, le défaut de conformation qui n'existe que sur la peau; comme des taches, des petites excroissances etc.
§. 64. Nous ne croyons pas hors de propos d'observer ici: que, d'après des exemples fréquens, des enfans peuvent naître attaqués des infirmités de la peau, que nous appelons maladies cutannées contagieuses; de même , que d'autres maladies, comme: scrofules, mal vénérien et autres , si leur mère en a été affectée.
§. 65. Si dans un tems on est allé trop loin, en attribuant uniquement à une imagination exaltée, ou à de vives émotions, éprouvées pendant la grossesse, les causes de ces difformités de l'oeuf et surtout du foetus ; on est tombé dans un autre extrême dans des tems plus modernes, et l'on se trompe également en niant complètement ces influences prouvées par des faits incontestables. Les causes de ces vices de conformation peuvent donc être psyçologiques , ou phisiques ; probablement elles sont encore plus souvent purement mécaniques.