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désirs et d’actions criminelles, que la boisson enfante tous les jours, cesseront ! que de larmes seront séchées ! que de familles, sur le penchant de leur ruine, ou déjà ruinées, se relèveront! que de pauvres mères, qui n’on* jamais goûté la paix et le bonheur domestiques, béniront Dieu du changement opéré dans leur maison ! que d’enfans, destinés à devenir l’opprobre de la société, le fléau de leurs familles, la désolation de la religion, par la mauvaise éducation qu’ils reçoivent de parens adonnés à la boisson, deviendront de bons citoyens, de bons chrétiens !
Animé par la vue du sentiment qui doit en résulter, que chaque membre de la Société de Tempérance profite donc de toutes les circonstances qui se présenteront pour.faire cesser la trop bonne opinion qu'on a entretenue, jusqu’à ce jour, des boissons en usage parmi nous, et ue laisse jamais perdre l’occasion d’augmenter le nombre des soldats généreux qui s’engagent à combattre tonte leur vie le démon de l’ivrognerie. Mais, pour y réussir, il faut que les membres de la Société de Tempérance s’efforcent de rendre cette Société respectable ; pour cela, ils ne doivent pas se borner à donner l’exemple de la tempérance dans le boire et le manger. Ce serait certainement manquer leur but et attirer sur eux et sur la Société, le ridicule, et cn éloigner les honnêtes gens, que de prêcher la Tempérance, et d'oublier les autres devoirs que la rehgion nous impose. Ce füt le malheur des Pharisiens : ils affichaient une extrême régularité dans la pratique de certaines vertus apparentes, et négligeaient les commandemens les plus absolus de Dieu ; aussi J'ésus- Christ les traite-t-il d’hypocrites..… Les membres de la Société de Tempérance ne se feront donc pas seulement remarquer par cette vertu si belle ; mais ils seront, de plus, modestes dans leurs paroles, simples davs leurs habits, charitables envers leurs frères, fervens à l’église, zélés pour l’œuvre admirable de la Propagation de la Foi, exacts à approcher des sacremens, prompts à faire taire les médisans et les jureurs :
et cela, non par ostentation, mais pour leur propre salut et pour la plus grande gloire de Dieu, n’ayant pas d’autre pensée que de suivre le conseil que notre Divin Sauveur nous donne à tous dans son saint Evangile: ‘“ Que votre lumière brille devant les hommes, ‘6 afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glo- “ rifient votre Père qui est dans le ciel.” (Math. ch. 5, v. 15.)
La religion ne nous défend pas d’aimer notre patrie ; au contraire, elle consacre et bénit cet amour. Et, si nous avons quelque chose de cet amour de la patrie, ne devons-nous pas être tout de feu et de zèle pour détruire ce qui la ruine et la déshonore ?
Depuis plusieurs années tous les fléaux sont tombés sur nous successivement. La peste, la guerre civile, les gelées, les vers qui dévorent les moisscns d’un bout à l’autre du Canada: partout la pauvreté, la misère, la gène dans le commerce. Au milieu de tout cela, ne serait-ce pas un abus criminel des dons de la Providence, que nous ajouterions à nos autres iniquités, si nous continuions nos folles dépenses d’autrefois, qui aous ont épuisés même dans nos jours d’ubondance ?
“ Mais vous exagérez, dit-on souvent aux Apôtres
de la Tempérance: la boisson apparaît à voire ima-
gination ardente comme certains objets, pendant la nuit, à de timides voyageurs. ils voient partout d’horribles fantômes; leur sang se glace dans leurs veines; ils ferment bien fort les yeux pour ne pas voir les spectres hideux qui les poursuivent ; puis ils courent ; et tout haletants couverts de sueurs, ils racontent en tremblant le lendemain ce qu’ils ont vu. Et le crédule vulgaire de s’ébahir et de trembler. Mais les gens sages savent à quoi s’en tenir sur toutes ces choses. De quelques faits isolés vous tirez des conclusions générules. De ce qu’un malheureux a été aperçu ivre au coin d’une rue, vous ne voyez plus que des ivrognes partout ;—et, parce que vous avez connu une famille infortunée, ruinée par la boisson, “ous croyez naïvement que c’est le
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‘ peuple Canadien tout entier qui chancelle d’ivresse, “ et qui s’en va, se noyant dans une mer de rum..…..?”?
Ah! plût à Dieu que ce que nous avons dit des maux que la boisson nous fait, fût exagéré ! Oui, de tout notre cœur, nous donnerions jusqu’à la dernière goutte de notre sang, pour que les malheurs sans nombre, pubiics et particuliers, pour que la ruine de tant de familles, la désolation et les larmes de tant de pauvres femmes, la dégradation et la perte de tant de milliers de jeunes gens, la damnation de tant d’âmes, fruits amers, immédiats et journaliers de l’usage des boissons fortes en ce pays, ne fûssent que des exagérations...
Mais l’erreur et même l’exagération sont devenues choses impossibles. Nous devions à notre pays, nous nous devions à nous-même, de ne négliger aucun moyen permis de connaître la vérité, et de la connaître tout entière. Or, rien ne nous paraissait plus loyal et plus court, pour parvenir à notre but, que d’écrire à nos vénérables confrères et à tous nos compatriotes en général, pour les prier de nous éclairer de leurs conseils, de nous venir en aide, et de nous faire connaître ce qui pouvuit se dire des désordres qu’entraînaient après elles, dans les différentes localités, les boissons fortes.— C’est ce que nous avons fait, sans égard aux clameurs de lu calomnie, ni aux conseils des timides.—Et quelles réponses avons-nous eues 7...
Nous ne pouvons vous répondre,” nous a-t-on écrit d’un grand nombre de lieux différens, “ car si ‘“ mous vous disions les folies journalières, les orgies, “ les crimes, les malheurs de tout genre qu’enfantent
‘ les boissons parmi notre peuple, nous aurions trop l’air d'écrire un libelle ; ainsi nous prenons le parti de garder le silence sur ces choses, et nous vous con-
# seillons fortement d’en faire autant.”?
D’autres confrères, et des laïcs de la plus haute respectabilité, nous ont décrit, d’une main tremblante, des choses à faire verser des larmes de sang,.en nous conjurant (quoique ce fût public dans leurs localités)
de n’en rien dire duns le Manuel de Tempérance, pour ne pas blesser telle et telle paroisse ou telle et telle famille.
En résumé, que nous a-t-il été possible de conclure de ce qui nous a été communiqué de mille endroits divers, si ce n’est que la boisson fait encore plus de ravages, plus de mal à notre peuple que nous ne nous Pétions d’abord figuré ?
‘6 Les Marchands de ma paroisse,” nous écrivait un vénérable Prêtre, ‘“ ont vendu pour quatre-vingt mille piastres de boissons fortes depuis vingt ans, et on n’a pas eu le moyen de soutenir deux bonnes écoles sur un pied permanent et respectable depuis ce tems !”
Un Marchand nous écrivait d’une autre paroisse : ‘ Depuis quinze ans Jj’ai vendu, année commune, entre huit et dix tonnes de boissons fortes ; six autres Marchands en ont débité au moins autant. Plusieurs Commerçans ont fait ici une assez belle fortune, mais les pauvres habitans sont ruinés, et ne se relèveront que difficilement !”
‘6 J’en aurais bien long à vous dire,” nous écrivait un commerçant respectable, ‘“ si je vous racontais tout le mal que la boisson a fait à ma paroisse. Je me contenterai de vous dire que, seulement depuis vingt ans que je suis établi ici, il y a plus de 60 habitans, et des plus riches, qui ont été obligés de tout vendre; dont les enfans, en partie, sont sur le chemin, et qui seraient encore assurément à leur aise et maîtres chez eux, s’il n’y avait pas eu de boisson !......??
“Vous désirez connaître le mal que la boisson a fait”? nous écrivait encore une Dame: ‘“ Vous savez à peu près ma triste histoire. Ah! Monsieur, si je vous en rappelle le souvenir, c’est pour vous conjurer de continuer à en détruire le règne. On ne comprend pas assez, en général, le mal qu’elle fait tous les jours. Il faut avoir été la femme d’un mari adonné à ce malheureux vice de l’ivrognerie pour savoir ce qui en
est... J'étais jeune, riche et heureuse chez mon père,
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lorsque mon époux me demanda ma main. Ses biens pouvaient monter à detit mille louis, et je lui en donnai neuf cents le jour de notre mariage. Comme vous savez, Monsieur, je suis réduite aujourd’hui à la dernière misère, et il me fant souvent tendre la main à Paumône qu’on me donne, et manger le pain de la charité !.… Mon mari a tout dépensé, tout bu avec ses amis dans l’espace de vingt ans que nous avons vécu ensemble, et mes pauvres enfans n’ont pu recevoir d’éducation. Les deux ainés sont partis pour les Etats- Unis ; il y a huit ans que je n’en ai entendu parler. Croyez-moi, Monsieur, il y a plus de douleur, plus de larmes à vérser qu’on ne saurait :re, dans une vie comme la mienne. Encore si j’étais seule! Mais je connais bien des femmes qui sont à peu près dans les mêmes circonstances que moi. Que le bon Dieu vous bénisse donc, et vous accorde la grâce de réussir dans votre pienx et généreux dessein, Mes petits enfans prient, tous les jours, le bon Dieu pour vous !”?..…..
I est impossible de tout citer. Encore une fois il faudrait des volumes pour dire ce que la boisson fait verser dé larmes, ruine de familles, paralyse de bonnes œuvres et fait commettre de crimes en Canada, dans le court espace d’une année !
Il ne se passe presque pas de semaines sans que les journaux n’aient quelques événemens déplorables en ce genre à nous raconter, et cependant on sait que les familles, les amis ont soin de les tenir secrets autant que possible, et que la plus grande partie échappe à la publicité. Ces jours derniers encore, voici ce que nuus lisions dans les colonnes de la Revue Canadienne :
‘ Le nommé Edouard O’Neil a assassiné sa femme et cinq de ses enfans, puis ils’est tué lui-même sur les cadavres de ses victimes. Une fille de seize ans seule à échappé à ce massacre horrible. Cette homme avait l’habitude:'de l’ivrognerie, et lorsqu'il a commis soi dérmièr crime, il étuit plongé dans l’ivresse la plus profonde.”
-—-AÀ quelques: jours d’intervalle, le même journal
126 MANUEL DE LA rapportait la fin tragique et, lamentable d’un autre ivrogne, tombé raide mort dés une auberge.
Nous sommes loin de savoir tout ce que la boisson a causé de malheurs depuis six mois, Cependant la multiplicité des faits enregistrés dans ce court espace de tems, et que nombre de Prêtres ou des concitoyens de la plus haute respectabilité ont bien voulu nous communiquer, est véritublement effrayant, et la plupart sont accompagnés, comme toujours, des circonstances les plus déplorables. Nous ne somme embarrassés que sur le choix, et nous prenons rresqu’aun hasard :
“ S’il y a un Dieu pour les ivrognes,”? nous disaiton dernièrement, ‘“ c’est un Dieu bien terrible. Deux de nos habitans les plus murquans viennent d’en faire une épouvantable expérience. Ils revenaient tous deux de la ville tellement ivres qu'ils ne pouvaient plus conduire leurs chevaux. Arrivés à un endroit où le
chemin passe sur le hord de la rivière, les voitures ont versé : nos deux malheureux ont été précipités à l’eau
et s’y sont noyés !??
, —“ François.……, était allé avec sa femme à une paroisse voisine, faire visite à un parent; tous les deux montèrent dans la voiture pour s’en retourner, aussi ivres que possible. Les chemins étaient très mauvais: une pluie de trois Jours consécutifs les avaient couverts d’eau et de boue; et la voiture était traînée avec une grande vitesse à travers les ornièr:s, par un cheval fougueux que ne pouvait plus maîtriser la maiu impuissante de son maître...
‘ Si vous fussiez passé à cette heure de la nuit dans la paroisse de, vous auriez vu une lampe éclairant, de sa pâle lueur, une maison où le bonheur et la paix ne sont jamais entrés. Quelques enfans, assis chacun dans un coin, soupiraient et n’interrompaient le morne silence de la nuit que pour dire :.. ‘ Mon Dieu ! que “ c’est triste de penser que nos parens sont sur le che- ‘ min dans une nuit aussi noire: mille accidens peu- “ vent leur arriver.” Un affreux pressentiment pe-
sait sur] fin iles tendre ; plus de s couvert rette...……..
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sait sur Jeur âme, et chassait bien loin le sommeil. Enfin il est minuit! Le bruit d’une voiture se fait entendre ; elle s’arrête à la porte..……, mais elle n’avait plus de siège. Les enfans aperçoivent leur père, seul, couvert de boue, étendue au fond de sa petite charrette..…….. % Où est notre mère ? crient-ils tous ensem- ‘“ ble? Papa, où donc est notre mère?” Le misérable, levant avec peine sa tête appesantie par l’ivresse, semble sortir comme d’un songe... ‘ Quoi ! ‘“ nous voilà déjà arrivés! Votre mère? Votre “ mère? Ah! le diuble l’a emportée, je crois; “ car elle était avec moi quand je suis parti. Mais
1‘ les chemins sont si mauvais! Et puis, elle était
“ encore plus ivre que moi.”
Ces paroles furent comme un coup de foudre pour ces pauvres enfans. Les deux plus âgés prennent une lanterne et courent à la recherche. A une demi-lieue
| de distance, ils aperçoivent un amas de boue au mi-
lieu du chemin: c’était une femme sur laquelle une voiture semblait être passée, car sa tête élait tout-à-fait plongée et cachée dans la vase. Elle était morte. C'était leur mère ! !”?
—Nous venions de faire part de la lettre de la Dame citée plus haut au Rév. Père..…., qui arrivait de précher une retraite: ‘“ Ce que cette femme infortunée vous écrit,” nous dit-il, ‘ n’est que trop vrai. La hoisson torture l’âme et le cœur de plus de femmes qu’on ne pense généralement ; cn ne peut avoir l’idée de ce qu’une femme, surtout une mère de famille, souffre de la part d’un mari ivrogne. J’en ai rencontré, dans la dernière paroisse où J'ai prêché, dont l’histoire, si e.le était écrite, arracherait des larmes. Comme j'étaissur mon départ, une de ces infortunées s’est présentée à moi, et m’a dit des choses véritablement incroyables si elle n’en avait porté des marques encore sanglantes sur elle... Son mari, non content d’avoir refusé d’assister aux exercices de la retraite, comme pour mieux braver le bon Dieu qui l’appeluit à se convertir, en avait employé presque tout le tems à
boire. Pendant son ivresse, dans un accès de fureur, il s'était jeté sur sa femme, et, après lui avoir arraché les cheveux et brisé le visage à coùps de poings, il l’avait mordue à plusieurs endroits, sur les bras, d’une manière horrible. Les soupirs, les larmes, les sanglots de cette malheureuse femme, ce visage tout meurtri, ces bras dévorés et sanglans, tout céla joint à la pensée que c’était l’œuvre d’un chrétien, et de son propre mari, que les enfans avaient été témoins de cette scène d’abomination et d’horreur....: tout cela a saisi mon âme d’une indicible tristesse. Jamais le souvenir de ce que j’ai vu là ne s’effacera de ma mémoire. Je savais déjà que la boisson était un des grands fléaux du pays, maïs j’en suis resté plus convaincu que jamais.”
—Mais qui pourre dire les angoisses, les douleurs, les cris déchirans de la femme et des enfans de F...... riche habitant canadien de..….., mais ivrogne, lorsqu'ils le tirèrent de sa voiture, pour le voir expirer, dé lu mort des réprouvés, un instant après? Il était absent depuis plusieurs jours, et grande était l’inquiétude de sa famille, car personne ne savait où il était... Chacun faisait de tristes conjectures sur lui ; on l’avait si souvent ramassé ivre, étendu le long des fossés ! Et, dans ce même hiver, il serait mort de froid si la Providence n’enut ‘pas fait passer son vo'sin, un soir, par une route peu fréquentée. Il le réléva potir moït, au milieu du chemin, à la tombée de la nuit, par un téms extrèémement rigoureux... Cette fois-ci donc, il était parti sans dire où il allait, et s'était rendu à là ville en compagüie d’un autre ivrogne.—Qüoiqu’ils etissent chacun une sommé d’argent assez rondé, soït qu’ils en eussent perdu uné partie, soit qu’on leut'eti eût Volé, comme c’est très souvent le cas, après huit joûts de débauches, il füllut songer à revenir, cat là botirsé était vide. D'ailleurs, commé on peut bien’ le supposer, ils étaient épuisés... Il leur restait cépéndatit asséz d’argent entoré' pour! s'énivrér üné dernière’ fois, et ils partent dela ville à peu près shhs cotinaissancé, stir-
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moment qu’elle v la soulag cœur: Î dinaire, silence.
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douleurs, s de F......
, lorsqu’ils rer, dé lu tait absent wiétude de ... Chacun ait si sou- ! Et, dans la Proviir, par une oït, au mir un tems mc, il était 1 à la ville ils evissént soit qu'ils "en eût Vouit joùts de jotirsé était ippôser, ils asséz d’arfois, :et ils sancé, sûür-
| pierres.
| tout le malheureux F..... Ne pouvant plus se soutenir,
il s'était étendu de toute sa longueur dans le traineau..… Les chemins étaient dans un très mauvais état. Ils étaient remplis de cahots que la pluie de la veille, suivie d’un grand froid, avait dub comme des Le cheval, qui était fougueux et n’avait rien fait depuis plusieurs jours, impatienté par ces cahots; a bientôt pris sa course ; en un clin d’æil il a franchi
| les cinq lieues qu’il lui fallait parcourir.
Il se faisait déjà nuit, et l’infortunée femme n’attendait plus son mari ce jour-là. Quoique, dans les dix-huit années qui s’étaient écoulées depuis qu’elle était mariée à un ivrogne, elle n’eût jamais eu un
| jour de bonheur, son âme était encore plus triste en ce
moment que de coutume. Les larmes abondantes qu’elle versait ordinairement, n’avaient pu couler pour la soulager, et elle sentait un poids immense sur son cœur: Les enfans étaient aussi plus abattus qu’à l’ordinaire, et ils avaient passé la journée dans un morne silence. La douleur de leur mère, ses soupirs continuels, le désordre de la maisun que personne n’avait eu le courage de remettre dans son état de propre‘é ordinaire ;—la conduite infâme de leur père, surtout depuis un an; ses absences qui devenaient de plus en plus f'équentes, tout leur rendait la vie ennuyeuse et insupportable... Et l’aîné d’entre eux, si l’amour de
{sa bonne et douce mère, dont il partageait et parfois
calmait les douleurs, ne l’eut retenu, aurait depuis longtems quitté le pays.
Enfin la voiture arrive à la porte, et chacun sort. Ils prennent leur père dans leurs bras, et le rentrent dans la maison... :
Femme chrétienne, couvre ta tête de deuil! cœur si sensible et si bon, te voilà au comble de tes douleurs! ce que tu redoutais tant viert d’arriver! l’épouvantable châtiment, que ta foi voyait depuis si longtems suspendu sur la tête de ton infortuné mari, et dont tu lui as mille fois parlé avec des paroles si pleines de douceur et nus est tombé sur lui! Il
vient de mourir ivre!!! Et vous, pauvres enfans, faites retentir l’air de vos gémissemens, de vos cris de douleur. Uu glaive tranchant vient de percer vos cœurs, et il n’en sera jamais arraché.
triste, désolante, empoisonnera désormais votre vie. Tous les jours vous aurez à vous dire: Mon pére est mort ivre ! !
Voisins, et vons surtout qui avez été les complices de l’ivrogne, venez voir comment il a fini! Sa figure est couverte de saug, sa tête est brisée comme si on l’eut frappée violemment de mille coups de martenu. À force de se heurter contre les barres du traineau dans les cahots, elle s’était défancée!!. L’epanchement du sang dans le cerveau avait tué 1’1- VROGNE !
—Dieu a toujours haï les ivrognes: de tous tems il les a punis bien sévèrement. Mais jamais il ne les a frappés d’une maauière aussi terrible que dans ces derniers tems.
En novembre dernier, un ivrogne avait laissé son cheval dans une étable, à la Pointe-Lévy. Il va pour le visiter et le tourmenter, suivant sa coutume: mais Panimal se jette sur son malheureux maître, le renverse, et se pliant les jambes de devant, il se met à genoux sur sa poitrine c'mme pour l’écraser. C’est en vain que le malheureux ivrogne crie, se débat, fait
mille efforts pour s’arracher. L’animal furieux le saisit avec ses dents, l’arrête entre ses jambes, le foule et l’écrase sous le poids de son corps... Enfin on accourt.. Et c’est avec bien des difficultés qu’on l’arrache aux dents de son terrible adversaire. Il n’était plus reconnaissable. Le cheval lui avait horriblement mordu le visage. Le corps eutier n’était qu’une plaie Les deux bras avaient été cassés ou plutôt broyés sous les dents de l’animal..... tellement qu’il fallut tout de suite en couper un. Le lendemain, il fut nécessaire de le couper encore plus haut. Mais les soins devaient être inutiles, car Dieu voulait donner un nouvel exemple aux ivrognes.… La
Une pensée}
Pauline pue, da à l’hôpi!
—Leé ivre dar meurt a] SI paroisse même “ Une sage des la refuse ner?” à acheter prendre venaien acheter 4 tombe —Le le Ven 4 revenait femme,
sans po s'était ]
chaise.
ac COM pi blante,
uvre 1
res enfans, » vos cris de
gangrène, s’étant mise dans les plaies, après trois jours des plus cruelles souffrances, l’ivrogne paraissuit devant son redoutable Juge !
A —Trois jeunes genn buvant dans une auberge de
Montréal, tenaient des disconrs impies et libertins. “ Buvons à la santé du Dreu NÉANT !” dit l’un d’eux; 1 et il se lève pour boire... Mais il n’avait pas vidé son ï verre, que la main de Dieu l’avait renversé mort aux pieds de ses compagnons !
Maudite boisson !
…—Le 28 octobre dernier, une femme, du nom de Pauline St, Germain, est ramassée ivre, complètement nue, dans une des rues de Montréal. On la transporte à l'hôpital où elle expire quelques heures après.
—Leé lendemain, uné autre malheureuse est tronvée ivre dans une autre rue. Conduite à l’hôpital, elle y meurt après une affreuse agonie.
4 Dieu vient de donner un terrible exemple à ma paroisse et à tous ies ivrognes,”” nons disait, vers la même époque, un curé des environs de Montréal. ‘ Une malheureuse, adonnée depuis longtems à lusage des boissons fortes, en demande à son mari, qui . la refuse. Furieuse.…. ‘tu ne veux pas m’en don- ! ner!” dit-elle, “ je trouverai bien de l’argent pour en, acheter !”” Elle court au kord de la rivière pour y prendre dans un petit réservoir, quelques poissons qui venaient d’être pris... Elle voulait les vendre pour acheter de la boisson. Arrivée au bord de l’eau, elle y tombe morte !”?
r-] —Le jour de Pâques, Louis..., après avoir passé e. Il n’étaitlle Vendredi et le Samedi Saints dans les auberges, vait horrible-lrevenait de grand matin chez lui. Sa malheureuse eutier n’étaitlfemme,qui n'avait fait que pleurer pendant ce teme ent été cas-Isans pouvoir prendré de nourriture ni de sommeil, . l’animal..... s'était laissé tomber à la fin de lassitude sur une uper un. Lelchaise.….. Elle entend frapper à la porte des coups r encore plusfaecompagnés d’horribles blasphèmes. Toute tremiles, car Dieulblante, elle reconnait la voix de son mari... Elle court, vrognes.… Lalouvre la porte: au bas du perron elle aperçoit un
ni loss isée comme ups de marrres du trairéel! L’évait tué L’1-
tous tems il
. Ilva pour aitume: mais ître, le rent, il se met à raser. C’est se débat, fait 1 furieux le nbes, le foule … Enfin on és qu’on l’ar-
homme étendu sans mouvement: c’était son mari! La boisson l’avait étouffé : il était mort subitement... en IVROGNE !
—Le jour de la Toussaint, cette année, on ramassait dès le matin duns une basse-cour de Montréal, une canadienne, nommée Anne Labadie qui s’y était couchée ivre pendant la nuit, et y était morte.
—Le lendemain, sur le marché de la même ville, une autre femme avait peine à marcher tant elle était ivre ; elle chancelle à chaque pas. Parmi la foule qui Ja regarde passer, les üns rient, les autres sont émus de honte, de compassion et de douleur. Elle tombe enfin sur ie pavé... On court à elle: elle était morte !.…
—Quelques jours plus tard, à Montréal, une autre femme est trouvée morte-ivre dans une écurie !
DENURS boisson qui dégrade aussi la femme et la tue !
—Dans les colonnes du Berean, de Québec, du 29 octobre ? on lit: “ Lundi dernier, le Coronaire a tenu ‘“ une enquête sur le corps d’un nommé McGlory: Il ‘ venait d’être ramassé ivre sur le marché. Trans- ‘ porté à ia première station de Police, il est mort ‘ aussitôt subitement !”
—Nous venions de débarquer sur le quai à...
lorsqu’un ami nous rencontre ; mais il paraît tout absorbé par une pensée triste.
— Qu’avez-vous donc? vous est-il arrivé quelque malheur ?..
—# Oui, un malheur bien déplorable vient d’avoir lieu... Vous rappelez-vous M...…., que vous avez “ dù connaître au Collége? Eh bien, il vient de se
noyer sous mes Yeux ; il étaitivre! Son frère, à
qui, je crois, vous avez fait la classe, n’a pas mieux
fini. Après avoir traîné les auberges pendant douze.
ans, il a été ramassé.il y a quelques mois, dans les
rues de Bytown, pour être transporté dans un hôpi-
tal, où il est mort le lendemain comme il avait vécu. Ces malheureux, qui ont hérité d’une si. belle
fortune, et qui ont partout des parens si res-:
disions velure petit a perron Com m lices el
| sur son
6 A] caire d
« jours
Nous petit or cles sur
son mari!
itement..…
on ramas-
Montréal, ui s’y était rte.
nême ville, nt elle était la foule qui sont émus Elle tombe it morte !...
, une autre arie !
emme et la
bec, du 29 naire a tenu cGlory: Il é. Transil est mort
QUAI de...
aît tout ab-
vé quelque
ient d’avoir > VOUS AVEZ vient de se Son frère, à mieux
pis, dans les
avait vécu.
e si. belle
dant douze
nsun hôpi-
ens Si res-:
pectables, ont tout perdu par la boisson.
Voyezvous cette belle propriété ? Ce n’était pas la seule
que leur père avait gagné à la sueur de son front. Eh bien ! ils n’ont mis que daleites années à la dissiper. Il est vrai que leur pauvre mère leur en avait laissé un bel exemple !......??
—Quelle figure angélique ! quel aimable enfant!
disions-nous, en passant notre main sur la blonde chevelure d’un enfant d’environ cinq ans, ou plutôt d’un petit ange, que nous rencontrâmes assis, seul, sur le perron d’une maison, près de laquelle nous passions ! Comme sa bonne maman doit l’aimer !
lices elle doit éprouver à le presser mille fois le jour | sur son cœur !
Quelles dé-
‘ Ah! Monsieur,” nous répondit M. le Grand-Vi-
caire de.…., qui nous fesait l’honneur de nous ac- Mr done ‘“ sa mère, la pauvre et digne femme !
a été enlevée d’une manière bien tragique aux caresses de ce cher enfant. Au lieu de presser ce petit ange contre son cœur,elle n’a plus que des vers et de la pourriture sur son sein. car elle est morte
‘dernièrement !... Ce charmant enfant a été ra-
massé dans la rue, et doit sa subsistance à la charité du brave homme que nous venons de rencontrer.
‘ Voici en peu de mots la déplorable fin de ses parens :—Son père, qui était pauvre, maïs honnête homme s’il en fut jamais, avait un ivrogne pour voisin. Un jour qu’il voulait l’empêcher de faire son tapage. ordinaire pendant son ivresse, il en fut cruellement mordu... La plaie s’est envenimée ; et malgré les soins des Docteurs, il est mort après une semaine d’horribles souffrances... Sa jeune femme qui était une de ces âmes douces, sensibles et aimantes que la peine tue, n’a pu survivre à son mari.
‘ Elle est morte de langueur et de chagrin quelques
jours après.” Nous regardions avec un nouvel intérêt ce pauvre
petit orphelin. Ses blonds cheveux tombaient en. boucles sur ses épaules, mais on voyait que ce n'étaient
pas les mains d’une mère qui les avaient tressés. On eut dit qu’une triste pensée avait déjà flétri son beau front si blanc. Ah!sa douce maman n’était plus là pour le couvrir des mille baisers du plus pur et du plus saint amour, après celui de Dieu. Son bel œil, avec une indicible expression de douceur et de mélancolie, se fixait sur nous comme pour nous interroger et dire : “ Je suis un pauvre orphelin... Maman, ma bonne
et chère petite maman m’a abandonné, et je ne sais
pourquoi... On m’a dit qu’elle était morte. Ah! * si vous la voyez, dites-lui donc qu’elle revienne.
Dites-lui que je l’aime toujours... La dernière fois
que je l’ai vue, elle était couchée sur des planches ;
je l’appelai, et elle ne me répondit pas! Je vou- “ lus l’embrasser, mais elle ne m’a pas souri, elle ne ‘ m’a pas tendu ses bras comme de coutume !..….. ‘ Pourquoi donc ne revient-elle pas m’endormir sur son sein ?.. Je ne la trouve plus à mon premier réveil qui me sourit et me presse contre son cœur... " Je. suis seul! Mon papa m’a aussi abandon-
né! 1...
Pauvre et cher petit orphelin... ‘triste victime de la boisson ! que le bon Dieu te protège! mnrmurâmesnous en le quittant. Notre cœur était gros de douieur ; notre bouche laissait échapper des paroles de malédiction contre la boisson qui rend l’homme homicide et jette tous les jours l’enfant sans protection sur le pavé des rues; et nous disions à Dieu : “ Seigneur, “ qui avez promis d'écouter la prière de ceux qui vons “ invoquent, accordez-nous la grâce de voir finir parmi nous le règne de la boisson ; car elle est ‘ maudite : elle sépare l’époux de sa femme et letne ; __elle change l’homme en un animal eruel et stu- ‘ pide ;—elle enfonce lentement le poignard au cœur de a jeune femme ;—elle arrache la mère des bras “ de ses enfans, torture son âme de toutes les angoisses, ‘ et lui rend amer ce que Dieu lui avait donné si
‘ doux, l’époux, la famille, la vief La ‘boisson est
‘4 maudite ; car, après avoir ôté à l’enfant père et
liberté conséq vôtres
essés. On ri son beau ait plus là "et du plus 1 œil, avec mélancolie, rer et dire :
ma bonne t je ne sais rte. Ah!
| revienne.
ernière fois s planches ; Je VOUuri, elle ne itume !.....
dormir sur premier ré- )N CŒUl eee abandon-
time de la rmurâmesos de douparoles de nme homiotection sur ‘ Seigneur, ux qui vons
voir finir ar elle est e et letue ; ruel et sturd au cœur re des bras & angoisses, it donné si
boisson est
ant père ot
SOCIÉTÉ DE TEMPÉRANCE. 133 # mère, elle ne lui laisse pour héritage que l’opprobre “ et les larmes. Seigneur, faites que tous ceux qui “ ontuncœur chrétien parmi nous soient remplis d’une “ immense horreur de la boisson, qu’ils la maudissent, “ et s’entr’aident à en détruire l’usage.”?
Généreux chrétiens qui, pour l’amour de J.-C. et de vos frères, avez fait le sacrifice des boissons, souvenez-vous que vous avez deux espèces d’adversaires à redouter contre les saints efforts que vous faites pour gagner de nouveaux membres à la Société de Tempérance. Les premiers vous attaqueront de front et vous diront de suite, franchement, qu’ils aiment leur liberté, leurs plaisirs et surtout la boisson; que, par conséquent, ils sont bien décidés à ne jamais être des vôtres ;—ceux-là ne sont pas dangereux, car ils sont au moins honnêtes et francs... La seconde espèce est plus à craindre ; de ceux-ci, surtout, vous devez vous défier, et devant eux ne jamais reculer. Te nombre en est très grand ; plusieurs même se sont déjà enrûlés dans les Sociétés de Tempérance, ou sentent la nécessité de le faire bientôt, à cause de leur position ou de certaines circonstances dont ils ne sont pas toujours les maîtres ; ils sont les Judas de la Société. Ils commencent ordinairement par vous applaudir. Ils admirent, disent-ils, votre zèle, vos succès ; seulement ils ne voient pas que la boisson fasse autant de mal qu’on le dit. Ils se pâment d’amour pour la vérité, et n'aiment pas les exagérations ‘“ Prenez garde,”* vous répètent-ils sans cesse, “ avec toutes ces exagé- ‘ rations vous faites plus de mal que de bien à la So- # eiété de Tempérance.”?
Mais alors, pour prouver qu'il n’y a rien d’exagéré dans les maux que vous attribuez à la boisson, vous en appelez à l’argument des argumens, vous citez des faits... des faits nombreux, récens, et qui se sont passés à leur porte, et quelquefois dans leur propre fa. mille. C'est alors que, voyant leurs ruses démasquées, ils se bouchent presque les oreilles d’horreur. À leurs eux vous n'êtes plus qu’un misérable: ‘ Ne vau-
drait-il pas mieux, s’écrient-ils, ensevelir toutes ces ‘choses dans l’oubli? quels droits avez-vous de pu-
blier des faits qui peuvent compromettre, indisposer ?
etc.”
Ne vous en laissez pas imposer par toutes ces clameurs. Pour inspirer partout l’horreur des boissons fortes, citez sans crainte tous les faits que vous connaissez à leur charge. Pourvu qu’ils soient arrivés au su et au vu de toute une localité, ils sont du domaine du public. Cachez Jes noras propres, autant que possible, mais le fait public-est votre propriété : c’est la Providence qui vous l’a fait connaître pour vous inspirer, à vous et aux autres, le dégoût et l’horreur de la boisson...
Ricn de plus funeste que ce système de secret qui,
sous le manteau de la charité, empêche la vérité d’être.
connue, quandil ne faudrait souvent que la publier pour arrêter le mal. :
. Ah! sile peuple canadien savait ce quise passe aujourd’hui dans son sein, au sujet des boissons ; si des calculs justes, faits dans chaque localité, lui raiettaient chaque année sous les yeux ce que la boisson lui coûte d’argent et de larmes ; si, comme nous, il voyait Ja plaie hideuse qui le défigure, et ternit l’éclat de ses plus belles vertus ; s’il apercevait le chancre qui lui dévore les entrailles, il serait saisi d’horreur, et prendrait avec énergie les moyens que la Providence lui vffre d’arrêter le mal avant qu’il devienne incurable. Nous ressemblons à des hommes qui, apercevant le feu au milieu de la ville, empêcheraient de sonner l’alarme. Nous voyons le mal grandir, et non contens de garder le silence, nous voudrions l’imposer aux autres. Mais un pareil silence n’est-il pas un crime ? La citadelle est cernée : l’ennemi est anx portes. 11 forme et grossit ses rangs, prépare de nouvelles batteries ; déjà de larges brêches sont faites aux murs; et nous ne jetterions pas le cri d’alarme ! et nous n’appellerions pas tout le monde au combat ! !
Voici ce que nous écrivait, le 23 novembre dernier,
St. Rocl causés ] cru ; no!
frayant, raient, c de St. R a-t-il qu
| étranger
à l’outra vice de
Canada, valise av brutales d’une pe patriotiq fable Ju
toutes ces us de pundisposer ?
>s ces cla- >s boissons vous conarrivés au \ domaine t que pos- 6: c’est la vous inshorreur de
secret qui, érité d’être.
Ja publier
e passe auns ; si des riettaient boisson. lui s, il voyait éclat de ses qui lui dé- , et prenvidence lui incurable.
brcevant le de sonner bt non connposer aux un crime ?
portes. 11 elles battek murs; et us. n’appel-
e dernier,
un médecin des plus distingués et des mieux informés de Québec: ‘“ Vous ne sauriez croire combien “ l’ivrognerie fait de progrès parmi le peuple. Il y a ‘ une réaction des plus déplorables. Tout le monde en est témoin, tout le monde en gémit ; et personne, * cependant, n’ôse élever la voix pour la signaler et la combattre.
Dimanche dernier encore, deux malheureux ont été victimes de leur internpérance. L’un d’eux est mort dans une auizrge. Sa mort a été si subite, qu’il n’a pu avoir aucun secours ni de la religion, ni de la médecine. L’autre a été ramassé dans ’a rue et déposé dans un fournil pour y expirer, un instant après, d’une congestion cérébrale, causée par la boisson. Un troisième ivrogne est tombé hier dans un puits et s’est noyé. Ces trois malheureux, frappés par la mort dans leur ivresse, ont été mis dans un coin du cimetière. Témoin oculaire des désordres journaliers et toujours croissans que cause l’usage des boissons fortes parmi notre peuple de la ville et des campagnes, je gémis profondément.” Si nous pouvions faire connaître seulement la moitié des dépenses de la ville de Québec et du Faubourg St. Roch, et peindre les maux sans nombre qui y sont causés par les boissons fortes, nous serions à peine cru ; nous aurions à faire un tableau vraiment effrayant. Mais nos larmes et nos sanglots nous arrêteraient, car nous aimons ces populations de Québec et de St. Roch de tout l’amour de notre âme. Mais n’y a-t-il que ce malheureux peuple, déjà si souvent et si | étrangement visité par la main de Dieu, qui continue à l’outrager en se plongeant, plus que jamais, dans le vice de l’ivrognerie? Non; la nouvelle capitale du Canada, la grande, riche et belle ville de Montréal rivalise avec son aînée, et la surpassera bientôt par ses brutales orgies..., par la sale et dégoutante ivrognerie d’une partie de ses habitans. Ecountons la voix si patriotique d’un de ses premiers Magistrats, l’hunofable Juge Mondelet, dans son discours prononcé de-
vant les jurés du dernier terme, sur ce qui se passe en ce moment à Montréal...
“ Si l’on considère que l’éducation et la tempérance ont fait des progrès si rapides, qu’il est peu de personnes qui n’aient foi au triomphe éventuel de l’une et l’autre cause, l’on ne doit guère désespérer de voir l’état actuel de notre société subir un changement total. Mais, Messieurs, le plus tôt qu’il aura lieu, sera le mieux, car si l’on ne rencontre que de l’apathie, là où il doit y avoir de l’énergie et de
l’activité, nous ne serons pas seulement station-
naires, nous rétrograderons inévitablement. C’est donc un devoir impérieux, pour chaque citoyen, d’aider à effectuer une réforme que l’on demande à grands cris. L’abus révoltant auquel nous faisons allusion, a sa source dans le grand nombre de lieux, en cette cité, où l’on permet à ceux qui y sont enclins, de se livrer à leurs penchans pour l’usage des boissons enivrantes. Le nombre des auberges, surtout de celles dont il est presque impossible de donner une description fidèle, est très-grand ; et le mal qu'elles produisent EST INCALCULABLE! C’est à ces antres d’immoralité, d’orgies et de débauches, qu’il faut rapporter ces émeutes nocturnes, ces tumultes et ces scènes effrayantes qui, depuis quelque tems, ont soulevé l’indignation du public, après l’avoir scandalisé et profndément affligé ; c’est dans ces repaires de désordres que vont se perdre le fruit d’un travail sontenu et ce qui était destiné £<t nécessaire au soutien d’une épouse, d’une mére vertueuse et économe et de pauvres enfans! C'est là
‘ que l’homme s’avilit, et que le sentiment comme la
honte l’abandonnant, il cesse de se respecter, et finit par devenir insensible aux malheurs de ses semblables, à proportion qu’il ferme l’oreille à ses propres inté:êts. Que les crimes et les désordres augmentent, c’est ce dont personne ne doute : qu’il soit nécessaire de signaler hautement un état de société aussi déplorable, afin qu’on y apporte un remède
“ prom} & homn “ le bie ment “ gagne “ parlan “ penda avec : il n°y ‘ presse l’on a a don:
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SOCIÉTÉ DE TEMPÉRANCE. 139 prompt, judicieux et énergique, c’est ce dont tout homme éclairé et clairvoyant, et qui a à cœur le bien-être de son pays, conviendra aussi facilement qu’il le ressent fortement. La Tempérance gagne, tous les jours, du terrain, mais pratiquement parlant, il lui reste encore beaucoup à faire. Cependant, si cette cause continue à être soutenue avec autant d’habileté qu’elle l’a été par le passé, il n’y a aucune raison de craindre pour l’avenir. La presse n’a pas été en vain remuée en sa faveur, l’on a ressenti son influence, grâce à l’aide que lui a donné l’éducation sans laquelle la Tempérance ne saurait jamais devenir parfaitement efficace. Tel a été le procédé moral, son effet n’a été que partiel. Mais, à auoi bon tout cela, siau lieu d’être aidés, assistés et soutenus, les apôtres de la Tempérance sont entravés par l’ignorance d’hommes malveillans et méchans, et par la force physique et brutale? Comment peut-on espérer de jamais voir régner la vertu, la sobriété, l’industrie et la paix, si l’cn tente le peuple, si l’on met à sa disposition les moyens de fonder et soutenir des maisons de la pire sorte, où l’on perd tout sentiment moral? C’estsur ceux qui se prêtent à ces monstruosités, qu’en pèse la responsabilité : ils la partageraient cette responsabilité, s’ils se taisaient, ceux qui ont l’énergie de dire au public de se réveiller, d’ouvrir les yeux et de voir le danger qui nous menace. C’est à vous, Messieurs du grand juré, qui représentez les districts, qui en êtes l’organe, que nous faisons un arçpel qui ne demernrera pas, nous en sommes persuadés, sans son effet. Vous ne manquerez pas de vous occuper d’un sujet d’une si grande importance our la société. Plusieurs d’entre vous êtes venus es parties éloignées du district: il peut se faire que l'influence pernicieuse du mal, qui a tant grandi dans cette cité, ne se fasse pas ressentir immédiatement dans Îles localités que vous avez le bonheur d'habiter: mais pénétrés, comme sans doùte vous
1} {| dl pl!
l’êtes, de l'obligation où nous sommes tous, de faire
du bien à nos semblables, quelque soient leur cou-
leur, leur origine ou leur croyance, vous viendrez assurément de l’avant, avec l’énergie convenable,
‘ et vous vous ferez entendre de manière à ce qu’on ne s’y méprenne pas.—Si, au reste, l’immoralité qui continue à croître dans cette cité, s’étend au loin, tôt ou tard, ses effets délétères se propageront graduellement, jusqu’à ce que le vice et la désolation couvrent notre’ so].
Voilà pour nos deux grandes cités de Montréal et (le Québec...
Ainsi, dans les villes comme au sein de nos paisibles campagnes, l’irognerie fait d’affreux ravages. Partout des faits publics, partout des malheurs de tout genre attestent que la boisson est une des grandes plaies du pays, et deviendra bientôt sa plaie mortelle et incurable si, comme le dit avec tant d’à-propos lPhonnorulle Juge Mondelet, les Apôtres de la Tempérance ne sont jas aidés et soutenus partout de la parole et de l’exemple de leurs concitoyens.
‘ Vous désirez connaître les mauvais effets des ‘ boissons fortes dans le pays en général,” nous disait M. le Grand Vicaire de... ‘ Elles font du mal par- ‘ tout, et du bien nulle part. Mais voici un évène- “ ment qui semble amené par la Providence pour ‘“ ouvrir les yeux aux plus aveugles sur les maux qui ‘“ suivent livrognerie..…
“ On avait prêché, comme vous savez, la Tempé-
rance dans la paroisse de....…, mais, malgré que la
plu part de ses habitans eussent grand besoin d’en em-
rasser les règles salutaires, ils n’en firent rien, et continuèrent de boire comme de coutume.lls avaient besoin de quelque exemple, et Dieu ne lés a pas ménagés ; ils l’ont eu bon et terrible. Il n’y a que quelques jours, F....., s’en revenait ivre chez lui; malheureusement, ce n’était pas la première fois.
Sa femme veut lui faire quelques reproches, mais
ce n’était pas le bon moment, Il lui répond à sa
manie pauvr se cac de, la nord s fonda:
bien 1 des a son pr impitc vait & craind Mais « toutes 11 En pour a ne de:
venge Lorsq:
avec fi l’embi alors d terms .
‘étendr sembl:
que la l’enve 66 Le trouva ‘ cinés.’ Voyag non loin garde à t la maisoi signe ton entendra gémisser semblera - Et, por
15, de faire t leur cous viendrez nvenable, à ce qu’on mmoralité s'étend au ropageront désolation
itréal et de
nos paisi- X ravages.
urs de tout es grandes ie mortelle d’à-propos le la Temrtout de la
effets des nous disait u mal parun évèneence pour s maux qui
n’y a que chez lui; mière fois.
ches, mais bpond à sa
manière par des malédictions et des coups. La pauvre femme n’a rien de mieux à faire que d’aller se cacher dans un coin de l'écurie. La nuit était froi. de, la terre encore couverte de neige, -et le vent de nord souffait avec force. Etouffée dans ses sanglots, fondant en larmes, cette malheureuse dut trouver bien longues les heures qu’elle passa ainsi au milieu des animaux qui étaient meilleurs pour elle que son propre mari. Enfin, pensant que son cruel et impitoyable bourreau était endormi, et qu’elle pouvait s’en retourner à la maison ans avoir à craindre de nouveaux coups, elle rt de l’étable…. Mais quel spectacle, juste ciel! Le feu sortait par toutes les issues de la maison !.…..
En un moment les voisins accourent de tous côtés pour arrêter l’incendie. Mais il était trop tard. Ils ne devaient être là que de nouveaux témoins des vengeances que Dieu exerce contre les ivrognes. Lorsque ia porte fut consumée, le vent qui soufflait avec fureur, s’engouffra dans la maison et augmenta l’embrâsement. La flamme et la fumée, poussées alors dans différentes d'rections, laissaient voir de tems en tems le cudavre de l’ivrocnt. Il était ‘étendu sur des monceaux de charbons ardens et semblait nager dans une mer de feu... On eût dit que la flamme, après l’avoir léché, prenait plaisir à l’envelopper comme dans un linceul.
“ Le lendemain, lorsque tout fut éteint, on ne trouva plus que quelques ossemens noircis et cal- ‘ cinés.”? | Voyageur, quand tu passeras dans le village de... non loin de la demeure du Dieu des vengeances, regarde à ta gauche, et tu verras les restes noircis de la maison de l’ivrogne. Et, si c’est la nuit, arrête-toi : signe ton front de la croix du Christ, et écoute... Tu entendras d’abord comme des soupirs, puis de sourds gémissemens ; et la terre, tremblante sous tes pieds, semblera prête à s’entr’ouvrir.
- Et, pour que ton br v ne s’arrête pas glacé par la
terreur et la mort, signe encore ton front de la croix du Christ... Ecoute... et tu entendras comme une voix plaintive sortant des entrailles de la terre... et cette voix dira: ‘“ JMaudite boisson ! tu as cuusé tous “ mes malheurs... Maudite boisson ! tu m’as rendu mauvais fils, mauvais père, mauvais époux, mauvais citoyen, mauvais chrétien... Maudite boisson ! tu as répandu le deuil, la désulation et l’opprobre sur ma femme, mes enfans, ma paroisse... Tu nas perdu! Qu’elle soit à jamais maudite sur la terre comme elle l’est dans les enfers, la boisson qui m’a fait tomber ivre aux pieds de mon terrible et souverain Juge !......? / Voyageur, si le sou lugubre de ces paroles te fait trembler tes membres ; si tes dents s’entrechoquent malgré toi, et qu’une sueur froide coule de ton front jusqu’à terre, pense à l’Ange que Dieu t’a donné pour compagnon de ton pélérinage. Il a ordre et pouvoir de te défendre. Arme-toi, pour la troisième fois, du signe sacré et tont-puissant de la croix, car tu as encore une
grande leçon à recevoir... Ecoute, ce n’est plus une voix seule que tu vas entendre, mais ton âme va être épouvantée par le son confus de mille voix... Tu errtendras des hurlemens, et comme un affreux concert
de blasphômes et de malédictions.. “ Maudite soit à “ jamais la boisson qui nous a rendus mauvais fils, ‘ mauvais pères, mauvais époux, mauvais citoyens, “ mauvais chrétiens !.…. Qu'elle soit maudite au ciel ‘6 et Sur la terre, comme elle l’est aux enfers, la bois- “ son qui nous a perdus !......??
Puis il se fera un grand silence.
Voyageur, éloigne-toi promptement de ce lieu d’horreur; car l’Ange de la colère de Dieu a passé là, avec
son glaive de feu, pour frapper lPivrogne et le faire | disparaître... Et, de quelque côté que tu diriges tes }
pas, répète partout ce que tu viens d’entendre: AMaudite soit la boisson. qui rend l’homme mauvais fils, mauvais père, mauvais époux, Mauvais citoyen, mauvais chrétien! Maudite sait la boisson au ciel et sur la terre, comme elle l’est aux enfers !
Cana les, pai:
jurons «
Vous tueuses.
vos tab.
précieu et vos nuages avant-c vous ré!
Votre des larr que not employ.
ruine e!
Ne v Thecel..
biens vo
Une :
sur les :
tin. Se qui rer campag pesé, j’a votre ivr arrachés
Oui, que nou change vous, va demeur Vous en donne :
sauront
ls vi lés pou Ecossais tés; ils
Canadiens de tous les états, riches citoyens des villes, paisibles habitans des campagnes, nous vous con-
la croix du e une Voix
rre.……, et R jurons de regarder l’abîme ouvert devant vous ! cuusé tous Vous riez, vous chantez, vous faites des noces sompn’as rendu tueuses. Les boissons de toute espèce inondent encore joux, mau- RE vos tables; l’Europe fournit à peine des étoffes assez üte boisson ! E précieuses, des modes assez élégantes pour vos femmes pprobre sur et vos filles !… Mais ne voyez-vous pas de sombres , Tu nvas E nuages charger votre horizon? ce sont les funestes ur la terre E avant-coureurs des tempêtes qu’un avenir prochain on qui m’a E vous réserve ? !
ble et sou- Votre joie, votre inconcevable sécurité font verser
des larmes à ceux qui vous aiment. Pour vous dire ce que notre âme éprouve de tristesse, il nous faudrait
e fait trem-
ent malgré E employer les paroles des Prophètes pleurent sur la ont jusqu’à È ruine et la désolation du peuple infidèle.
our compa- Ne voyez-vous pas écrits partout l’frayant Mane… avoir dete E Thecel... Pharès…. J'ai tout pesé. Tout compté. vos
biens vont être divisés, donnés à d’autres!
Une main invisible traça cette formidable sentence sur les murs du palais de Balthazar, à son dernier festin. Serait-elle donc invisible aussi pour vous la main , qui retrace, en caractères de feu, sur vos villes et vos campagnes, ce terrible Mune… Thecel.… Pharès ?—J'ai pesé, j’ai compté vos iniquités, vos folies, votre orguel, votre ivrognerie.—En punition, vos biens vont vous être arrachés pour passer en des mains étrangères ?
Oui, c’est le cœur plein d’une inexprimable douleur que nous vous l’annonçons: avant peu d’années, si un changement prompt et uuiversel ne s’opère parmi vous, vous serez chassés de vos maisons, et vos enfans y demeureront en qualité de serviteurs et d’esclaves . Vous employez, pour offenser Dieu, les biens qu’il vous i donne il; vous les ôtera pour les donner à d’autres qui ) sauront en faire un meilleur usage.
| [ls viennent déjà ceux que Dieu a choisis et appelés pour vous punir et vous dépouiller. Anglais, Ecossais, Irlandais, Américains, accourent de tous côtés; ils s’avancent comme une armée rangée en
is, du signe encore une st plus une me va être ss TU eneux concert udite soit à auvais fils, is citoyens, dite au ciel ers, la bois-
el et: sur la
bataille. Il pénètrent déjà partout... A la hardiesse de
leurs plans, à la puissance de leurs volontés, on dirait |
qu’ils sentent en eux-mêmes qu’ils ont une mission
divine à remplir,et qu’un secret instinct leur dit qu’ils À seront bientôt partout les maîtres, et vous les esclaves. |
C’est une guerre de destruction qu’ils ont ordre de Dieu de vous faire. Mais c’est une guerre noble et loyale de leur part; car le plus grand nombre n’a
d’autres armes que l’industrie, la banque d’épargnes, |
l’amour dt travail, la frugalité, la persévérance qui
surmonte tous les obstacles, mais par-dessus tout l’ar- | deur pour s’instruire et donner à leurs enfans la meil- |
leure éducation possible.
Comment résisterez-vous à la lutte terrible qui se prépare partout et qui déjà même est commencée sur |
plusieurs points du pays? vous sunccomherez... car vous n’aurez à opposer que vos éternelles divisions, vos procès ruineux, votre orgueil, votre luxe insensé,
l’état stationnaire de votre agriculture, votre apathie |
pour lPéducation, votre oubli des lois de Dieu, votre frivolité, votre amour des plaisirs, et par-dessus tout votre penchant pour les boissons fortes qui épuisent tous les ans vos ressources, et vous ôte le tems, la pensée et les moyens de faire aucune amélioration autour de vous.
Canadiens, le tems des joies folles, des dépenses
inutiles, des noces et des festins ruineux, du luxe et }
de la boisson est passé pour vous, ou vous êtes perdus:
L’heure du travail, de l’industrie, de la religieuse et |
stricte économie, de l’union et de la concorde, de la
pénitence et du retour sincère à Dieu, est sonnée. Pre- | . neZ garde de ne pas comprendre ce que la Providence £
veut de vous en ce moment.
Déjà ln hache qui doit vous frapper est levée. Déjà | l’œuvre de votre anéantissement est commencée. Vos !
anciennes familles les plus nobles, les plus riches, les plus influentes disparaissent rapidement tous les jours.
……. Comptez combien de noms illustres parmi vous | se sont éteints, seulement dans le court espace des
trente dernières années !...…,
Que bien, ] chassé:
mauoi honte |
Les
euviro
traiten qu’ils :
grandi:
rapide:
tez sot
Pou payer | sons, n du prix que Di prospe
Voye déjà de s’éleve fumée tout, ju
Cett:
contre
Cetti vos eni
Oui, ligion, toir du
Et 1 “ somn nos 0
Si v que vo
irdiesse de , on dirait Le mission |f r dit qu’ils | s esclaves. | tordre de | e noble et !
ombre n’a À ’épargnes, | rance qui s tout l’ar- | ns la meil-
nent
ble qui se nencée sur | Jerez... Car 3 divisions, ke insensé, re apathie | Dieu, votre dessus tout 1i épuisent e tems, la !
nélioration
s dépenses du luxe et | tes perdus:
ligieuse et | brde, de la nnée. Pre- Providence &
vée. Déjà | encée. Vos | riches, les s les jours.
armi vous espace des |
SOCIÉTÉ DE TEMPÉRANCE. 145 Que sont devenus vos anciens seigneurs? Combien, parmi eux, que le fouet du créancier a déjà chassés, ou chassera bientôt ignominieusement Le mauoir, #t dont les enfans devront aller cacher leur honte dans une terre étrangère 7
Les plus belles propriétés de vos villes ou de leurs environs, n’appartiennent-elles pas à des étrangers qui ne sont que d’hier parmi vous !
Ah! vous vous plaignez tous les jours de l'esprit d’envahissement de ces nouveaux venus; vous vous indignez du souverain mépris avec lequel ils vous traitent. Mais, en vérité, ne méritez-vous pas le sort qu’ils vous font? A qui la faute, s'ils montent, s’ils grandissent si vite ? si vous baissez, si vous tombez si
rapidement? N'est-ce pas vous-même qui vous met- |
tez sous leurs pieds ?
Pour satisfaire votre vanité et votre sensualité, pour payer leurs belles indiennes, ieurs soies et leurs boissons, ne leur portez-vous pas chaque jour une partie du prix de l’héritage que vous ont laissé vos pères, et que Dieu vous commandait de conserver et de rendre prospère pour vosenfans.…. 1
Voyez-vous dans les villes, et malheureusement déjà dans une partie de vos plus belles campagnes, s'élever ces immenses distilleries ?.. Quelle est cette fumée épaisse et noire qui s’en échappe et obscurcit tout, jusqu’aux rayons du soleil 1...
Cette fumée qui monte jusqu’au ciel crie vengeance contre vous!
Cette fumée! ce sont vos biens, c’est le pain de vos enfans, c’est l’héritage de vos pères.
Oui, votre sang, vos sueurs, vos richesses, votre religion, tout va s’engloutir et se perdre dans le comptoir du marchand, la distillerie et l’auberge.
Et ne dites pas avec quelques insensés: ‘Nous “ sommies heureux d’avoir ces distilleries ; on y achète “ nos orges, qui en augmentent de valeur.”
Si vous n’achetiez ni bière ni wiskey, on comprend que vous pouttiez.faire quelques profits eu vendant
an
bien cher votre orge à la distillerie. Mais cette supposition est impossible : car, aussitôt que vous aurez, comme nous l’espérons bientôt, la sagesse de ne boire
que l’eau pure et salutaire que le bon Dieu vous offre
partout, les distilleries seront ruinées et tomberont.
Et le jour où elles tomberont, devra être, pour vous et |
pour votre famille et votre paroisse, un jour de joie ; il vous sera prouvé alors que ce n’était pas la distillerie qui vous soutenait, mais bien que c'était vous qui l’enrichissiez par votre intempérance.
Il vaudrait mieux pour vous que vos orges fussent |
brûlées sur le champ que d’être consumées dans la distillerie. Dans le premier cas, au moins, vous n’auriez pas la peine de la récolter.
—“ S'il n’y avait pas de distilleries, l’orge :> vendrait moins cher,” dites-vous.
—Mais ne vaut-il pas mieux recevoir vingt sols pour un minot d’orge dont on fera un bon usage, que
deux chélins qui seront employés à acheter de la |
bière ou d’autres boissons aussi malfaisantes ? ‘ Un tems viendra où l’éducation et la tempérance
‘ guériront beaucoup mieux les plaies de la société, } ‘ que ne pourront jamais le faire nos tribunaux et nos |
‘ prisons.” C’est l’honorable Juge Mondelet qui
prononça ces paroles si pleines d’espoir dans un meil- |
leur avenir, à la Session de Quartier du mcis d’Octobre 1844... Nul doute que ces paroles si remarquables n’aient trouvé un puissant écho dans tous les cœurs
vraiment Chrétiens et Canadiens. Ces beaux jours | sont désirés, sont appelés par les vœux de tous. Mais | comment pourront-ils arriver ces temps heureux où | l’éducation (nous entendons, avec l’honorable Juge, | l’éducation religieuse) et la Tempérance se donneront | la main et établiront partout lei règne pacifique et | mille fois béni ? Lis seront impossibles tant qu’on fera À croire au peuple que les distilleries sont ses amis, et | que le meilleur emploi de nos récoltes est de les porter | dans leurs voûtes ou leurs greniers infects pour les y | faire pourrir, et les y changer en un déluge de feu... |
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Nous conjurons nos concitoyens, et ceux d’entre eux surtout à qui Dieu semble, en les appelant à diriger la presse, avoir donné mission d’éclairer le peuple et de le rendre meilleur, de se servir de leur intelligence et de l’irrésistible pouvoir qu’ils ont sur l’opinion publique, pour paralyser et arrêter ces plans gigantesques de distilleries dont la multiplicité doit attrister l’œil du patriote autant que celui du moraliste. Disons la vérité et toute la vérité à notre peuple. Faisons-lui connaître que, s’il veut attirer les bénédictions du ciei sur ses Champs, ce n’est pas en faisant changer ses grains en poisons dans la distillerie qu’il y réñssira. Faisons-lui connaître que si, pour un moment, ilsemble voir augmenter ses revenus et sa fortune, avant peu d’années, il sera cruellement détrompé de son erreur, Car les distilleries se multipliant, l’usage des boissons ira toujours croissant; mille piéges nouveaux seront mis sous les pas de ses jeunes enfans. Mille filets nouveaux leur seront si bien tendus partout qu’il leur sera impossible d’échapper, et qu’ils y périront corps et biens tôt ou tard.
‘Répétons au peuple, tous les jours s’il le faut, ce premier principe d'économie politique, qui est de ne jamais rien faire, même avec un avantage momentané, de ce qui tend à encourager le vice et l’immoralité ; qu’il vaudrait infiniment mieux semer du bled qu’aucan autre des grains dont la distillerie encourage 1 culture ; que, même dans le cas où la terre ne pourrait produire que de ces derniers, il vaudrait mieux pour le pays les employer aux engrais de viandes qui seraient exportées, que de les échanger contre les boissons... Faisons connaître an peuple que le système du commerce libre lui assure toujours un débouché certain pour son bled ; et que, lors même qu’il ne le vendrait qu’à bas prix, il n’a rien à craindre ; car un homme ne peut jamais souffrir lorsque ses greniers sont remplis de bled, s’il se aésaltère à l’eau pure de sa fontaine, s’i! sait modérer ses désirs, et se croit, lui et sa famille, aussi honorablement habillé avec la
Jaine de ses moutons qu’avec les draps fins mais si |
coûteux de l’Europe.
C’est un fait bien connu que rien ne ruine plus vite |
une paroisse que l'établissement d’une distillerie dans Î ©°Uler |
son sein, Plus la distillerie s’enrichit site, et plus la
paroisse tombe et s’appauvrit rapidement. Ceci est clair et n’a pas besoin de preuves.
La distillerie ! C’est la forteresse où se préparent | les chaînes qui vous lieront bientôt les pieds et les |
mains, pour vous bannir plus facilement de chez vous.
La distillerie ! C’est la citadelle d’où le démon |
lance continuellement des dards enflammés pour consumer vos maisons et vos champs, et les réduire en cendres.
La distillerie ! Ah! elle est un nuage embrasé qui, |
passunt au-dessus de vos têtes et y laissant tomber,
comme autrefois sur Sodôme, une pluie de feu, cou- À
vrira le pays de ruines et de larmes.
Le choléra qui vous a décimés, et les vers qui ont À
dévoré vos moissons, durant plusieurs années, ne vous ont pas fait de moitié autant de mal que vous en feraient les distilleriessi vous aviez le malheur de vons habituer. vous et vos enfans; à l’usage des poisous qu’elles vous préparent, sous n’importe quel nom. Nous lisions dans un journal canadien de Montréal, du 14 Décembre, un long article où l’on se félicitait
de la prospérité des distilleries. ‘ Quatre millions de |
, “ gallons de wiskey, y disait-on, ont été distillés dans
14 Ja seule ville de Montréal en 1846. Un de ces étn-
‘ blissemens, y assure-t-on, à lui seul, ne consume |
‘ pas moins de 1800 minots de grains tous les jours.” En vérité, se réjouir d’un pareil fait, l’annoncer à
ses compatriotes comme un évènement d’heureux au. |
gure, n’est-ce pas inconcevable ?
Quoi ! vous avouez qu’aucuue manufacture n’est en-
couragée en Canada ; on n’est pas cncore capable d’y
faire une épingle, un bouton ; il faut faire venir d’An-| gleterre le drap de vos habits, et jusqu’aux chapeaux |
de paille de vus femmes. Une seule branche d’indus-
sentim :
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ins mais si A trie locale reçoit néanmoïns un encouragement fabuleux : cette industrie a pour résultat unique de faire
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féliciter vos compatriotes !
Dans un pays que viennent de frapper coup sur cou i ri NE tous les fée ! a peste, la pire 6ivile) Le disette vs etles M 4 des incendies tels que le monde entier en a été F ue. frappé de stupeur, savez-vous ce qui fait palpiter de ” À joie le cœur de certains hommes? Ecoutez la grande ps rh our nouvelle : MONTRÉAL A FOURNI CETTE ANNÉE AU PAYS