‹ Manuel des uvres de bronze et d'orfévrerie du moyen ageChapitre 118 sur 151 · XV. — CIBOIRES · texte numérisé non relu

XV. — CIBOIRES

Les textes relatifs aux ciboires ne sont pas très-nombreux; mais les ciboires anciens sont plus rares encore. Quant aux textes, il est fâcheux que les archéologues les plus experts sur ces questions aient confondu les ciboires avec les ostensoirs, et les uns et les autres avec les tabernacles. Le ciboire a cependant une destination bien marquée : c'est le calice du pain eucharistique , si l'on peut parler ainsi ; c'est le vase qui contient les hosties consacrées qui se distribuent à la communion ou vont se porter aux malades. L'ostensoir ne renferme qu'une seule hostie, et, d'après l'usage, cette hostie n'y séjourne même pas ; elle y est placée temporairement pour être montrée au peuple et en être adorée. Une fois la cérémonie de l'adoration terminée, elle est ordinairement extraite de l'ostensoir et remise dans le ciboire. Quant au tabernacle, c'est le petit meuble, tout le monde le sait, destiné à renfermer les vases sacrés, les calices et les ciboires. Le confondre avec ces vases, c'est confondre le contenant avec le contenu.

Nous n'avons pas à écrire la monographie des ciboires ; comme pour les autres vases liturgiques, nous devons simplement dire un peu ce qui se faisait au moyen âge, et beaucoup ce qu'il conviendrait de faire aujourd'hui. Les ciboires peuvent se diviser en deux espèces : à la première appartiennent les pyxides, c'est-à-dire les petites boîtes ou petits ciboires dans lesquels on renferme quelques hosties seulement destinées aux malades ; de la seconde font partie les grandes coupes oi^i l'on réunit les nombreuses hosties destinées à la communion des fidèles. Ces grandes coupes, munies d'un couvercle, renfermaient quekiuefois les petites pyxides qui contenaient le viatique ou les hosties des infirmes. Le texte le plus curieux et le plus complet sur ces deux variétés de ciboires, est le suivant, que nous tirons de l'inventaire du trésor de la cathédrale de Laon :

(( Vas insigne argentcumdeauratum, quod vulgo cupam vocant. Supercujus operculum sunt crux et imago crucifixi deaurate. Et in eo continetur pyxis argentca in qua soient reponi sacre hostie defcrende infirmis,et super cooperculum ejus etiam argenteum est crux. Estautem ponderis circiter trium marcharuin. Habet etiam thecam de corio ^. »

1. «Inventaire du trésor de la cathédrale de Laon », par Edouard Fleuhy », in-4", p. 4b.

« Un vase remarquable en argent doré , nommé vulgairement la coupe. sur son couvercle sont la croix et l'image du crucifix, toutes deux dorées. Dans ce vase est contenue la pyxide d'argent dans laquelle reposent ordinairement les hosties sacrées à porter aux infirmes. Une croix s'élève sur le couvercle également en argent de la pyxide. Le poids est environ de trois marcs. U y a aussi un étui de cuir. »

Ainsi, le grand ciboire, la grande coupe, devait être une espèce de tabernacle pour la pyxide, la petite coupe. Cette pyxide avait ordinairement la forme d'un cylindre surmonté d'un cône qui lui servait de couvercle. Les plus anciennes pyxides étaient en ivoire, et l'on trouve aujourd'hui, dans les vieux trésors et dans les collections des œuvres d'art, beaucoup de ces pyxides d'ivoire qui remontent aux premiers temps du christianisme.

Destinées à contenir les hosties des infirmes ou des malades, ces pyxides portent sculptées sur leurs parois la guérison du paralytique, la guérison de l'aveugle-né, la résurrection de Lazare, sujets admirablement appropriés à la destination de ce petit vase sacré.

Dès le xir siècle, lorsque l'ivoire devint rare ou que son usage passa de mode pour être remplacé par le métal, c'est en or, en argent, mais surtout en cuivre émaillé que les pyxides furent exécutées. U n'est pas possible de dire le nombi"e existant aujourd'hui de ces petits vases. M. le prince Soltykoff en possède peut-être une vingtaine, et je crois que M. le chanoine Coffinet, de Troyes, en a bien recueilli dix dans son curieux cabinet. Au Louvre, au musée de l'hôtel de Cluny, partout, on peut le dire, on en a en abondance.

En voici une d'un joli modèle :

P VXI DE AUX AKGKS.

XII l' SI ECLE.

EN CUIVRE EMAILLE.

APPARTIENT A M. LE CHANÛl.Nt COFFI^ET. — HAUTEUR, Il CENT.; DIAMÈTRE DU PIED, 7 CENT.

A n'en pas douter, ces anges qui tapissent le corps et le couvercle du petit meuble où se renferme le viatique, c'est-à-dire la nourriture de ceux qui vont

faire le voyage de rétcrniié, traduisent ce texte du « Lauda Sion » de saint Thomas d'Aquin :

« Ecce panis angelorum, factus cibus vialonim ».

L'iconographie symbohque des pyxides d'ivoire est assurément d'un ordre fort élevé ; mais je ne connais rien de plus noble et rien de plus ingénieux, tout à la fois, que celle de la pyxideémaillée de M. Coffinet.

Comme ces petites boîtes sont destinées à être portées hors de l'église et à contenir une ou deux hosties seulement pour les malades que le prêtre va administrer quelquefois dans la campagne et assez loin , il faut que le volume en soit fort réduit *. On en supprime donc tout ce qui est inutile ; le disque seul, et de la dimension de l'hostie, est suffisant ; on y ajoute un couvercle qui pourrait être tout plat, à la rigueur, mais qu'on élève un peu en cône surmonté d'un bouton et surtout d'une croix, puisqu'il s'agit d'un vase aussi sacré.

Basses comme elles sont, ces pyxides n'ont pas besoin de pied pour s'asseoir; aussi la plupart en sont-elles dépourvues. Cependant, on a donné de l'importance cà quelques-unes d'entre elles, et je possède le moulage d'une ([ui est posée sur un pied de calice. La suivante, également montée sur un pied à nœud et couronnée d'un haut crucifix, appartient au Musée royal d'antiquités de Bruxelles; on y reconnaît la pyxide ancienne, mais voisine déjà des ciboires modernes.

Page 1