Monographie de Saint-Denis », p. 80 et
3. On conserve, dans les magasins de Saint-Denis, les petites tombes émailiées de Jean et de Bianclie de France, enfants de saint Louis. Ces deux jolis monuments, où la couleur a tant d'importance, doivent contribuer h la renaissance, assurément prochaine, des tombes émailiées en style du xiii° siècle.
4. « Monographie de l'ancienne abbaye royale Saint-Yved de Braine», par Stanislas Prioux. Tn-folio, Paris, 1859, feuilles 14, 17 et 19. L'ouvrage de M. Prioux est vraiment digne, par sa beauté, de la belle église de Braine et des admirables monuments que cette église renfermait.
particulièrement étincelanle d'émail; c'est, pour ainsi dire, une verrière en métal des premières années du xiii' siècle.
Mais tout cela pâlit encore devant les tombeaux en or, argent, filigranes, émail et pierreries des comtes de Champagne, Henri l"', mort en 1180, et de Thibaud III, mort en 1201, c'est-à-dire à cette fin du xir siècle et à ce commencement du xiii' C]ui composent l'apogée de l'art du moyen âge. Du tombeau de Henri P', on n'a conservé qu'un dessin infidèle dont nous donnerons une reproduction; de celui de Thibaud III, on n'a plus ni original ni portrait, mais seulement une description qui en montre la grandeur matérielle, la richesse métallique et la valeur d'art. Ces tombes des princes champenois étaient disposées à peu près comme la châsse tumulaire de saint Etienne d'Obasine. A travers les arcades ouvertes du coITl'rc, on apercevait la statue du gisant, de grandeur naturelle, couchée les mains jointes; aux colonnettes, aux archivoltes, aux frises, des arabesques couvertes d'émaux et de pierreries ; autour du soubassement, les statuettes des ancêtres et des parents contemporains du comte; dans les tympans, des figures d'anges ou de vertus : le tout expliqué par de longues inscriptions en vers. Les deux derniers vers disaient que Marie, fille du roi Louis VII, veuve de Henri P' de Champagne, avait, Arlhémise chrétienne, fait exécuter ce voile éclatant de métal pour couvrir les brillantes vertus de son mari :
Principis egregios actvs Maria révélât Dvm sponsi cineres tali velamine velal ^.
Quant aux dalles tumulaii'esen métal, autrefois fort nombreuses en France, autant qu'en Angleterre ^ et plus qu'en Belgique, il n'en existe plus, à notre connaissance, une seule. Sans les dessins de Gaignières, on pourrait croire que la France n'avait pas adopté ce genre de monument, tandis que ces dessins, au contraire, en offrent plus de vingt-cinq fort remarquables et provenant de contrées diverses. Malheureusement il n'en reste plus qu'en pierre, et nous en donnons ici quelques exemples. Au surplus, pierre ou cuivre, c'est exactement le même parti : le personnage, gravé au trait, placé dans une arcature ogivale ou polylobée, avec accompagnement d'anges et de patrons, prie Dieu, à mains jointes, d'avoir pitié de son âme.
'1. Camuzat, « Promptuarium sacrariim antiquitatum Trie. dioc. », p. 329.
2. Les Anglais ont t'ait des ouvrages entiers sur ces dalles de cuivre, comme ils en ont fait sur les fonts Ijaptismaux. Je citerai particuli(?rement les « Monumental Brasses » de Ch. Boutell. in-S" de 23o pages, contenant près de 200 gravures sur bois, dont la moitié au moins est affectée aux dalles en métal.
Entre les dalles les plus curieuses et les plus rares sont celles des artistes. Sous ce rapport, la France est privilégiée, car elle peut montrer, aujourd'hui encore, la dalle de l'architecte de Saint-Nicaise de Reims et celle des derniers architectes de Saint-Ouen de Rouen.
Voici celle du Rémois Hugues Libergier, dont on trouvera une grande gravure et une longue description dans le premier volume des a Annales ».
'i42. DALLE TUMULAIRE RE L I B K R i; I K U , A fu: Il 1 T E C T E DE REIMS, MORT EN I2ri3.
+ Cl • GIT • HVES . LIBERGIERS • QVl • COMENSV • GESTE • EGLISE • AN • LAN • DE • LINCARNATION • M • CC • ET • XX • IX • LE • MARDI • DE • PAQVES • ET • TRESI'ASSA • LAN • DE • LINCARNATION • M • CC • LXIH • LE • SAMEDI • APRES • DAQVES • POVR • DEU • PIEZ • POR • LVI • ^
La Champagne, avec la zone de la Picardie, sa voisine, où s'élèvent Laon, Soissons, Noyon, Senlis, est le pays et peut-être même la patrie des dalles tumulaires. Les églises en sont littéralement pavées. En IShli, j'ai compté, dans la seule Notre-Dame de Ghàlons-sur-Marne, 526 pierres tumulaires dont 251 entières. On peut affirmer, sans exagération, qu'avant la révolution de 1793, Chàlons possédait deux mille monuments de ce genre. Depuis, on a mis bon ordre à cette fabuleuse richesse : on a pris les plus belles dalles pour faire des seuils de portes et des marches d'escaliers; les autres, on les a découpées en pavés pour faire des trottoirs aux rues et aux ponts, ou débitées en moellons pour bâtir les mauvaises baraques de notre temps. D'une pierre brute, le moyen âge avait fait une pierre vivante, une œuvre d'art; notre époque a pris cette vie et cette œuvre pour la souiller et la réduire en cailloux. C'est en voyant ce qui subsiste encore qu'on ne peut retenir ses regrets. Ainsi
1. La langue française, grammaire et ortliographe , sort du pays de Libergier; on lèsent bien ici, car, en 1263, sur celte dalle, notre langue est déjà presque ontièrcmcnl faite.
la belle dalle de la Mère et des Filles, qui a 1 mètre 65 de large sur 3 mètres liO de haut, peut donner une idée de ce que nous coûte la sottise de notre temps 1.
L,V MÈltK ET I.IÎS l'Il-LKS. 1) A I. L K 1)1' XIV'' SIECLE.
BANS LA CATHEDRALE DE C H A L 0 N S- S U R - M A (l N E.
Au bas, la mort, le service funèbre ; au milieu, la prière, la demande du pardon ; au sommet, la résurrection et la récompense dans le sein d'Abraliam : les trois petites âmes sont encensées et couronnées par des anges.
On revient déjà, en Angleterre, à l'usage des dalles funéraires en cuivre.