Annales archéologiques )>, volume ix, pages
2. Outre la couronne d'épines et des paities considérables du bois de la vraie croix, la Sainte- Chapelle possédait les langes de Jésus enfant, le linge dont le Sauveur se servit pour essuyer les pieds de ses apôtres, la nappe de la Cène, la chaîne elle lien de fer dont Jésus fut attaché à la colonne, la robe de pourpre, le roseau, l'éponge, la lance, du sang \ersé par Jésus, de la pierre du sépulcre, du saint suaire. — Voici un texte bien curieux de Guillaume Durand, qui vivait du temps de saint Louis, qui avait vu la Sainte-Chapelle à peine terminée et les reliques contenues dans cette grande châsse de pierre : — « ... Tabulam in qua Pilatus scripsit iesvs naza- RENvs REx iVDEORVM, quam vidimus Parisiis in capella illustris Régis Francorum, una cum spinea corona, et ferro et hasta lanceae, et cum purpura qua Cliristum induerunt, et cum sindone qua corpus fuit involutum, et spongia, et ligno cruels, et uno ex clavis, et aliis reliquiis multis ». — « Ratio.iale divin, offic. », lib. vi, cap. 80, n° 10.
elle est renfermée dans un cercle de cristal, qui permet de la voir avec facilité, mais qui manque totalement d'élégance. Il faudrait qu'une pareille relique fut traitée avec plus de révérence et aussi avec plus d'art.
Un des plus simples reliquaires de la vraie croix est le petit triptyque byzantin qui appartient à Mgr Dufêtre, évêque de Nevers. Sur un fond de filigranes d'argent, encadres de pierreries, est incrustée, comme la pierre la plus précieuse, une parcelle de la vraie croix, disposée elle-même en forme de croix. Deux battants ou volets tout unis ferment respectueusement aux regards cette relique insigne. Pour un oratoire particulier, pour une dévotion tout à fait privée, rien de plus commode qu'un pareil petit reliquaire; rien de plus facile à exécuter en bronze ou en métal précieux.
3i'. — TUIPTYQUE BYZANTIN CONTENANT DU BOIS DE LA VRAIE CROIX. — XIV'' SIECLE.
APPARTIENT A .IIONSEICNEUR DUFÈTRE, ÉVÉQUE DE NEVERS. — HAUTEUR, S CEiNT ; LARGEUR DU CENTRE, 53 JIILLIM.
A très-peu d'exceptions près, et le triptyque précédent en est une, les bois de la croix sont disposés, dans tous les reliquaires, sous forme de croix à double traverse; plus haut, le n° 13 nous en a donné un magnifique exemple.
Les Grecs, en effet, ont toujours attaché une très-grande importance au « titre » de la croix; cette tablette, si courte chez nous, surtout à partir du xiv" siècle et inclinée de gauche à droite, les Grecs l'ont allongée et clouée en horizontalité parfaite comme la traverse proprement dite. De là ce caractère de la croix byzantine de se montrer coupée par deux traverses dont la seconde est seulement un peu plus courte que la première. Dans leurs reliquaires, les Byzantins ont donc soigneusement conservé cette forme de la traverse double. Le bois de la vraie croix, rapporté d'Orient par saint Louis et donné à la Sainte -Chapelle, avait cette forme ^; le reliquaire de Trêves, aujourd'hui dans la cathédrale de Limbourg (Nassau), affecte également cette forme qui se reproduit jusque dans le reliquaire de la croix, à Saint- Mathias de Trêves, bien que ce reliquaine, c'est-à-dire l'œuvre d'orfèvrerie,