‹ Manuel des uvres de bronze et d'orfévrerie du moyen ageChapitre 50 sur 151 · V.ti DRONZE DOnÊ, ÉillAlLLi; Ll GRAVÉ. — Xlie SIECLE · texte numérisé non relu

V.ti DRONZE DOnÊ, ÉillAlLLi; Ll GRAVÉ. — Xlie SIECLE

Si, comme les PP. Martin et Caliier, nous écrivions un mémoire spécial sur cette couronne^, nous traduirions et nous tâcherions d'expliquer les vers; mais la place nous manque' ici et le texte latin suffira. On remarquera toutefois que cette couronne octogonale, dans un temple à huit pans, porte seize vers, deux fois huit, et qu'après le huitième vers s'arrête la première strophe, pour ainsi dire, afin de donner place à la seconde dont le caraclère est tout différent. Dans les huit premiers vers, symbolisme du monunient; dans les huit derniers, donation et supplication du donateur :

Celica Ihervsniem signatvr imagine (ali

Visio pacis ccrta qvielis spcs ibi nobis

Ille Johannes gratia Clirisli preco salvtis

Qvam prop!iela\it t[vainq\e prophète tleniqve virtvs

Lvcis apostolice fvnrUu'it dogmate vitam

Vrbem syderca iabcntem vidit in cllira

Avro rident(Mn mvndo gcmmisqvc nilentom

Qva nos in [)afria procibvs pia sisle Maria

César catliolicvs ronianorvm Fridericvs Cvm specie mvnervm cogens aUendorc cJervm Ad templi normam sva svmant meiiia formam Istivs octogone donvm régale corone Rex pivs ipse pie vovit solvitqve Mario Ergo Stella maris astris prefvlgida claris Svscipe mvnificvm prece devota Fridericvm Conregnantricem sibi jvnge svam Beatricem

La couronne de Hildesheim, bien plus grande que celle d'Aix, a dix-huit

mètres de circonférence au lieu de huit ou neuf, mais elle est surtout bien plus

complète. Le mur n'a que six étages au lieu des douze de l'Apocalypse ; mais

1. «Mélanges d'archéologie et d'histoire », volume ii^ pages 1-62, planches i-xii.

il est crénelé comme un mur véritable et chaque dent de créneau porte un chandelier dont la pointe reçoit un cierge. Comme dans l'Apocalypse, douze portes, trois à chacjue point cardinal, marcjuée chacune du nom d'un apôtre. Entre chaque porte, une grande tour, dont chacune offre le nom d'une des douze tribus d'Israël. Entre les portes et les tours, la courtine crénelée de trois créneaux. Cette courtine porte au soubassement l'inscription en douze vers où Hezilon cvêque de Hildesheim, au xi° siècle, déclare qu'il fait ce don à la sainte Vierge et supplie les trois personnes divines de lui accorder toutes les vertus. Au bandeau qui porte les créneaux, autre inscription, de douze vers également, où sont donnés la description et le symbolisme de cette grande œuvre i. Nous croyons utile de les reproduire ici, parce qu'ils sont des plus curieux et que chaque mot veut en être pesé :

+ Vrbs est s\ blimis miris fabricata figvris ' Vndiqve perfecla fidei compagiue jvncta

Cvivs vestibvlo vetvs et novvs excvbat ordo Germine virtvtvm qve mire svrgit in altvtn Floribvs hic vivis animarvm cvria Ivcis Ante dei facicm divinvm spirat odorem , Avctores operis toga vestit candida pacis Hos pater et verbvm cives et spiritvs liorvm Ynvs et ipse régit qvi qvod svnt ipse creavit In virtvte sva solis sol Ivcet in illa Mistica discernit tenet aspicit omnia novit Et solivm regni cordis locat in j)cnctrali

Le « cujus vestibulo vêtus et novus excubat ordo » s'entend non-seulement des tribus de Juda qui gardent les tours et des apôtres qui veillent aux portes, mais encore des vingt-quatre prophètes de l'Ancien Testament et des vingtquatre Vertus principales du Nouveau, dont le nom est gravé sur les tours et les portes.

Les prophètes nommés sont : Jérémle, Osée, Moïse, Johel, Isaïe, Abacuc, lilie, Zacharie, Daniel, Naûm, David, Sophonias, Elisée, Aggée, Nathan, Malachie, Job, Jonas, Samuel, Michée, Ézéchiel, Amos, Aaron, Abdias. — Les vertus sont : Abstinence, Douceur, Sainteté, Modestie, Foi, Vérité, Espérance, Paix, Prudence, Bénignité, Continence, Piété, Patience , Persévérance, Sobriété, Charité, Tempérance, Force, Humilité, Chasteté, Grâce, Miséricorde, Justice, Prudence.

1. Cet arrangement, Frédéric Barlicrousse l'a fait copier dans sa couronne; seulement, comme sa couronne est octogonale, il n'y a que huit vers en haut et huit vers en bas au lieu des douze et douze de la couronne d'IIcziion.

Il n'y a aucun ordre, chronologique ou moral, ni dans les prophètes, ni dans les Vertus : Moïse est le troisième et Aaron ravant-dernier; la Justice et la Prudence, deux vertus cardinales, sont à la fin, tandis que deux moindres vertus, l'Abstinence et la Douceur tiennent la tête; en outre, il y a deux Prudences, par erreur certainement. Mais je transcris ces inscriptions de l'ouvrage du docteur Kratz i, et comme je n'ai pas vu de mes yeux cette couronne, je ne puis rien changer à la notice allemande. Le fait important est la présence et le parallélisme des prophètes et des vertus comme des tribus de Juda et des apôtres. On dit, qu'outre les inscriptions, des statuettes en argent de ces fils d'Israël et des apôtres, de ces prophètes et de ces vertus habitaient, les tours et les portes, chacune précisément au-dessous de son nom; c'est possible, c'est probable, mais pas certain, et il n'en reste d'ailleurs aucune trace.

Les tours, emblèmes de la force, sont occupées par les personnages de l'Ancien Testament, où la force domine; mais aux portes, toujours ouvertes, et qui donnent accès dans la cité céleste, sont préposés les apôtres de Jésus- Christ, les premiers ministres de l'Évangile, qui est la loi de grâce.

Le système d'éclairage était celui-ci : l'huile d'olive dans les lampes, la cire d'abeilles dans les cierges. Les lampes, au nombre de trente-six, dont douze grosses et vingt-quatre petites, occupaient les douze grosses tours et les vingt-quatre petites tourelles qui flanquent, deux à deux, chacune des douze portes. Les cierges, au nombre de soixante-douze, sur chacun des soixante-douze créneaux, s'espacent, trois par trois, entre chaque tour et chaque porte. Ainsi, en total, cent huit lumières brillaient sur cette couronne, comme cent huit diamants du feu le plus vif. On peut le dire, à distance, ces lumières si rapprochées devaient se confondre, et le disque apparaissait aux yeux comme une fournaise ardente, semblable, sous quelques rapports, à celle du globe solaire. Cette partie de l'inscription était donc matériellement réalisée : sous sol llcet in illa.

Un phare de cette puissance et surtout de cette beauté est comparable, dans son genre, aux grandes roses historiées de verres peints qui brillent dans nos cathédrales, couronnes de lumière aussi et couronnes verticales en forme de nimbe. J'ignore ce que les religions antiques ont fait pour la lumière, mais je suis bien tenté de croire qu'elles seraient aveuglées en présence de l'éclat éblouissant de l'art chrétien.

Il faut espérer qu'avec la renaissance de l'art du moyen âge renaîtra aussi

1. Kratz, « Der Dom zu Hildesheim». Tn-S", Hildeslieim, 18i0, p. 80.

le système ancien de l'éclairage. Déjà des tentatives heureuses ont été faites, surtout par M. Abadie, architecte du gouvernement, dans l'église Saint- Front, cathédrale actuelle de Périgueux ; mais il faut mener encore plus loin la résurrection du passé, et reproduire dans nos grandes églises cathédrales ou ex-abbatiales, les couronnes lumineuses qu'on y voyait autrefois, comme aux abbatiales de Cluny et de Saint-Remi de Reims, comme aux cathédrales de Tout et de Bayeux. Au-dessus du chandelier à sept branches, il faut lancer dans le ciel de nos églises ces couronnes de lumière qui en étaient comme le soleil et la lune, et je m'estimerais heureux si j'étais appelé à pétrir en bronze ou à battre en cuivre l'un de ces météores où reluisent les <( figures » de l'Ancien Testament et les réalités du Nouveau. Ce serait une gloire c{ue de reconstruire cette céleste Jérusalem !

Un appareil plus simple de lumière est celui de la lampe ordinaire dont l'un des plus jolis modèles est le suivant qui est suspendu, aujourd'hui encore, dans la chapelle du palais municipal de Sienne. Une lampe se place dans l'intérieur et projette sa lumière par les petites fenêtres ogivales et géminées du joli meuble. Sur la pointe qui sort du plateau final ou de la bobèche, on implante un cierge, gros et élevé. Ainsi, dans cette lampe, on brûle à la fois l'huile et la cire, comme dans les couronnes de lumière.

.')9. — LAMPE SUSPENDUE, POUR l'iIUILE ET LA CIUE. — X I V '^ SIECLE.

A l\ CHAPELLE UU PALAIS MUNICIPAL DE SIENNE. — HAUTEUR, i MEÎllE.

Outre ces lampes et luminaires fixes, il faut des lampes portatives, c'està-dire des lanternes, soit pour accompagner le viatique qu'on va donner aux malades, ou suivre les morts que l'on conduit au cimetière, soit pour faire honneur au Saint-Sacrement et aux reliques qui se portent dans les processions intérieures et extérieures.

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