‹ Manuel des uvres de bronze et d'orfévrerie du moyen ageChapitre 64 sur 151 · COMPOSÉE EN STYLE DU X1U« SIÈCLE. — HAUTEUR, 32 CENT · texte numérisé non relu

COMPOSÉE EN STYLE DU X1U« SIÈCLE. — HAUTEUR, 32 CENT

« On y trouve aussi (dans la paroisse d'Obasine, département de laCorrèze) un reste de l'ancien trésor de l'église, une croix en cristal de roche, haute de plus de deux pieds. Cette croix est du xiii° siècle. Elle prouve avec quelle habileté on savait dès lors ajuster, polir et tailler cette matière à la fois si cassante et si dure. Un pied en cuivre doré et émaillé permettait, au moyen d'une douille, de placer tour à tour cette croix sur l'autel ou de l'ajuster au sommet d'une hampe pour les processions. Ce pied est gardé par trois dragons qui rampent sur le pourtour ^ »

En efil'et, la plupart de ces croix précieuses, que nous venons de montrer et toutes celles dont l'énumération est si considérable dans les inventaires anciens, sont fixées sur un pied ou sur une liampe. Avec le pied, on les plaçait sur l'autel; au bout d'une hampe, on les portait en procession. La croix d'Obasine, qui est en cristal de roche, avait cette double destination; la croix suivante de saint Servais, dans l'église Saint-Servais de Maestricht, qui est elle-même en cristal de roche, pouvait servir à ce double usage. Aujourd'hui, elle est aux mains d'une statue en l^ois de saint Servais, qui date du xir-xiii" siècle; autrefois, elle pouvait être renfermée dans le trésor et servir^ soit aux processions, soit à la messe. Nous la donnons comme croix de procession et comme l'une des plus solides et des plus riches d'aspect qu'on puisse voir. Qu'un rayon de soleil frappe ces gros cabochons de cristal, et soudain la croix entière s'allume et paraît tout en feu 2.

1. «Dictionnaire d'orfèvrerie clirétienne », par l'abbé Texier. Grand in-8° à deux colonnes, Paris, 'I80G, colonne 1241.

2. Au moyen d'un moulage en plâtre, que nous devons à la générosité de notre ami M. P. Cuypers, architecte à Ruremonde et chargé des travaux dç SaintSer\ais de Maestricht, nous allons reproduire exactement cette croix, l'une des plus énergiques que nous connaissions.

74. — CROIX PROCESSIONNELLE DE SAINT-SERVAIS DE MAESTRICIIT. — XIF SIÈCLE.

EN CRISTAL DE ROCHE WOMÉ EN VËRJIEIL. — HAUTEUR ET LARGEUR DE LA CROIX SEULE, 2i CENT.

Les croix processionnelles sont extrêmement nombreuses; elles sont également très-diverses de forme, de matière et de style. Il nous suffira toutefois d'en offrir encore deux échantillons.

Le suivant date de la fm du xiif ou plutôt du xiv" siècle. Les extrémités, qui portent les attributs des Évangélistes, s'épanouissent en fleurs de lis^, comme à la croix du n" 72. Le Christ, qui a perdu l'horizontalité des bras et la longue robe du xiu" siècle, est crucifié à trois clous seulement et superpose ses pieds. Un gros nœud hérissé de cabochons reçoit, dans le haut, le pied de la croix ; dans le bas, le sommet de la hampe. Presque toujours cette hampe est mobile, parce que la croix étant plus précieuse et contenant quelquefois des reliques, une fois les offices terminés, on la dévisse pour la renfermer dans le trésor, et croix et bâton se rangent à part :

« Deux bastons d'argent doré, hachiés aux armes dudit seigneur (Jean, duc de Berry), pour porter croix. Pesant, avec le bois qui est dedans, iJl marcs, 5 onces 2. »

1. Au revers du magnifique tableau en trijjlyque, représentant le baptême de Jésus, que possède l'Académie de Bruges et qu'on attribue à Hemiing, est un Bon Pasteur qui tient à la main une croix de résurrection dont chaque extrémité se termine par une belle fleur de lis. La croix de résurrection n'est pas différente, comme forme, de notre croix de procession.

2. HivEîi DE Beauvoir, k Description du trésor donné par Jean, duc de Berry, à la Sainte-Chapelle de Bourges », Bourges, 1857, in-8°, p. 39.

75. — CROIX PROCESSIONNELLE, EN ARGENT REPOUSSÉ. — FIN DU XIII'= SIÈCLE.

A VERN.\SS,VL, H A U T E - LO I R E. — H A U I E 11 n DE LA CROIX, DU POMMEAl' AU SOMMET, 70 CENT.

Celle croix a été gravée d'après une photograpliie. Elle fait partie de r « Album photographique » de MM. A. Aymard et Malègue, qui ont recueilli dans leur ouvrage plusieurs croix fort curieuses, toutes diverses de style et de forme ^.

Une des plus belles croix de procession qui existent, et certainement la plus remarquable que la renaissance ait, exécutée, est la croix d'Ahetze (Basses-Pyrénées) dont nous avons publié une monographie en trois planches 2. Les six longs grelots qui sont appendus au bas de la traverse appellent l'attention et commandent le recueillement des fidèles au moment où passe la procession; mais c'est un rite particulier au culte de nos populations méridionales. Dans le centre ou le nord de la France, ces clochettes provoqueraient aujourd'hui le rire plutôt que le respect.

Du reste, rien n'est plus facile que de s'en passer, et la croix n'y perdra rien de sa grâce et de sa beauté. Sur la face, le Christ est couronné d'épines et nimbé. Aux croisillons de droite et de gauche, la Vierge et saint Jean pleurent la mort du Sauveur; dans le bas, Adam sort du tombeau ; dans le haut, le pélican s'ouvre le cœur pour rendre la vie à ses petits et il couronne, de ce symbolisme, le mystère du crucifiement. Au revers, le patron de l'église, en

1. A. Ay.mard et H. ]\Ialègue, « Allnim pliotograpliiquc d'arcliéologie religieuse», planche vi de l'atlas, pages '\G-\1 du texte. — Un ouvrage spécial sur les croix vient d'être publié par M. Léo Drouyn, sous le titre de «Croix de procession, de cimetières et de carrefours », petit in-folio de IG pages et de 10 gravures sur métal, contenant .36 exemples difTcrents de croix du XII' au xvii^ siècle. Dans ce recueil vraiment précieux, il y a bien des modèles de croix dont nos orfèvres devraient s'inspirer.

2. « Croix d'Ahetze », par Didron aîné, gravure sur métal par Cli. Sauvageol. In-i° de 7 pages et 3 planches.

évêque, et entouré des quatre attributs des Evangélistes qui écrivent les textes sacrés relatifs à la mort du Christ. A la pomme qui sépare la croix de la hampe, les douze apôtres, compagnons et ministres du Sauveur. Jamais la renaissance peut-être n'a sacrifié plus complètement aux plus hautes spéculations de l'histoire et du symbolisme. Cette croix existe en bon état de conservation, et peut se reproduire aujourd'hui avec une grande facilité pour servir aux processions dans les églises du xrv' siècle. La croix, sans le bâton, a 78 centimètres de hauteur.

CROIX PROCESSIONNELLK D AIIETZE BASSES- PYRENEES.

XVr SIECLE.

EN ARGENT CISELÉ, DORÉ ET NIELLÉ. — DU NOEUD AU SOMMET DE LA CROIX, 78 CENT. DE HAUT.

Il nous semble inutile de donner d'autres exemples de croix de procession, parce que ces croix ne diffèrent pas, en général, des croix d'autel, ni même des croix à reliques. Vissez sur une hampe toutes les croix ordinaires, et vous aurez des croix de procession.

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