‹ Manuel des uvres de bronze et d'orfévrerie du moyen ageChapitre 7 sur 151 · A M LE PRINCE SOLTYKOFF. — 30 CENTIMÈTRES DE HAUT SUR 50 DE LARGE · texte numérisé non relu

A M LE PRINCE SOLTYKOFF. — 30 CENTIMÈTRES DE HAUT SUR 50 DE LARGE

Cette œuvre, qui serait incomparable s'il n'en existait pas, à ma connaissance, deux autres absolument pareilles, est complètement en cuivre fondu, battu, émaillé, ciselé, gravé et doré. Des sujets et des personnages en ivoire, vie de Jésus, prophètes et apôtres, occupent les arcades des parois, les portes, les croisillons et les niches de la coupole. Cette alliance de l'ivoire et du métal, de la lumière, blanche comme le lait et dorée comme le soleil, donne à ce petit monument un éclat qui fait rêver à la Jérusalem céleste. 11 n'est

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pas nécessaire d'insister sur la foruje byzantine de rédiilce ^, quoique l'exécution et les émaux en soient germaniques. Mais, aujourd'iiui, cette double question ne doit pas nous arrêter; ce qui nous occupe c'est la matière, qui est métallique et. parfaitement a[)propriée au but voulu. Cette châsse nous paraît d'ime exécution si facile, malgn; sa richesse, que nous la faisons reproduire en ce moment en bronze ciselé pour la placer, comme tabernacle, sur l'autel d'une des plus belles églises romano-byzantines de France. L'ivoire entre connue accessoire dans cette chasse byzantine; dans la suivante, au contraire, il compose la châsse tout entière. Mais il est évident que les personnages, le Christ assis à l'entrée du temple, les apôtres du soubassement et les grands soldats debout près des attributs des évangélistes* pourraient être en métal. Dans ce cas, on aurait la contre-partie de la châsse byzantine, où la construction est en métal et les personnages en ivoire. Quoi qu'il en soit, ce petit édilice divoire, qui appartient aujourd'hui au Musée royal d'antiquités de Bruxelles, offre la plus curieuse imitation d'une église romane des bords de

CHASSE noMAM-: des bords du riiin.

xir siiici.ii;.

AU M U S K E n 0 V A I. D A N T 1 Q U 1 T i: S \ B R l X K L L F, S.

la Meuse, de la Moselle ou du Rhin : c'est, si l'on veut, Saint-Servais de Macstricht, la cathédrale de Trêves ou la cathédrale de Woi-ms^.

La châsse des rois mages, à Cologne, et celle de Saint-Eleuthèi-e, à Tournai.

1. Dans le trésor de Saint-Marc, ii Venise, on voit une petite châsse anaioguo surmontée d'une covipole. et(|ui, certainement, n'est pas j>Uis bjzantine de forme, sinon de détail, que celte châsse (lu prince Soilyliotr. Le trésor' d'Aix-ia-Ciiapeiie possède également un reliquaire en forme d'église byzantine, surmontée d'une coupole; c'est le reliquaire qui renferme la tête de saint Athanase ou saint Anastaso, car j'ai vu le nom écrit des deu\ manières. Mais Alhanase ou Anastase, dont le nom est grec sous ces deux formes, devait avoir un reliquaire byzantin et probablement exécuté en Orient. Le dessin de la châsse du ]irince Soltykoff nous a été donné par M. Charles Sauvageot, qui nous prépare, en une série de dix ou douze gravures, une monographie complète de ce véritable monument. Cette monographie sera publiée dans les u Annales Archéologiques >■>.

2. M. Arnaud Schaepkens a décrit et gravé cette châsse romane dans le « Trésor de l'art ■ ancien en Belgique », pages 19-20 et planche wiir.

atï'ectent déjà la forme d'une église, mais d'une église sans clocher et sans transsept; c'est plutôt un tombeau dont le couvercle serait en forme de toit, comme la cliàsse de sainte Julie, à Jouari'e, dont voici le petit côté.

7 — TUASSE DE SAINTE JULIE. — COMMENCEMENT DU XIIl' SIECLE.

DANS l'eCLISE DE J 0 U A I! R E ( S E I N E- E T - J] A H N E).

Jl faut aller dans le midi de la I"'rancc, à Bouillac. près de Montauban, où ont été recueillies quatre chasses provenant de l'abbaye détruite de Grandselve. Là ce sont de petites églises avec haute nef, bas côtés, transsept, clocher au centre de l'intersection des nefs, absolument comme si c'était construit en pierre^. La forme en est de la transition du roman à l'ogival, mais la date est bien de ce xiii" siècle dont la fin a exécuté la châsse de Saint-Taurin, à Evreux. La forme de l'église est parfaitement caractérisée sur cette châsse de Saint-Taurin, œuvre de métal estampé, repoussé, ciselé et gravé. Une nef soutenue par des conti'e-forts « maçonnés », comme on dira si fréquemment un siècle plus tard; cette nef est coupée par un transsept, à l'une des portes duquel se tient debout et bénissant saint Taurin habillé en évêque. Crête ouvragée sur le toit, flèche s'élançant du centre de la croisée. La vie du saint distribuée sur les parois et la toiture du monument. Le tout assis sur un soubassement que portent (puitre grosses pattes de lion ~. L'affectation avec laquelle on a imilé rarcliilecliii-e, les contre-forts, les arcsboutants et surtout raj)pareil des pierres, la maçonnerie, est ridicule; on y sent

1. Voyez, SOUS le litre de « MoiiOL;ra[iliie de l'idobaye de Grandselve», une forl curieuse notice de M. Jouglar, insérée dans le volume vu des « Mémoires de la Société impériale archéologique du midi de la France», Toulouse, 18-57. A cette notice sont joints les dessins des quatre châsses.

2. Voyez dans les « Mélanges d'Archéologie » des PP. Martin et Cahier, volume ii, la. gravure et la description de ce précieux monument de notre orfèvrerie française.

le XIV'' siècle, ce commencement de la puérilité du moyen âge. Mais la châsse de Nivelles, quoique un peu plus ancienne, au moins de style, est tombée plus bas encore et dans l'enfance complète. Du moins le mérite de la châsse de Saint-ïaurin est d'accuser parfaitement l'architecture ogivale de la France, comme la châsse de Bruxelles l'architecture romane des bords du Rhin , comme la châsse du prince Soltykoff l'architecture byzantine.

Voici l'un des larges côtés de la châsse de Saint-Taurin.

— CHASSE DE SAINT TAURIN. — l" I N DU Xlll' SIECLE.

mM.

U.\^S l'église saint-taurin, a ÉVRECX. — LONG., 1"'; HAUTEUR TOTALE, I m 20 .

Toutes les châsses en forme d'église sont très-différentes de dimensions : elles varient^ en longueur, de 20 à 25 centimètres seulement, jusqu'cà 1 et 2 mètres passés, sur une hauteur proportionnelle. La châsse des rois mages, à Cologne, a plus de 2 mètres de longueur; la dimension la plus ordinaire est celle de 50 centimètres, et surtout celle de 1 mètre. On a donc exécuté en métal des châsses même plus grandes qu'un corps humain étendu tout de son long, de façon que le corps saint, vénérable ou illustre, y. repose et s'y voit tout entier. L'ancienne collégiale des comtes de Champagne, à Troyes, possédait un reliquaire en or, argent et cuivre émaillé, ayant la forme d'un haut cercueil, percé d'arcades à jour à travers lesquelles on voyait couchée la statue du comte de Henri I" dit le Large. La révolution de 1793 a détruit ce riche cercueil; mais il en reste un dessin ancien et assez exact, que nous

avons l'intention de reproduire. Le monument suivant, quoique exécuté en pierre, non en métal, peut donner une bonne et l^elle idée du cercueil de

ITenri le Large.

9. — niiASSE nrc saint lirinNNi-; d'orasinf. — courant du xiii' siiiCLii.

^m$^ëmM^^^^è^$smimi

mÊ&ÊMi&imû

DANS I/ÉGLISK b'OEASlNE, (cORRKZE). — LONG., 2mS6; HAUT., 2™ 40.

C'est une châsse et un cercueil. Cercueil, le saint y repose sous terre, en partie ou en totalité, et son elTigie de pierre couvre et conserve ses derniers débris. Châsse, elle ollVe sculpt(''es l'existence des moines vivants et la résurrection des moines morts dont le saint est le chef d'ordre, le patriarche. Le Mil'' siècle est près de finir dans cette œuvre, et le xiv" y fait déjà .sentir ses premières influences; mais c'est bien supérieur à la châsse de Saint- Taïu-in, et, si j'avais à exécuter en métal une châsse qui dût contenir un corps saint, c'est ainsi c|uc je voudrais la faire. Je ne sais rien de plus charmant ni de plus beau tout à la fois. Arcades à jour, dans le bas, à travers lesquelles on voit la statue couchée du saint. Dans le haut, sur le toit, arcades pleines où sont figurées toutes les scènes de la vie et de la résurrection des abbés, des pères, des convers et des frères lais de l'ordre, tous vivants ou ressuscitants, en prières devant l'enfant Jésus que porte la sainte Vierge assise sur un trône.

On rencontre très-fréquemment des châsses en forme de colTres : cofïres en métal, cotTres en ivoire, cotTres en pierre, colTres en bois,. mentes ou non sur des pieds.

Le suivant, qui est en bols, est par destinalion une châsse véritable, car il renfermait le coi'ps de saint Thibault, La relique était solidement protégée XIX. 3

par les pentures , barres , vertevelles , verrous , serrures qui la couvrent et la ferment ; c'est donc du bois et du fer en même temps.

CHASSE DE SAINT THIBAULT. — Mil' SlKCLi:.

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