CHAPITRE X
Du choix d^un système bibliographique pour ^arrangement d'une bibliothèque.
Pour la recherche des ouvrages séparés , l'ordre alphabétique est sans doute le plus commode ; il n'en est pas de même pour la recherche des ouvra^ ges qui traitent du même sujjet. Ces productions exigent un ordre systématique , un système bi-bliographique (i). De sorte que la réunion de ces deux systèmes pourra être fort propre à mener à un hon arrangement. Mais on peut se demander : quelle est la méthode la plu^ coni^enaJi>le pour le placement des livres ?
Si , pour le placemçnt d'une bibliothèque quel-conque on ne devait pas faire attention au système à établir , et qu'ion pût placer les ouvrages les uns après les autres au fur et à mesure qu'on en fait Facquisition ; ou si on pouvait placer ensemble i® tous les livres du même format , 2* les volumes de chaque format qui ont la même reliure , pour produire un bel aspect , l'ouvrage du bibliothécaire serait bien fecile. Mais , dans les grandes bibliothè-
(l) On appelle sysfèfi^ bibliographique Tordre observé dans une classification quelconque d'ouvrages , soit imprimés soit manuscrits , pour fqrmer une bibliothèque c^a vn catalogue de livres^
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( .53 ^) à l'inataff des naituç^lisies , fait un «ystèeie suWant ses idées (a).
Cependant on ne peut disconvenir que chaque livre ne fasse partie d'une science, laquelle se divise <en diverses classes , et peut ensuite se sous-di viser :en différentes branches ( 3 ). Mais à queUe science .doit-'on donner le premier rang ? Les uns l'assi- -gnent à la théologie , les autres ^suivent l'ordre grarduelde nos <;onnaissances : d'autres placent en avant Je droit naturel et le droit des geios, etc.
(Le s]^ sterne le plus généralement adopté partaigeait les livres en cinq grandes classes \, théologie y jurisprudence , sciences et arts , belles-lettres ^ thistoire. C'est sur ce plan que les livres sont rangiés. ida^s la plupart des bibhothèques de France, et que clés catalogues sont rédigés. On a prétendu ai^oir •trouvé les fondemens de cette distribution dans la Jiature. Mais , bannissons toute idée particulière, 'dans quelque sens qu'elle se présente , pour ne nous .occuper que de l'ordre le plus analogue tant aux
(2) Il faut descendre à des époques extrêmement modernes , eu égard à celles où Ton a déjà la connaissance •de grandes bibliothèques existantes , pour rencontrer des auteurs , qui aient traité , d'une manière expresse , d^ la disposition des livres dans une bibliothèque ; car les.prelaiers essais en ce genre ne furent pas heureux.
(B) Car enfin il reste toujours vrai qu'on a besoin d'iin système quelconque , pour ne pas laisser péle-méle , et dans une confusion inextricable, des objets réunis en grand ;liQiubfe dans un même lieu.
instructions que Ton vient puiser dans les bibliothèques, qu'à la suite des connaissances dont rhomme est susceptible.
On est assez porté à convenir que le meilleur ordre à suivre est celui des Connaissances humaines ; que les livres doivent être rangés comme ils doivent être lus ; et qu'on doit les lire de manière à se pénétrer d'abord des élémens , pour avancer de là aux divers degrés de perfection. Il nous semble qu'un des premiers besoins d'un homme qui veut feuilleter les livres et faire usage d'uue bibliothèque est de connaître les livres; de savoir lesquels appartiennent à la matière qu'il se propose d'étudier ; l'utilité qu'il peut en tirer , et les différences des éditions placées à sa portée. Mais , avant d'étudier la bibliographie , il est. bon d'avoir une idée de Xhistoire de V objet dont ils parlent , et des auteurs qui les ont com«posés. C'est le seul moyen de saisir parfaitement l'esprit de chaque écrivain , de tirer un meilleur parti de ses lectures , et de bien apprécier les livres.
Comme il est nécessaire d'avoir des signes pour exprimer ses idées et pour comprendre celles des autres , les livres destinés à Yétude de^ langues trouveront donc bien leur place après la bibliographie.
Quant on a acquis la faculté de rendre ses propres conceptions et de comprendi'e les personnes parmi lesquelles l'on vit, on passe à l'art de les ar-* ranger , à la science qui dirige l'entendement , à Iqi logique y puis à la morale qui forme le cœur , etc. De là nous arrivons à \^ jurisprudence qui a une
très grande affinité avec la morale, qu'il serait trèu possible de les réunir ensemble , si toutefois , la jurisprudence n'embrassait pas une trop grande multitude d'objets.
Après la jurisprudence paraissent les bibles, la philologie sacrée , les liturgies , les conciles , les SS. Pères (4). La religipn ayant reçu diverses modifications produites par différentes causes , a produit une foule d'opinions et de systèmes religieux. C'est donc ici que seront placés les théologiens , les opinions singulières; la religion des Hébreux , la religion des Gentils, etc.
(4) Nous ajouterons aussi cette classe de livres si décriés par une foule de gens qui les jugent sans en avoir jamais ouvert un seul. Rien de si commun que d'entendre dire tous les jours : que sert de conserver ce fatras de SS. Père\^ que personne ne lira plus f
Quand il n*y aurait plus d'ecclésiastiques pour les lire « ils seront toujours lus par les vrais savans , justes appréciateurs de leur mérite : ces savans n'ignorent pas que si ces livres nous manquaient , nous serions privés d'une mul-> titude de connaissances précieuses , ils sauveur que leurs auteurs ont sauvé du naufrage des temps un grand nombre de textes et de fragmens tirés d'ouvrages anciens dont Dous regrettons tous les jours la perte , et parmi lesquels il en est qui , sans le secours de ces écrivains , seraient demeurés ensevelis dans un oubli éternel , puisqu'on n'en rencontre aucune trace ailleurs que dans leurs écrits. D'autre part, il faut observer que dans le nombre des Pères, et surtout de ceux d« l'église grecque , il s'en trouve plusieurs dont les ouvrages sont des modèles de style et d'éloquence. A ce titre seul ils mériteraient d'être conservés.
C^est donc ici que la tfieôlogié dbit tiViii^àelt tOi^ terdleitietit sa place ; qiiVile doit être transplantée' tDut^ entière (5).
On se livre ensuite aux sciences , d'abord' à eelles* K]Ui sont le frait de la seule méditation ; ensuite à celles qui sont le prodiût de longues recherches au) dehors, et detraVadi pénibles. «Après les sdenices', les arts appellent notre attention. De là on arriive' aux grands rassemblements des fisdts , à Xhi^toit& nnwefselle cmcienne et nuodetne.
Be cette manière nous avonâ parcouru le cercle' entier des objets qui servent d'aliment aux travaux' d'un homme studieux. Ainsi Tordre des principales divisions à adopter pour une grande bibliothèque sera le suivant :
(5) Diaprés ce principe , la* théologie ne paraîtrait 4>las^ à la iéte de dos catalogues, et nous sommes^ étooilé que ce soit en Espagne qu*on ait cotamenoé à iimover sar la' classification déjà reçue. Mais- ce changement- cdmiiiandé' par les citxonstances , doit se borner à un: simple dépla-' cément; c'est un grand- arbre qu'il fkut transplanter , avec tontes ses r«cin(es et toutes ses branches dans une autrepartie du terrain , où il est né.
Il n'y a rien d'étonnant, de voir la théologie occuper' toujours le premier rang dans lés bibliothèques; Parce que les premières bibliothèques ont été formées par des ecclé-' siiastiques et pour etix. Il est naturel qu'ils aient donné^ letkr attention de préiPérence à là partie qui les intéressait personnellement , et qui était la pliis brilliante avant qu'ofei' eût commencé à cultiver sérieusement les sciences, lés arts^ et hi littérature.
A. Histoire littéraire ,
B. Bibliographie j