CHAPITRE X
De la correction des épreuves.
Pour obtenir un grand succès dans l'art typographique et se faire une réputation par de belles éditions , il faut réunir à un goût exquis , des soins , des attentions et une patience à toute épreuve. De
' (d) Nous avons indiqué plus haut plusieurs de ces carikctères.
Nos lecteurs qui désireraient se familiariser d'avantage avec les opérations typographiques , pour connaître tous les caractères en- général , le nombre de lettres qui entrent dans la composion d'une feuille de chaque foi^mat; le poids d'une feuille composée de caractères les plus usitéis , etc. , peuvent consulter avec fruit les ouvrages sur la typographie^ cités dans la III« partie de notre manuel»
( »75 ) toutes les parties de l'art typc^raphique , la plus essentielle , la plus difficile et celle qui assure la gloire et la réputation de Timprimeur et de l'auteur, c'est la correction des épreuves^ sans cela, les caractères les mieux gravés , le papier le plus beau et l'encre la mieux préparée ne contribueront qu'à faire ressortir d'avantage les fautes nombreuses qui attestent l'ignorance , ou au moins la négligence impardonnable de l'imprimeur ou de l'auteur. Il existe si peu de livres sans faute , qu'on peut les compter ; et pour pouvoir annoncer au frontispice d'un ouvrage comme Didot l'a fait à son Virgile , sine mendâ ^ il faut sans doute mettre au pilon plus d'une feuille im-^ primée, et la recommencer de nouveau ; mais , sans atteindre ce degré de pureté, on peut publier de bonnes éditions , en donnant beaucoup d'attention à la correction des épreuves ; car la beauté de l'impression dépend de trop de circonstances difierentes , pour pouvoir produire un livre également bien conditionné.
Ainsi , quand on parle du goût des livres , il n'est pas permis de passer sous silence une classe de per« sonnes auxquelles les livres doivent une partie de leur mérite, la correction typographique. Autrefois les fonctions de correcteurs n'étaient confiées qu'à des gens instruits ; des savans même de premier ordre ne rougissaient pas de s'en charger (i).
(1) Elles furent remplies par Cornélius Kilianus et Franc. Raphelengius dans rimprimerie Plantinienne. Kilianus qui
( «76) Il ne suffit pas que le correcteur indique le mal , il doit prescrire le meilleur remède à y apporter. C'est sous ce dernier rapport que nous allons rap- * peler ici quelques-unes de ses importantes fonctions.
La feuille à lire doit être remise, non coupée,
a défendu les correcteurs contre les écrivains qui les acca* sent de leurs propres fautes , eut pour collègues Theod* Pulmanus ^ Ânt. Gesdalius , Victor Giselinus et Franc. Harduin ) ainsi que le rapporte Aub. Le Mire dans ses éloges. Si l'on en croit Opmerus , Erasme fut correcteur , à Lonvain , chez Thiery d'Alost. /. Scaliger^ dans la réfutation du Cice* ronianuB , prétend qu'Erasme remplit le même office ches les Aides , mais celui-ci le nie et affirme n'avoir corrigé que ses propres ouvrages ( B. G. Struvius , Introd. in notit. rei litt. éd. V». 1729, 8*» p. 955). Paul Manuce lui-môme, dan« rédîtion des épitres familières de Gicéron , qu'il donna en 1546 , avertit que , voyant ses corrections dénaturées , operariorum incuriâ , il se décida à soigner la correction » notif ut solety per vicarium^ aed ipsemet quotidianâ cura. Aussi les imprimeurs ajoutaient-ils souvent leurs noms à ceux de leurs correcteurs , et les ouvrages étaient plus ou moins estimés en raison de la réputation de ces derniers. On sait que le célèbre Robert Etienne était si jaloux de donner des éditions correctes ^ qu'il en faisait exposer publiquement les épreuves , en offrant une récompense à quiconque y découvrirait des fautes. Enfin l'amour de la cor* i>ectio«i typographique a été porté aussi loin , qu'on pré* tend que la mort du poète italien Aleaftndrs Gtddi a 4lti accélérée par le chagrin de trouver quelques petites fautes d'impression dans sa belle édition des Homélies de Clément XI , son bienfaiteur , qu'il a paraphrasées en vers et qui ont paru eu 1712. V. De Reiffenberg , archiv. philol. t. 1" , p. 55.
( '77 ) au correcteur , afin qu'il la déploie pour s'assurer si
elle est bien imposée ; si les garnitures sont égales
et en place. Il vérifie après, si les premiers mots de la
feuille sont bien la suite des derniers mots de la feuille
précédente ; si les titres sont à leur place ; si les
caractères sont bien espacés , blanchis , césures , etc.
Outre les fautes d'orthograpbe , même celles de grammaire ou de construction qui se trouveraient à la copie , le correcteur doit soigneusement relever jusqu'aux moindres inconvenances typographiques.
Le même correcteur qui a commencé de lire un ouvrage, doit, s^il est possible, le continuer jusqu'à la fin. On est sûr qu'il y observera constamment la même orthographe , la même ponctuation , le même emploi de caractères et de blancs dans les titres et sous-titres , enfin le même ordre typographique et les instructions de convention de l'auteur. Néanmoins il convient que les secondes épreuves soient lues par un autre correcteur , et les tierces et révisions par un préposé ad hoc , afin que ce qui est échappé aux précédents puisse être retrouvé par le dernier.
Il y a , pour marquer les corrections , des signes convenus , connus de toute la typographie , dont voici les principaux.
Les corrections se marquent toujours en marge
sur le même côté de la même page , c'est-à-dire ,
sur la marge gauche pour les pages paires , et sur
la marge droite pour les pages impaires. Toute cor^
reclion se désigne par un petit trait perpendiculaire
( 178) dans l'endroit de la ligne où elle doit se faire , et par un semblable trait en marge y à côté duqud çst le signe indicatif de la correction. Lorsqu'on livre |in manuscrit à l'impression et que l'on veut désigner quel est le caractère que l'on destine à certaines lettres, QU à certains mots , on indique les grandes capitales par trois barres tirées sous la lettre ou sous le mot ^ S ou Jean ) ; les petites capitales par deux
barres ( S ou Jean ) ; et si on veut des capitales italiques, on ajoute une barre sur le mot, outre celles qui sont au-dessous ( Pierre ). Toute lettre ou tout
mot ayant une seule barre en dessous , doit être en italique bas de casse ( e ou livre ).
Pour marquer un alinéa y on fait précéder d'un crocbet le mot où il doit commencer ( les impaires. [ Toute correction , etc. ) \ et pour le supprimer , on trace , avant le mot qui le commence , deux espèces de parentbèses horizontales , l'une au-dessus de la ligne et l'autre au-dessous : ce signe indique aussi qu'il faut rapprocher des lettres ou des mots qu'on
a trop espacés (XToute correction, etc.; ou con'^traire);
dans le cas contraire, c'est-à-dire, lorsque des mots sont trop rapprochés , le signe de séparation est un double trait de plume en croix ( 4j= )•
On appelle bourdon un ou plusieurs mots oubEés dans la composition *, il s'indique par une barre entre le mot qui précède et celui qui suit , et l'on écrit en marge , vis-à-vis , ce qui a été omis. On
( ^79 ) donne le nom de doublon à ceux qui se trou-* vent répétés deux fois, et se corrige en l'efFaçanl et en mettant en marge del ou df^ ce qui signifie deleatur. Pour substituer une lettre à une autre ^ on fait un trait perpendiculaire sur la lettre à rem^ placer, et on écrit en marge, à côté d'un semblable trait , la lettre qu on veut mettre à la place.
Lorsqu'une ou plusieurs lettres sont renversées , ou les barre et on fait en marge un signe qui équivaut à une espèce de 3 , ( dju^I 9 en marge / 3 )•
Quand une espace ou un quadratin lève et tâche le papier , on le barre et on indique la correction par une simple croix ( presque \ rien , en marge / X ).
Lorsque des lettres ou des mots ne sont pas en ligne, ce qu'on appelle chevaucher ^ on fait une barre audessus ou au-dessous , et l'on répète ces deux barres en marge ( ZI ).
S'il se trouve des lettres sales et qui doivent être nettoyées , on fait en marge , vis-à-vis , deux traits parallèles un peu tremblés , et l'on met des points entre les deux ( ^Sl^::!^^^^ )•
Pour transporter des lettres ou des mots qui ne sont pas à leur place , on figure une espèce d' S couchée, qui embrasse le mot qui doit le suivre (^-^ )•
Pour rapprocher deux lignes séparées par trop de
blanc, on figure aux extrémités de l'une et de l'autre une
parenthèse dans laquelle il semble qu'on enferme ces.
1 V / flue Schœflfer trouvera celui , etc. A deux lignes ( ( ^ ; I*
\ des moules , ou matrices , etc. /
Quand un mot qui ne peut pas entrer tout entier dans une même ligne , est mal divisé , comme paU er y on tire un trait perpendiculaire sur le ^^ et on met avant Ve qui commence Tautre ligne , un trait également perpendiculaire, mais surmonté d'un autre petit trait horizontal.
Les lettres supérieures trop basses se rehaussent par une grande S ou par le signe J, dont la branche inférieure enveloppe les lettres à rehausser.
L'apostrophe oubliée se marque à la marge par le trait perpendiculaire ordinaire , et à côté un petit trait surmonté de l'apostrophe (1).
S'il se trouve du blanc au commencement d'une ligne, on le marque par un trait horizontal de la longueur du blanc , etc. ( — ).
Lorsque des lettres sont gâtées on passe une ligne perpendiculaire par la lettre gâtée , et on marque en marge la lettre manquée avec une espèce de C.
Lorsqu'on doit aJQuter une lettre on passe un trait perpendiculaire entre les deux lettres où doit venir la lettre oubliée et on met en marge à côté d'un trait semblable^ la lettre ou le mot à ajouter, etc.
Nous n'entrerons pas dans de plus longs détails sur cet objet, ce peu d'explications suffira aux auteurs qui ne sont pas familiarisés avec les corrections ; d'ailleurs ils peuvent consulter avec fruit les manuels de la typographie qui se trouvent indiquée dans la lU® part, de notre ouvrage.
( i8i ) CHAPITRE XI.
Des chiffres, signatures , réclames et registres.
Nous diviserons ce que nous avons à dire sur cet objet en quatre petits articles. Le premier fixera l'année où les signatures ont commencé à éti^e en usage dans l'imprimerie , et fera connaître le nom de l'artiste à qui l'on est redevable de cette invention. H s'agira , dans le second , troisième et quatrième , des mêmes recberches à Tégard des chiffres y des réclames et du registre.
I. On appelle chiffres ( les custodes paginarum des latins ) , en terme d'imprimerie y le numéro des pages au haut des feuillets.
Il est surprenant que l'usage des chiffres, usage si commode, si utile, et qui facilite d'une manière si prompte nos recherches littéraires , ait été négUgé par les imprimeurs du i5^ siècle. Cependant l'on ne peut pas dire que cet usage n'ait été connu de bonne heure , même avant l'invention de l'imprimerie ; car il n'est pas rare de trouver des manuscrits du 1 5* siècle portant des chiffres, et leur époque dans la typographie est encore antérieure à celle des signatures , dont nous parlerons plus bas. Malgré tout cela, les chiffres se rencontrent très rarement, proportion gardée aux autres marques typographiques, dans les éditions du i5® siècle.
Les bibhographes différent d'opinion sur celui qui « numéroté le premier les pages d'un Hvre. Les uns
( i8a) attribuent le premier usage des chiffres à Jean de Spire (i); les autres à Jean Zeinerde Reutlingen{p); quelques uns à Ulric Gering (3) ; d'autres enfin à l'imprimeur Hoemen. Ce dernier s'étant servi de chiffres dans un ouvrage publié à Cologne en 1 470 (4)i
(1) Quelques bibliographes ont pensé que Jean dé Spire était le premier qui ait ainsi numéroté les pages d*un Taeiiê publié à Venise , mais le plus grand nombre n*a pas partagé cette opinion.
(2) M. Marottes , dans ses recherches swr Vorigine éi le premier usage des registres , etc. , croit que le premier lifré portant des chiffres auic pages , est celui de Jean Booace ^ de Claris mulieribus , in-fol. imprimé à Ulm en 1478 , par Jean Zeiner de Reuilingen , ou le cotnpendium veritaHs d Alhcrt-le-Chrand y qui lui parait avoir été publié la même année.
(3) Avant Marolles , Chevillier , dans âon histoire de Vimprimerie ; Meerman et le P. Laire dans son Spécimen kistor* typogr. Romanae "KM saeculi^ n'avaient fait remonter Tusage des chiffres qu'en J. 477, et l'avaient attribué à Ulric gering,
(4) MM. Laserna-Santander et Fischer , ont prouvé que de* 1471 , un impnmeur de Cologne , nommé Arnold ter Hoernen; s'en est servi dans l'ouvrage du Chartreux Hadrian , m^ titulé : Liber de remediis utriusque fortunae , Coloniae ^ Ar^ noldus ter Hoemen , 1471 , in-4® , édition très rare 9 imprimée à longues lignes , au nombre de 27 sur les pages entières , avec des chiffres , mais sans signatures , sans réclames ni sommaires. Mais cet ouvrage n'a plus rantérioritA pour les chiffres depuis qu'on en a trouvé un autre do même imprimeur , publié à Cologne en 1470 , et intitulé : Sermo praedicabilis in festo praesentationis beatissimae Ma^ riae per impressionem multiplicatus , sub hoc currente anno M» CCCC* LXX». C'est un petit in-4« qui n'est composé que de 12 feuillets , de 87 lignes a la page.
( >83) on peut, selon nous, regarder ces livres comme les premiers connus portant des chiffres aux pages ; c'est aussi le premier ouvrage sorti des presses de Hoemen. Quelque temps après , Léonard HoU, de Ulm , per* fectionna la forme de ces chiffres dans sa helle édition de la Géographie de Ptolomée , publiée en 1482. Enfin les chiffres arabes reçurent la forme qu'ils ont aujourd'hui de Widman et Kacheloffen ^ de Leipsick, qui en gravèrent les types en 1489. Toutefois on quitta ensuite , pendant quelque temps , l'usage de ces chiffres dans l'imprimerie pour employer des chiffres romains ; mais la mode de ceux-ci ne fut pas de longue durée.
II. On appelle signatures y en typographie, les lettres de l'alphabet que l'on met au bas des pages recto y c^est-à-dire , qui sont à droite^ au-dessous de la dernière ligne, pour faire connaître l'ordre des cahiers et des pages qui les composent , et par con* séquent faciliter le travail du relieur. S'il y a plus de cahiers que l'alphabet n'a de lettres , on double et on triple le nombre des lettres , tant qu'il est nécessaire , et que le nombre des cahiers l'exige. Pour indiquer l'ordre des feuillets qui composent chaque cahier , on ajoute à la lettre initiale quelques chiffres qui ne passent pas le milieu du cahier , et qui , par leur nombre , marquent le format de l'édition. Quelques imprimeurs emploient pour signatures , des chiffres au lieu de lettres ; et quant aux chi£fres qui indiquent l'ordre des feuillets dans chaque cahier, ik le placent près de la marge interne.
( i84) Comme les signatures sont une des marques carac-* téristiques qui servent à distinguer les anciennes éditions imprimées dans le i5® siècle, et qui souvent nous mettent à même de pouvoir déterminer , d'une manière très approximative , l'âge de ces anciennes éditions qui se trouvent dépourvues de date, il n'est pas étonnant que plusieurs biblic^raphes en aient fait une mention particulière dans leurs ouvrages.
Les bibliographes diffèrent encore ici d'opinion sur celui qui a fait le premier usage des signatures, et sur Tannée où elles furent employées pour la première fois. Middleton ^ dans sa dissertation on the origin ofprinting in England , fixe l'époque du premier usage des signatures à l'an 1474) ^^ ^^ ^^^^ l'honneur de l'invention à Jean de Cologne et à son collègue Jean Manihen de Gherretzen y imprimeurs à Venise (5). Le P. Laire , MM. Laserna-« Santander , et G. Fischer , ont prouvé que Jean Koelhoff de Luhheeh les avait déjà employées dans le Praeceptorium dipinae legis de Jean Nider ^
(5) La raison qui détermina ce savant à soutenir cette assertion , fut la Lectura Baldi super codicem , qu*il po8« sédait dans sa bibliothèque , de Tédition exécutée à Venisd en 1474 , par les susdits imprimeurs , dans laquelle il se trouve des signatures , qui ne commencent que vers le milieu du volume ; particularité remarquable , dont il conclal que la première idée de distinguer les cahiers par les signatures , ne survint aux artistes que dans le cours de Firapression même : JVhich makis it probable , dit-il , that ihe first ihougih of them was suggested during the impression*
(i85) imprimé à Cologne en 1472 , in-fql. Enfin M^Peignot^ dans son dictionnaire raisonné de bibliologie , en fait remonter l'usage juscju'aux impressions d^Ulric Ge-^ ring ^ en 1470.
D'après tous les détails qu'ont donnés sur cette matière les bibliographes les plus renommés , il parait qu'il ne reste pas le moindre doute sur la réalité d'un monument typographique , qui assure , de la manière la plus décisive , l'honneur de l'invention des signatures à Jean Koelhof de Luhech , imprimeur dans la ville de Cologne.
m. La réclame est le mot qui se met au bas de la page verso , et qui est le même que celui qui recommence la page suivante. La réclame ne se place ordinairement qu'à la fin de chaque cahier , quand la feuille est partagée en plusieurs cahiers; mais toujours au bas de la dernière page de la feuille. La réclame facilite le travail du relieur et sert à rec^ tifier les erreurs qui pourraient se trouver dans les ^signatures. L'origine des réclames vient des anciens manuscrits, où il s'en trouve souvent pour faciliter l'assemblage des divers cahiers qui les forment. I) parait que le premier usage en est dû, non à Jean de Spire ^ imprimeur de Venise , comme quelques uns prétendent , mais bien à Vindelin de Spire , 3on frère ; car c'est à celui-ci qu'il faut attribuer l'é- 4lition du Tacite ^ sans date, mais avec des réclames, imprimée vers l'an 1470, in-fol. (6).
(6) y. JLa<er»a, mémoire surVoriginedes signatures, etc.,
IV. On appelle registre ( registrum chartarum > registre des cahiers ) , les premiers mots de chaque feuillet, dont on faisait unetahle. Les feuilles d'impressions des anciennes éditions se réunissaient d'après l'indication de Ce registre , imprimé à la fin du volume. C'est le premier moyen dont les typographes se soient servi pour guider les relieurs dans l'assemblage da feuilles. L'opinion générale est que le registre des cahiers fut employé pour la première fois en 1469(7), par Conrad Sweynheym et Amoldus Pannartz , célèbres imprimeurs de Rome , où ils introduisirent l'art typographique en 1467» OjQ peut donc au moins, en rapporter l'invention à l'année 1469-
Bien qu'on ne trouve pas toujours des registres à la fin des anciens hvres , il est néanmoins probable que l'on s'en servait plus souvent qu'on ne Pimagine, lorsqu'on ne faisait pas usage des signatures ; mais comme le feuillet qui les contenait se trouvait à la fin , il était exposé à être plus souvent déchiré j peutêtre aussi le reheur avait-il ordre de le supprimer lorsque le volume était assemblé et qu'on n'en avait plus besoin.
p. 29. Toutefois , Tabbé Rive , en attaquant ranclenneté de cette édition , veut que Ton se soit servi de réclames pour la première fois dans le Confessionaîe de St.^Antonin y imprimé à Bologne en 1472 , in-4° , sans nom d'imprimeur. Les réclames y sont posées perpendiculairement a la marge du dehors.
(7) Dans les Commentaires de César et le poëme de Lucain. M. Meerman avait donné pour le plus ancien livre aiec registre le Virgile d^Vlrio Ean de 1473. '
( i87 ) CHAPITRE Xn.
Des souscriptions et de la date.
La souscription est la formule par laquelle finissent tous les ouvrages imprimés dans le i5^ siècle; elle était ordinairement conçue en ces termes : Ex-pUcit liber qui dicitur , etc.; ensuite se trouvait le Bom de la ville , celui de l'imprimeur , la date de l'année et du mois où il avait été terminé ; mais quelquefois on n'j^ voyait ni nom d'imprimeur , ni date , ni nom de ville. Dans la^eaucoup de livres du i5® siècle on trouve des souscriptions manuscrites , ce qui ne doit pas peu contribuer à jeter de la défiance sur certaines dates ; il a même été souvent reconnu que des souscriptions imprimées n'étaient pas exemptes de fraudes (i)^
(1) La bibliothècjue du consistoire de Stuttgard possède un eiceroplaire de la bible allemande , imprimée à Strasbourg par Jean Mentel, Quoique Ton n*y trouve aucune indication de ville, d'année et d'imprimeur, cependant Nast^ dans ses éclaircisseraens historiques et critiques des six premières éditions allemandes- de la bible ,. qu'il a publiés en allemand , et Steigenbergeriy dans sa dissertation sur les même éditions , affirment que celle-ci a été exécutée à Strasbewg en 1466 par MenteK II appuyent leur asser* lion sur la souscription du Galligraphe qui a rubrique les lettres initiales de cette bible de Stuttgard et Les lignes suivantes : Eûpplioit liber iste anno Domiui miUesimo quthdringentesimo *^^ sexagesimo sexto , formatus arte impressoria fer venerabilem virum Johannem Mentell in argentina. A la
La date s'écrivait de plusieurs manières , ou bien en toutes lettres , et souvent ou en cliiflFres romains ou en chiffres arabes. L'usage d'esprimer la date d'un livre en chiffres romains remonte aux premiers temps de l'imprimerie , et cette manière a été adoptée par la majeure partie des imprimeurs. La manière d'employer les chiffres arabes n'est point sujette i variation ; mais il n'en est pas ainsi des chiffres ro» mains ; car en voyant les diverses manières dont ki imprimeurs ont modifié les mêmes signes pour ex^ primer des quantités différentes , on serait tenté de . penser que leur but était de se rendre inintdlî^ gibles (:j).
Nous croyons dono devoir donner une table m* plicativedes valeurs numériques des chiffres romains , et nous y joindrons des exemples pour faciliter la connaissance des diverses combinaisons que les im* primeurs ont employées pour augmenter ou modifier la valeur des signes numériques.
I , un. III , trois.
II , deux. IIII , ou IV , quatre.
place des quatre étoiles , le même enlumineur ayait écril qmnquagesimo ^ mais -voyant aussitôt son erreur, il annula ce tnot par une barre assez forte , et ajouta quadringêt^ tesimo,,.. Toutes ces éditions souscrites et datées par du enltmiineurs sont très-douteuses «
(2) £n efBet , les personnes les plus versées dans la coo* naissance de ces chiffres , sont quelquefois embarrassées et forcées d'examiner avec attention la position de ces signet pour prononcer avec certitude^
V , cinq. LXXX , ou XXC , quatre-
VI, six. vingt
VII , sept. - LXXXX, ou XC , quatre- Vin , huit vingt-dix.
Vim , ou IX , neuf. LXXXXIXouICouaOIX,
X, dix. quatre-vingt-dix-neuf.
XX, vingt G, cent.
XXX, trente. CCCC ou CD, quatre cents.
XXXX, ou XL, quarante. D , cinq* cents.
L, cinquante. DG, six cents.
LX, soixante. DGGCG ou CM , neuf cents.
LXX, soixante-dix. M, mille.
On voit par cette table que le cliiffi*e moindre , lorsque précède un chiffre plus fort , en diminue la valeur de la même quantité dont il l'augmenterait s'il se trouvait placé après. D'après cela on trouvera facilement quelle est la date ou la quantité qu'on a voulu désigner par ces lettres employées au lieu de chiffi*es , lorsque la marche ordinaire aura été suivie. Mais il est un grand nomhre d'ouvrages du 1 5^ siècle , et même des siècles suivans , principalement parmi ceux imprimés en Hollande, dans lesquels la méthode ordinaire pour les chiffres a été intervertie. Nous allons rapporter quelques-unes de celles qui nous ont semblé les plus singuUères et les plus difficiles à deviner.
MCCCC iiij XXVIII, ou M iiiic iiii viij, i488.
MLCXV, ouMCDXCV, 1495.
M iiij D, i49^
M Jjj D, 1497.
( ïQo )
MCCCCXC vii] , 1498.
MCDXCIX, ou M cccc ID, . . . . 1499.
MCDCII, 1602.
Il arrive quelquefois qu'une partie de la date se trouve écrite en toutes lettres , tandis qu'une autre partie l'est en chiffres romains ou arabes , comme dans l'exemple suivant : Anno millesimo CCCC octo^ gesimo VIII ( 1488 ) , etc.
On voit aussi • quelques ouvrages portant sur le frontispice une date différente de celle qui se trouve à la En , et il arrive encore que , lorsqu'il y a plusieurs volumes , chaque volume porte également quelquefois une date différente , de manière que le premier semble moins ancien que les autres ; ce qui pourrait faire croire qu'il y a plusieurs éditions , et que l'exemplaire qu'on possède est rappareillé (3).
Il existe un grand nombre dWvrages qui ne portent ni date , ni désignation de ville , ni nom d'imprimeur; toutefois un bibliographe doit s'attachera deviner , pour ainsi dire , l'un et l'autre. Or , il ne peut le faire que par conjecture , en comparant les usages du temps , la forme du caractère , la marque du papier , etc. ; alors il est difficile d'asseoir un jugement dont on puisse affirmer l'exactitude (4)-
(3) Entre autres exemples on peut citer celui du heau Cicéron imprimé par les Junte , dans lequel le premier volume est de 1537, le second de 1534, et le troisième de 1536 y hien qu'il n'y ait eu qu'une seule édition. On rencontre assez souvent cette bizarrerie.
(4) Bien que la comparaison des caractères soit lamé^
On trouve plusieurs exemples de la fausseté d'une date , ou par quelques erreurs dans les chiffres , ou parce que l'imprimeur l'a déguisée pour un motif particulier. Ces erreurs ou cette fraude ont quelquefois trompé des bibliographes très-instruits ^ mais il n'est pas impossible de les reconnaître au moyen d'un peu d'attention , pour peu qu'on soit versé dans la connaissance des premières éditions (5).
En étudiant bien le sens des souscriptions des
premiers imprimeurs , on y découvrira une partie
du secret de leur mécanisme ; leur nom , dont ils
ont varié l'orthographe ; celui de leur pays natal ;
les ornemens de leurs éditions, et la cause de leurs variantes (6).
thode la plas usitée , néanmoins elle n^est pas infaillible. En supposant même que chaque imprimeur se soit servi exclusivement d^un caractère, n*est-il pas possible qu'à sa mort , ce même caractère ait passé dans les mains d'un autre , et même ait été transféré dans un autre ville.
(5) Par exemple, la date de la ^t'Mta Sacra ^ Embricae y Gnminger , 1465, est évidemment fausse , puisque Gruninger n'a rien imprimé avant 1490 ; mais on doit présumer que , par une faute typographique , le 9 a été retourné et n'a indiqué qu'un 6. Le Puellarum décor, de Janson , en 1461 , est de 1471 , encore par une faute typographique non corrigée , etc.
(6) Par exemple, dans la souscription de la première et seconde édition du Psautier... Praesens Pstjmorum,,, La seconde ( psalmorum ) codex venustate capitaliwm decoratus rubricationibusque sufjicienter distinctus , adinvencione artificiosa imprimendi ac earaeterizandi absque calami ulla exaracione sic efflgiatus , et ad eusebiam dei industrie est con-
( I90 EnCn il n'est pas rare de trouver dans k souscription des livres , des termes énigmatiques , dont il faut. deviner le sens (7). Les unes indiquent d'une manière précise l'année où l'ouvrage fut achevé (8) ;
8utntnatu8.„ Dans la seconde {ahsque ulla calami exaracione... et ad laudem dei ac honorem SancH Jacobi est consummatus ) per Johannem Fust civem Moguntinum et Petrum Schoyffer de Gernssheim.,. Dans la seconde ( et Petrum Schoifker de Gernsheym clericum ) anno dni tnillesimo CCGC LVII. in viglia asstmpctoms... Dans la seconde ( GCGC. LIX XXIX, die menais Augusti).
On -voit par cette souscription, et par d*antres documens, qne Jean Fust était un des citoyens notables de la Tille de Mayence. Pierre Schoiffcr ^ S coiffer ^ Schoyffer , Sokoefher^ était clerc y c*est-à-dire , lettré, artiste distingué, enlumineur , scribe. V. Lambinet , sur Torig. de Timpr. p. 144.
(7) On lit dans le catalogue des manuscrits de la bibiothèque pauiine , Leipsick, 1686 , in-12, page 441 : Finivi Ubrum totum sine manibus istum. Or , nous ayons tu des hommes et des femmes , sans bras , dessiner et é<irire par le moyen d'un pinceau ou d'une plume, qu'ils tenaient entre les lèvres , ou entre les doigts du pied droit.
(8) A la (in du Doctrinal du tems par Pierre Michaultj secrétaire de -Charles, duc de Bourgogne, on lit le quatrain suivant imprimé , dont nous suivons exactement Torthographe :
« Vn trepier et quatre croissans « Par six croix auec sy nains faire « Vous feront estre congnoissans « Sans faillir de mon milinire « Cy fine le doctrinal du temps présent « Imprime par Golard Mansion a Bi'uges* Suit le me logranime.
Le quatrain de cet ouvrage satirique , moral et all^o-
( »93 ) d'antres donnent le nom de fauteur d'une manière éûigmiatiqné dans des vers , qui sont à la fin , intitolé^ : Die suBscripcie (9).