CHAPITRE XXI
De V achat des livres.
Une bibliothèque , pour être précieuse , ne doit pas seulement admettre dans sa composition des livres rares ou d'une belle exécution ^ mais il faut aussi qu'elle se distingue par la bonté des éditions et la beauté des exemplaires. C'est surtout dans la connaissance des bonnes éditions qu'un bibliographe doit exceller ; c'est la première qu'il lui importe d'acquérir, parce que c'est la base de toutes les autres , et que sans elle il sera toujours exposé à commettre des erreurs graves aussi préjudiciables à sa réputation qu'aux revenus de la bibliothèque dont les soins lui sont confiés.
La beauté des caractères , celle du papier , mais surtout la pureté du texte , sont les premières qualités qui constituent la bonté d'une édition. Les ouvrages en langues savantes ont principalement besoin de cette dernière qualité, parce que la plus légère faute, une lettre changée ou omise, un défaut de ponctuation, rendent un passage inintelligible et changent entièrement le sens de la phrase. Ou doit ensuite faire attention à la grandetu* des marges ; examiner si les feuilles ont été pliées avec soin et les cahiers cousus bien également ; il faut qu'où n'y aperçoive aucunes taches , soit d'encre , soit de graisse : bien qu'on ait découvert le moyen de les faire disparaître , c'est néanmoins un défaut essentiel.
Le choix des livres pour une bibliothèque universitaire , où , malgré les fonds , souvent trop modiques , dont on peut disposer , l'on doit embrasser tout le cadre des connaissances humaines, est d'autant plus difficile que les demandes des Professeurs tendent naturellement à sacrilBier l'ensemble aux détails, U ne faut donc pas acheter au hasard tout ce qui paraît urgent dans un moment ; mais l'intérêt de l'instruction publique et l'honneur national exigent que l'on tienne constamment la bibliothèque au niveau des lumières. Avec des fonds extraordinaires , ou s'il reste une partie des fonds ordinaires disponible , on pourra compléter les différentes parties n^ligées , ou acheter de grands ouvrages de bibliothèque et d'autres bons traités qui se rencontrent si souvent à bas prix dans les ventes publiques.
L'achat des livres doit se faire par, une seule personne , et d'après un plan général ; car l'expérience a prouvé qu'il était dangereux et même préjudiciable aux intérêts d'une bibliothèque d'abandonner aux Professeurs le choix et Y achat des Upres (i);
(1) Car il arrive souvent que les professeurs reçoivent de Tun ou Fautre libraire du pays , des ouvrages à inspection ; négligent de les renvoyer à temps au dit libraire , s'ils ne peuvent leur convenir pour leurs propres études , et , après les avoir conservés chez eux deux à trois ans , les considèrent, pour s'en d'ébarrasser , comme acquisitions faites pour compte de la bibliothèque , sans s'être premièrement concertés avec le bibliothécaire et sans savoir, si les ouvrages dont ils veulent doter la bibliothèque y sont
(98) il est de même dangereux d'en abandonner le choix au bibliothécaire seul.
Pour prévenir tout abus , le premier bibliothécaire adressera annuellement (2) au conseil académique une liste des journaux et des ouvrages généraux qui ne se trouvent pas à la bibUothèque , et qu'il juge nécessaire ou utile d'acheter ; il adressera une seconde liste des journaux et ouvrages spéciaux aux différentes facultés , pour être autorisé à en faire l'achat. Le bibliothécaire se conformera à ces décisions pour autant que la somme accordée pourra y subvenir.
Si , avant l'emj^i des subsides , une vente publique de livres était annoncée, le bibliothécaire sera autorisé à y faire des achats qui ne pourront dépasser le tiers de la somme accordée. Il en sera responsable y et ne doit acheter que les livres qui entrent dans le plan d'une bibliothèque d'Université.
Nous avons considéré jusqu'ici les acquisitions sous
complets , si ces mêmes ouvrages se trouTent à la bibliothèque ou non , ou s'il y existe de meilleurs ouvrages dans ce genre.
(2) L'époque la plus convenable pour présenter ces listes , est Touverture des cours académiques , fixée au 1*' Oct ; puisqu' alors les professeurs sont en état de mieux connaître les ouvrages relatifs aux cours qu'ils vont donner pendant Tannée, et qu'il reste encore du temps au bibliothécaire pour prendre les abonnements aux journaux périodiques, qui commencent ordinairement avec le nouvel an.
( 99 ) le rapport littéraire , il faut en dire un mot sous le rapport financier.
Il est vrai que la signature du bibliothécaire , qui doit être apposée à tous les comptes des libraires ^ relieurs , et autres fournisseurs , est une garantie suffisante que les fonds ont été employés conformément à leur destination ; il est néanmoins essentiel de faire tenir à la bibliothèque des registres qui rendent possible de vérifier en quelques jours si tous les livres portés en compte ont été réellement placés à la bibliothèque, si tous les travaux indi* qués ont été exécutés, etc.
Il sera inutile d'entrer dans de plus grands détails sur la tenue de ces registres. Chaque bibliothécaire, d'ailleurs , peut avoir une méthode qui lui soit propre pour l'inscription des Kvres nouvellement achetés et pour les autres ouvrages faits pour le compte de la bibliothèque (3).