‹ Manuel du bibliothécaire, accompagné de notes critiques, historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 35 sur 75 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Des manuscrits et de leur utilité.

Comme les manuscrits sont les livres auxquels les amateurs et les curieux attachent beaucoup de valeur ^ et qu'ils forment la richesse la phis précieiase des grandes iDihliatbèques , il est important pour un hibliotkécaire de s'attacher à les connaître , et d'ea faire une étjude particuhère (i).

Les objets aiuquels il faut faire attention en examinant on mamiscrit, sont : i^ leur a^ciemieté^ 2^ la distinction des différentes éeritcires nationales qui ont eu lieu pendant plusieurs siècles , et don( la naissance , les progrès «t la décadence sont de 1^ plus grande utilité pour déterminer Page des anciens manusorits^ qui précédent le 1 3^ «iècle ; 3^ les lan*-

(1) Pour bien connaître les manuscrits, c^est aux savans traités «que nous indiquons dans la III* partie de notrar manadl , qu'il faut recourir.

( ro6 ) gties smcieiities et modernes dans lesquelles ils sont écrits ; 4<> leurs matières ; 5^ les liqueurs métalliques et autres qu'on a employées, la beauté de récriture ; 6® les miniatures , les vignettes et les arabesques qui l'accouipagaent ; et enfin, 7® la couverture qui , par la matière et les bas-reliefs , souvent antiques dont elle est t)rnée , intà^esse également l'antiquaire et l'artistow

Un manuscrit acquiert du prix non-seulement par la beauté de son exécution , mais aussi par son ancienneté. Il est donc intéressant de connaître quelques-uns des signes caractéristiques de cette ancienneté. Il résulte des deux savans ouvrages de Trombelli et.Gatterer: 1^ que les pkis anciens manuscrits qui existent ne vont pas au-delà du 3® siècle de Tère vulgaire , encore n'est-on pas très certain qu'il en existe qui remontent aussi haut ; 2^ que dans les plus anciens manuscrits jusqu'au 8* siècle , il n'y a point de séparation entre les mots, et que les lignes sont entières sans intervalle ; 3^ que le point y est omis, et que lorsqu'il a commencé à être employé, c'est au haut de la lettre et non dans la ligne ; 4^ que les virgules n'ont commencé à être en usage qu'à la fin du 10® siècle ; 5^ que ce ne fiit qu'au i5^ qu'on s'est servi de signes d'interrogation, d'exclamation , et de la parenthèse (2); 6^ qu'on imagina

(2) Avant que de ponctuer , on commença, pour faciliter Tintelligence , par laisser un espace vide entre chaque phrase; c'est la plus ancienne manière de distinguer les pauses et

( »07 ) dans le 1 3^ de séparer les mots par de petits traits inclinés de droite à gauche (3); 7^^ que les abré^ viations sont rares dans les manuscrits antérieurs au 8® siècle , tandis qu'elles deviennent si multipliées dans les siècles suivans , qu'elles rendent la lecture des manuscrits très-difficile, et quelquefois impossible (4).

On se convaincra de suite qu^l n'est pas toujours possible àe décider l'âge d^iin manuscrit par la seule inspeetion des caractères , sans courir risque de se tromper d'un siècle. Car tes modèles d'^écritures qu'on trouve dans les manuscrits et dans les traités sur la diplomatique sont individuels ^ les régies ne sont

le sens complet oh incoinfrfet du ^scoars. Ces phrases es* pacëes donnèrent ensuite lieu à la ponctuation.

(8) Les manuscrits de la plus haute antiquité ne paraissent pas composés de mets ; on dirait que ce n'est qu^une suite de lettres serrées les unes auprès des autres, sans aucnne division ni distinction quelconque. Cette confusion des mots caractérise particulièrement, les manuscrits antérieurs à Gharlemagne et les diplômes antérieurs à. Pépin le Bref.

(4) Les abréviations étaient déjà communes après te 6* siècle; elles le furent davantage au 8*, encore plus au 9*; elles se multiplièrent à Tinfini au 10* ; daas le 11" il n j a pas de ligne où il nV ait jusqu'à huit à dix abréviations ; enfin, dans les 1!^*, 18«, 14* et 10* sièeles^, l'usage des abréviations fut porté a Te^cès^ yécritare en fut farcie-, môme dans les ouvrages en langue vulgaire , et dans les premiers eiemplaires de l-imprimerie. Y. Dom de Vaines, diot. rais, de diplomatique au mot obtéviations^

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formées que sur un très petit nombre d'inâividos , et il y a une foule de causes qui concourent à faire Tarier les écritures. On croirait que la nature a voulu que chacun eût une écriture particulière , comme chacun a sa voix et sa physionomie; il est au moins certain que la différente disposition des muscles de la main , leur flexibilité plus ou moins grande qui est dépendante du tempérament de chacun , peuvent former un caractère particulier ; mais outre cela , la nation du copiste , ses goûts y les modèles qu'il a eus sous les yeux , le prix qu'on a mis a ses ouvrages, doivent encore occasionner des variations dans les écritures ; de là aussi les distinctions faites par quelques législateurs de la diplomatique , qui établissent des classes particulières d'écriture, suivant la nation des écrivains.

Comme la plupart des anciens manuscrits ne portent pas de note chronologique , c^est par la forme de l'écriture ou par des indices historiques qu'on en doit juger. L'écriture examinée avec soin , fournit des caractères exclusifs de certains siècles et convenables à d'autres. En considérant les diverses sortes d'écritures par leurs classes et leurs genres , elles manifestent évidemment leur âge (5). On doit donc se

(S) Par exemple : left manuscrits totalement écrits en capitales ne sont pas postérieurs au 8* siècle. Un livre entièrement en onciales doit être jugé antérieur à la fin da 10* siècle; un manuscrit en onciales, dont les titres des livres et les lettres initiales des alinéa paraissent sans ornn*

familiariser arec V écriture capitale , quarrée ^ ronde y aiguë , cubitale , élégante , rustique et nationale ; avec X écriture ondoie romaine , gallicane , mérovingienne , lombardique , visigothique , Caroline , anglo^axonne , allemande et demi-onciale ; ^vec ïécritLore minuscule lombardique , mérovingienne y gothique ancienne , Caroline , teutonique , saxonne , capétienne , romaine; avec Vécriture cursii/e nationale , romaine , lombardique , mérovégienne , Caroline , capétienne , allemande y anglo-saxonne , visigothique ; avec Vécriture allongée > tremblante , mixte et mélangée , liée ; avec Vécriture gothique majuscule , onciale , minuscule , cnrsive , etc. Enfin il est nécessaire de savoir dire dans quel siècle on se servait des lettres armoiriées, bâtardes, blanches, bourgeoises; des let^ très en broderies , en treillis , ou à mailles , ou composées de chaînettes ; des cadeaux , des lettres enclayées , des lettres de forme ; des lettres capHsdes ; des lettres tréma ; des lettrines ; des lettres en mar*quéterie , des lettres perlées , ponctuées , sohdes ,

ments, appartient à la plas haute antiquité, surtout quand les lettres sont d^une élégante simplicité, sans bases ni soDimets , etc. La cursive romaine , telle qu'elle était employée dans les tribunaux, change de forme do siècle en fiièôle , et dégénère depuis le 6* en mérovingienne et eo lombardique; depuis le 10" elle tourne insenl$ibleme<it vers le gothique, qui se distingue de Técritare franco-gallique et do la sàiODiie , etc.

( iio ) supérieures, tondues et barbues, toumeures, taoïchées , d'or ou d argent , etc. (6).

Avant la découverte de l'imprimerie , l'art da peintre embellissait les copies faites à la main > comme celui du dessin et. de la gravure embellit aujourd'hui les ouvrages qui sortent de nos presses , et l'art d'ornier ainsi les manuscrits s'appelait coUi-graphie. . On s6 bornait quelquefois à enluminer les lettres , à varier les couleurs , à faire serpenter autour des marges, des guirlandes de fleurs diversement entrelacées. On imagina de distinguer les initiales , le titre , la souscription , la signature de l'auteur ou du calligraphe , en les écrivant en couleur pourpre , et en se servant pour cela du minium ou vermillon (7). Plus tard on enrichit les manuscrits de lettres d'argent , de lettres d'or , et de dessins édatans en ces couleurs métalliques. Après avoir donné la coupleur pourpre aux lettres des manuscrits , on imagina de teindre en cette couleur le vélin même dont ils

(6) V. Dom de Vaines ^ dict. rais, de diplomat. au mot écriture^ et Peignot y dict. rais, de bibliologie , au mot nutnuterits.

(7) Cet usage est fort ancien , et il est mentionné par Ovide dans ses Fastes : Nec Htulus nitmo, neo cedro oharta noiehêr, A cause de leur couleur rouge Ton donna plus tard le nom de rubriques aux règles donnée pour déterminer l'ordre liturgique des offices. On nomma rubricatares , mi" niitiares ceux qui mettaient cette couleur aux premières lettres des périodes et des chapitres , et ils formèrent une profession distincte.

étaient formés (8). Le luxe des manuscrits alk toujours en augmentant, et non seulanent on peignit les majuscules en rouge , en violet , en vert ou en or , mais on les embellit de diverses mosaïques .et de dessins de plantes et d'animaux (9).

D'après ce que nous venons de dire , on voit combien les manuscrits exigeaient de soins et de peines pour leur formation et leur embellissement par des vignettes et des miniatures. Aussi furent-ils jusqu'à l'invention, de l'imprimerie d'un très baut prix. On passait contrat pour leur aliénation. Os devinrent aussi l'objet des donations , des testamens , des legs pieux faits aux églises. Le temps qu'il fallait employer pour l'exécution des manuscrits , ne permettait pas de les multiplier et devait nécessairement les rendre fort rares et par conséquent très cbers (10).

(8) On réserva d'abord ce luxe pour les évangiles et les livres de piété ; on Tétendit ensuite aux autres ouvrages.

(9) Cet art connu des anciens , avait reçu chez eux la perfection qu'ils avaient donnée à tous les arts du dessin. 11 conserva encore quelque goût et quelque beauté depuis le 6* jusqu'au 10* siècle ; mais depuis le 10" jusqu^au 14* les manuscrits sont défigurés plutôt qu'embellis par la peinture. A la renaissance de la peinture sur la fin du 14* siècle , les miniatures des manuscrits reprirent leur splendeur , et occupèrent un grand nombre d'artistes.

(10) Si Ton veut avoir une preuve de la cherté des manuscrits , on saura que Grécie , comtesse d'Anjou , dans le 10* siècle 9 acheta d'Aimon , évoque d'Alberstad , un recueil d'homélies au prix de 100 moutons ^ 10 setiers de froment , autant de seigle et de millet , et 8 peaux do

Enfin , la coQâtion des manuscrits eonnos , lorsqu'elle a été faite par des hommes raisonnables et sarants , a d^à jeté une très grande lumière sur une foule de passages obscurs qui sont épars dans les livres anciens qu'on lit le plus souvent. Ce n'est pas seulement par rapport aux auteurs classicpies de Fautiquité que la connaissance des manuscrits est importante; mais c'est parce qu'en nous familiarisant avec l'écriture ancienne , elle nous met à même de connaître les vieux écrivains , poëtes et prosateurs, dont le style a tant de diarme (ii)«

L'importance de cette connaissance doit toujours être bien appréciée ; cette passion pour les vieux écrivains doit aller en augmentant pour pouvoir les exhumer de la poussière des grandes bibliothèques , où ils semblent être ensevelis pour toujours.

martre. Cette cherté fit naître Tidée de les rendre moins voinmineux et par conséquent moins coûteux, soit en dimiouant les frais du parchemin, soît en ménageant le temps des calligraplies employés à les transcrire, ot on parvint à réduire plusieurs -volumes en un , au moyen des abréviations.

(Il) « C'est le moyen , dit M. Sennehter^ de s'approcher autant quUl est possible des auteurs anciens qui font nos délices, et d^avoir entre les mains plusieurs pièces, quUl importe de conserver comme des documens fondamentaux » .. « Cest le moyen de lire les poètes avec plus de plaisir , 1«!8 orateurs avec plus d'intérêt , les historiens avec plus de confiance , et les philosophes avec plus de facilité ; au moins on tes tîi avec plus de pureté , et moios de fautes grossières » . *

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