CHAPITRE Xn
Des souscriptions et de la date»
La souscription est la formule par laquelle finissent tous les ouvrages imprimés dans le i5^ siècle j elle était ordinairement conçue en ces termes : JEo?pUcit liber qui dicitur , etc. ; ensuite se trouvait le nom de la ville , celui de l'imprimeur , k date de l'année et du mois où il avait été terminé ; mais quelquefois on n'y voyait ni nom d'imprimeur, nî date , ni nom de ville. Dans beaucoup de livres du i5® siècle on trouve des souscriptions manu-sentes , ce qui ne doit pas peu cràtribuer à jeter de la Héfiance sur certaines dates ; il a même été sou** yent reconnu que des souscriptions imprimées n'étaient pas exemptes de fraudes (i).
(1) La bibliothèque du consistoire de Stuttgard possède un exemplaire de la hiïde allemande ^ imprimée à Siras^ bourg par Jean MenieL Quoique Ton n'y trouve aucune indication de ville, d'année et d'imprimeur, cependant Nasi^ dans ses éclaircisseraens historiques et critiques des six premières éditions allemandes de la bible , qu'il a publiés en allemand, et Sieigenberger , dans sa dissertation* sur les même éditions , affirment que celle-ci a ét4 exécutée à Strasbourg en 1466 par MenteL II appuyent leur assertion sur la souscription du Galligraphe qui a rubrique le» lettres initiales de cette bible de Stuttgard et les lignes suivantes : Explieit liber ist» anna Domini miUesima. qut^ dringonteaimo ****' s^ragesmo sexto , formatus arte imptessaria fer venerabilem virum Johannev^ Mentell in mrgontintk, A 1%
La date s'écrivait de plusieurs manières , ou bien en toutes lettres , et souvent ou en chiffres romains ou en chiffres arabes. L'usage d'esprimer la date d'un livre en chiffres romains remonte aux premiers temps ùiQ f imprimerie , et eeite iiaemère a été- adopitée par la majeure partie de» imprimeurs» La manière d'empl(^er les ehifire^ arabes n'est point sujette à variatioiè; mai» il n'en est pas ainsi des dûffres romains ^ cat en voyaot ]es diverses manières dent ks imprimeurs ont modifié les mêmes si^es pomr eoLprim^ des ^jiiaiitilés différentes , on* seraH tenfcé de penser que leur but était de se rendre ininteUigiUes (2).
Nous croyons donc devmr donner une table ex-plicative des valeurs numérises des chiffires roittAis, et nous y joixidrans des exemples pour faoilîter la connaissance des diverses combinaisons que les imprimeurs ont employées pour augmenter ou modifier la valeur des signes numériques.
I y un. m , trois.
H y deux. un , ou IV , quatre.
place des quatre étoiles , le môate ealuBÛttenr «rmi écrift ^mnquageâimo , n^ais ipoyant aussitôt son en^eur^ il annahi ce mot par une barre assez forte , et ajoota quadringet^^ tenma..n. Toutes ces éditions souêoriteê et daiéeê pmr des enlumineurs sont très-dontenses,
(2) En effet , les personnes les plus Tevsées dans Itf cob* naissaoce de ces chiffires , sont quelquefois embarrassées et forcées d'examiner avec attention la position de ces signes pour prononcer avec certitude.
( »89) V , cinq. . ... LXXX , ou XXC,. qùàlre-
VI, six vingt'
VII, sept. LXXXX, ouXC^qûialre-
Vm ,. hviit. vingt-dk.
VIUI , M IX , mnf. LXXXXIXouICouCIDIX,
X, dix. quati^fr-vingt-'diaHneufc
XX, viii^. G, cent.
XXX, trente. GGCGoaGOjqtÉs^reeeiils;
XXXXyotr XL, quarante. D, cinq cents.
L , cifiiqaanbe, DG ,• sel eenAs.
LX, soixante. DGGGG ou GM, neuf cent».;
LXX, soîscante-dîs. M^ mille.
On voit par cette table qùte le chiffre moindre y lorsqpii'il précède uo chiffre pius fort ^ en diminue la valeur de k méâie quaikôté dont il rarugmente*< rait s'il se trourvait placé après. D'après cela» o» trouvera faoiletnent quelle ie^t la date o» k quantité qiftW a voulu désigner par ces lettres* employées^ aulieurde chiffres, lorsque k marche ordînainre aura été suivies Maâs il est nu grand nombre d'ouvrage^ duf f5^ sîèele, et mette des siècles suivant y prinn eipalement parmi eeux imprimés en Holfende,- dams lesquels lia méthode ordinaire pour les ehifires » èbê intervertie. Nous allons rapporter quelques^tùxos^ de^ celles qui nous ont semblé les- pki& c inguliè refr et les plus difficiles à deviner.
MGGCG ïiij XXVm, ou M niic îiiî viij, ï48».
MLCXV, duMCBXGV, ..... 1495.
ÏI iiij D, 1496.
Mjji D, 1497.
MCCCCXC viij , i49»-
MCDXCIX, ou M cccc ID, . . . . 1499.
MCDCn, 1602.
n arrive quelquefois qu'une partie de la date se trouve écrite en toutes lettres, tandis qu'une autre partie l'est en chiffres romains ou arabes , comme dans l'exemple suivant : Armo millesimo CCGG octo^ gesimo VIII ( 1488) , etc.
On voit aussi quelques ouvrages portant sur le frontispice une date différente de celle qui se trouve à la fin , et il arrive encore que , lorsqu'il y a plusieurs volumes , chaque volume porte paiement quelquefois une date différente , de manière que le premier semble moins ancien que les autres ; ce qui pourrait faire croire qu'il y a plusieurs éditions , et que l'exemplaire qu'on possède est rappareillé (3).
n existe un grand nombre d'ouvrages qui ne portent ni date , ni désignation de ville , ni nom d'imprimeur; toutefois un bibliographe doit s'attachera deviner , pour ainsi dire , l'un et l'autre. Or , il ne peut le faire que par conjecture , en comparant les usages du temps , la forme du caractère , la marque du papier , etc. ; alors il est difficile d'asseoir un jugement dont on puisse affirmer l'exactitude (4)-
(3) Entre antres exemples od pent citer celui du beau- Cicéron imprimé par les Junte , dans lequel le premier tolame est de 1537 , le second de 1534, et le troisième de 1536 , bien qu'il n'y ait eu qu'une seule édition. On rencontre assez souvent cette bizarrerie.
(4) Bien que la comparaison des caractères soit lamé-
On trouve plusieurs exemples de la fausseté d'une date , ou par quelques erreurs dans les chifires , ou parce que Timprimeur l'a déguisée pour un motif particulier. Ces erreurs ou cette fraude ont quelquefois trompé des bibliographes très-instruits j mais il n'est pas impossible de les reconnaître au moyen d'un peu d'attention , pour peu qu'on soit versé dans la connaissance des premières éditions (5).
En étudiant bien le sens des souscriptions des premiers imprimeurs, on y découvrira une partie du secret de leur mécanisme ; leur nom , dont ils ont varié l'orthographe ; celui de leur pays natal ; les ornemens de leurs. éditions, et la cause de leurs variantes (6).
thode la plus usitée , néanmoiçs elle n'est pas infaillible. £n supposant même que chaque imprimeur se soit servi exclusivement d'un caractère, n'est-il pas possible qu'à sa mort , ce même caractère ait passé dans les mains d'un autre , et même ait été transféré dans un autre ville.
(d) Par exemple 9 la date de leiBiblia Sacra ^ Embricae ^ Gfuninger , 1465, est évidemment fausse , puisque Gruninger n'a rien imprimé avant 1400 j mais on doit présumer que , par une faute typographique , le 9 a été retourné et n'a indiqué qu'un 6. Le Ptie/Zarui» décor, de Janson ^ en 1461 , est de 1471 , encore par une faute typographique non corrigée , etc.
(6) Par exemple, dans la souscription de la première et seconde édition du Psautier... Praesen9 Pialmorum,,. La seconde ( psalmorum ) code» vewusiate capitalium decoraius rubricationibusque sufficienier disHnctuSj adinvencione arti^ ficio8a imprimendi ao oartusterisandi absque calami uUa exaradone «ic effigiaiua , et ad euiebiam dei industrie est con-
Enfia il nW pas r^re àe trouver dans la son-
scrj|)tâoo des fivres , des termes énigmatiques , dont il
faot deviner le sens (7). Les unes iqdM|neiit d'ane
maoiere précise l'année où l'ouvrage fut adievé (8) ;
svmmakiê.,. Dans la. seconde {ab$que Ma ealami exaraeione.., et ad laudem dei ao honorem SancH Jacobi est eantummaiuê ) per Johannetn Fust cvoem Moguntinum et Petrum Schoyffer de Gemsêheim... Dans la seconde ( et Petntm Schaifher de G^rnêkeym clericma ) anno dni milhnmo CGGC ^LtYlI. im vifKa asmrnpdonis... Dans la secQAde ( GCGÇ. LIXXXIX, die meneii Augusti).
On -voit par cette souscription ^ et par d'antres docamens, que Jean Fust était un des citoyens notables de la TÎlle de Mayence. Pierre Schoiffer ^ Scoiffer^ Schoyffer, Sekœfkor^ était cleroy c'est-à-dire, lettré, artiste distingué, enlumineur , scribe. V. Lambinet , sur Torig. de Fimpr. p. 144.
(7) On Kt dans le catalogua des manuscrits de labibiotlièque pauline , Leipsick, 1686 , in- 12, page 441 : Fimvi /ibrum totum eine manihuê iêtum. Or, nous avons va des hommes et des femmes , sans bras , dessiner et écrire par le moyen d*un pinceau ou d'une plume, qu'ils tenaient entre les lèvres , ou entre les doigts du pied droit.
(8) A la fin du Doctrinal du lems par Pierre Miehault, secrétaire de Charles, duc de Bourgogne, on Ht le quatrain suivant imprimé , dont nous suivons exactement l'orthographe :
« Vn trepier et quatre croissans « Par six croix auec sy nains faire « Vous feront estre congnoissans « Sans faillir de mon mtliaire « Cy fine le doctrinal du temps présent « Imprime par Golard Mansion a Bmges* Suit le monogramme.
Le quatrain de cet ouvrage satirique , moral et
( '93) d'autres donnent le nom de fauteur d'une nlanière énigtnatique dans dés vers, qui sont à la fin, intitulés ; Ûie subscripcie (9).