CHAPITRE X
Du choix d'un système bibliographique pour Parrangen^nt d'une bibliothèque,
Pour la recherche des ouvrages séparés ^ l'ordre alphabétique est sans doute le plus commode ; il n'en est pas de même pour la recherche des ouvra-ges qui traitent du même sujet. Ces productions exigent un ordre systématique , un système bibliographique (i). De sorte que la réunion de ces deux systèmes pourra être fort propre à mener à un bon arrangement. Mais on peut se demander : ^ueUe est la méthode la plus convenable pour le placement des livres ?
Si, pour le placement d'une bihliothèque quelconque on ne devait pas faire attention au système i établir , et qu^on pût placer les ouvrages les uns après les autres au fur et à mesure qu'on en fait l'acquisition; ou si on pouvait placer ensemble i® tous les Hvres du même format , 2^ les volumes de chaque format qui ont la même reliure , pour produire un bel aspect , l'ouvrage du bibliothécaire serait bien facile. Mais , dans les grandes bibliothè-
(1) Od appelle système bibliographique l'ordre observé dans une classification quelconque d'ouvrages , soit imprimés soit manuscrits y pour former une bibliothèque ou un catalogue de lirres..
ques , qui consistent en plusieurs salles , la recherche des livres d'après un tel ordre serait , pour ainsidire, la charge la plus pénible et la plus fastidieuse , vu que , pour la recherche de plusieurs éditions d'un même ouvrage , par exemple , on se verrait quelquefois obhgé de parcourir toutes les salles de la bibliothèque.
Pour obvier à cet inconvénient , on peut toujours :
I. partager toute la collection de livres en autant de grandes divisions qu'on peut disposer de salles , de cases ou d'armoires ;
Q. mettre la classe la plus nombreuse dans la plus grande salle , la moins nombreuse dans celle qui suit , et ainsi de suite en séparant toujours les différents formats.
Dç cette manière on a l'avantage d'avoir ensemble tous les ouvrages d'une seule, ou, au cas échéant , de deux classes de givres du système général.
On peut bien attendre de chaque bibliothécaire qu'il soit en état de projeter lui-même le plan pour un ordre systématique à iqtroduire dans la bibliothèque dont le soin lui est confié ; mais les circonstances ne permettent pas encore di exiger de Jui cette capacité. Si l'on pouvait suivre pour la classification des livres de toutes les bibliothèques le même plan , la difficulté serait à moitié résolue , mais jusqu'à présent on ne connait aucun système })ibliographique parfait j car chaque bibliothécaire ^
a l'instar des naturalistes, fait un. système suivant fies idées (2).
Cependant on ne peut disconvenir que chaque livre ne fasse partie d'une science , laquelle se divise en diverses classes , et peut ensuite se sous-diviser en djfiëi*entes branches (3). Mais à quelle science doit-on donner le premier rang ? Les uns l'assignent à la théologie , les autres suivent l'ordre gra-* duel de nos connaissances : d'autres placent en avant le droit naturel et le droit des gens , etc.-
Le système le plus généralement adopté partageait les livres en cinq grandes classes : théologie y jurisprudence , sciences et arts , helles-letlres et histoire. C'est sur ce plan que les livres sont rangés dans la plupart des bibliothèques de France, et que les catalogues sont rédigés. On a prétendu avoir trouvé les fondemens de cette distribution dans la nature. Mais , bannissons toute idée particulière , dans quelque sens qu'elle se présente , pour ne nous occuper que de l'ordre le plus analogue tant aus
(2) IL faut descendre à des époques extrêmement rpodernes , eu égard à celles où Ton a déjà la connaissance de grandes bibliothèques existantes , pour rencontrer des auteurs , qui aient traité , d'une manière expresse , de la disposition des livres dans une bibliothèque ; car les pre-. miers essais en ce genre ne furent pas heureux.
(3) Car enfin il reste toujours vrai qu'on a besoin d*ui\ système quelconque , pour ne pas laisser péle-méle , et dans une confusion inextricable, des objets réunis en gran(t fiombre dyis un mémç lieu.
( 45 ) instructions que Ton vient puiser dans les bibliothe-
ques , qu a la suite des connaissances dont rhomma est susceptible.
On est assez porte à convenir que le meilleur ordre à suivre est celui des connaissances humaines ; que les livres doivent être rangés comme ils doivent être lus ; et qu'on doit les lire de manière à se pénétrer d'abord des élémens , pour avancer de là aux divers degrés de. perfection. Il nous semble qu'un des premiers besoins d'un homme qui veut feuilleter les livres et faire usage d'une bibliothèque est de connaître les livres ; de savoir lesquels appartiennent à la matière qu'il se propose d'étudier ; l'utilité qu'il peut en tir^r , et les différences des éditions pîlacées à sa portée. Mais , avant d'étudier la bibliographie , il qst bon d'avoir une idée de Yhi&toire dç l'objet dont ils parlent., et des auteurs qui les ont composés. C'est le seul moyen de saisir parfaitement l'esprit de chaque écrivain , de tirer un meilleur parti de ses lectures, et de bien apprécier les livres.
Comme il est nécessaire d'avoir des signes pour exprimer ses idées et pour comprendre celles des autres , les livres destinés à Vétude des langues trouveront donc bien leur place après la bibliographie.
Quant on a acquis la faculté de rendre ses pro-* près conceptions et de comprendre les personnes parmi lesquelles l'on vit, on passe à l'art de les ar-* ranger , à la science qui dirige l'entendement , à la logique y puis à la morale qui forme le cœur , etc. De là nous arrivons à la jurisprudence gui a une
très graùde affinité avec la morale , qu'il serait très possible de les réunir ensemble ^ si toutefois , la jurisprudence n'embrassait pas une trop grande mul-» titude d'objets. .
Après la jurisprudence paraissent lesf bibles , la philologie sacrée , les liturgies , les conciles , les SS. Pères (4)- La religion ayant reçu diverses modifi-^ cations produites par différentes causes , a produit une foule d'opinions et de systèmes réligieuic. C'est donc ici que seront placés les théologiens , les opi-^ nions singulières ; la religion des Hébreux , la religion des Gentils, etc.
(4) NoQs ajotrterons aussi cette classe de livres si dé* criés par une foule de gens qui les jugent sans en avoii* jamais ouvert un seul. Rien de si commun que d^entendre dire tous les jours : que sert de conserver ce fatras de SS» Pères , que personne ne lira plus 9
Quafid il n*y aurait plu^ d'ecclésiastiques pour les lire $ îU seront toujours lus par les vrais savans , justes appré* ciateurs de leur mérite : ces savans n'ignorent pas que st ces livres nous lùÀnquaient , nous serions privés d'une mul« titade de connaisscmces précieuses , ils savent que leurs autours onlt sauvé du naufrage des temps un grand nombre de textes et de fragmens tirés d'ouvrages anciens dont nous regrettons tous les joui^ la perte , et parmi lesquels il en est qui , sans le secours de ces écrivains , seraient demeurés ensevelis dans un oubli éternel , puisqu'on n'en rencontre aucune trace ailleurs que dans leurs écrits. D*autre part, il faitt observer que dans le nombre des Pères, et surtout de ceux de l'église grecque , il s'en trouve plasieurs dont les ouvrages sont des modèles de style et d'éloquence. Â ce titre seul ils mériteraient d'être conservés.
Cest tîonc ici qiie la théologie doit tromrer naturellement sa place ; qu'elle doit être transplantée toute entière (5).
On se livre ensuite aux sciences , d'abord à celles ^i sont le fruit de la seule méditation ; ensuite à <:elle8 qui sont le produit de longues recherches au dehors , et de travaux pénibles. Après 1^ sciences y les arts appellent notre attention. De là on arrive aux grands rassemblements des faits y à Vhistoire uniuerselle ancienne et moderne.
De cette manière nous avons parcouru fe cercle «ntier des objets qui servent d'aliment aux travaux il'un homme studieux. Ainsi l'ordre des principales divisions à adopter pour une grande bibliothèque 4sera le suivant :
(5) Diaprés ce principe > la théologie ne paraîtrait plus â la tète de nos catalogues , e^ nous sommes étonné que ce soit en Espagne qu'on ait commencé à innover sur la classification déjà reçue. Mais ce changement commandé par les circonstances , doit se borner à un simple déplacement; c'est un grand arbre qu'il faut transplanter , avec toutes ses racines et toutes ses branches dans une autre partie du terrain , où il est né.
Il n'y a rien d'étonnant , de voir la théologie occuper toujours le premier rang dans les bibliothèques. Parce que les premières bibliothèques ont été formées par des ecclésiastiques et pour eux. Il est naturel qu'ils aient donné leur attention de préférence à la partie qui les intéressait personnellement , et qui était la plus brillante avant qu'on eût commencé à cultiver sérieusement les sciences y les arts et la littérature.
A. Histoire littéraire ,
B. Bibliographie^