CHAPITRE XXIL De la collation des livres
Le bibliothécaire ne doit jamais acheter un livre sans le collationner. Far la collation on s'assure s'il
(8) Pour la bibliothèque dont le soin nous est confié , BOUS avons arrangé ces registres de manière à pouvoir rassembler facilement tous les livres achetés dans le courant de chaque année d'après Tordre des comptes , et à vériiSer les états deâ relieurs et les autres fournitures.
( ïoo ) est complet , s'il y a des taches ( i ) , des piqûres de vers y des décbirures , des transpositions , enfin s'il existe quelques imperfections qui peuvent en diminuer la valeur et autoriser à le rendre au vendeur.
Cette opération n'est pas aussi facile qu'on se l'imagine ; elle demande beaucoup d^attention , et une connaissance particulière des livres , surtout lorsqu'il s'agit de ceux imprimés dans le i5® siècle et de ceux à figures.
Parmi les différentes manières de collationner un livre j les plus usitées sont celles qui se font par le moyen des signatures , ou par le moyen des chiffres placés au haut des pages ; mais souvent , pour éviter une méprise, on doit consulter la réclame (3).
Mais si l'ouvrage ordinaire , qui possède tout ce qui peut en faciliter la collation , exige autant d'at-* tention , combien de difficultés ne rencontre-t-on
(1) V. II*. part. cbap. xviu.
(2) Car Fune et Tautre de ces deux méthodes ne sont pas toujours suffisantes pour s assurer si Touvrage qui a paru complet , Test réellement. Dans un ouvrage en plusieurs volumes , dans rin-4o par exemple , la signature A du premier volume finit à la page 8 et celle B commence à la 9* , et ainsi de suite jusqu^à la fin ; or , les mômes signatures portent aussi le même cliiflre^ans les volumes suivans ; et si , par hasard , un relieur a mis un cahier d'un volume dans un autre et que ce soit la même lettre paraissant devoir occuper cette place , alors il doit être difficile de ne point se tromper. Pour obvier à cet inconvénieut on voit que plusieurs imprimeurs ajoutent vis« à^vis la signature de chaque feuille le volume de fouvrage^
( >o. ) pas dans celui qui date des premiers temps de l'imprimerie, puisqu'il est sans cbiffres , signatures et reclames (3). Cette difficulté est quelquefois telle qu'il n'est possible de s'assurer qu'un exemplaire dont on est possesseur est complet , qu'en le confèrent avec un autre auquel on est certain que rien ne manque (4)>
Les ouvrages qui doivent être ornés de figures demandent d'autres connaissances et un autre genre de lumières et d'attention , parce que ces figures sont susceptibles de diverses modifications soit quant au nombre , soit quant à la qualité des épreuves (5). n est nécessaire de connaître le nombre des figures qui enrichissent un ouvrage , ainsi que l'endroit oii elles doivent être placées ; il faut les compter et surtout prendre garde qu'il ne s'en trouve quelqu'une répétée à la place de celle qui doit s'y trouyer , ce qui arrive quelquefois (6).
(8) V. II* part. chap. xi.
(4) Cette ressource , lorsqu'il est encore possible de se la procurer , est ÎDfinimeot précieuse , et il sera bon de consulter dans de pareils cas les ouvrages de Maittaire , Panzer , Laserna , Bain , elc. , sur les impressions du 15* siècle.
(d) Quant au nombre , parce qu'il serait possible qu'on en eût soustrait quelques-unes qui n'auraient paru qu'après l'ouvrage fait et livré ; pour la qualité, elle consiste dans la beauté des épreuves qui sont avant la lettre ou du moins des premières épreuves , avec les remarques qui servent à les faire recoanaitre.
(6) Par exemple dansTOffant^o /urioto de l'Arioste, édi-
Ces figures peuvent encore être avant la lettre ^ ou tirées en couleur , ou bien même coloriées ; comme dans la plupart défi ouvrages sur l'bistoire naturelle : dans tous les cas il est nécessaire d'apporter beaucoup d'attention, afin de découvrir les supercheries qu'on met souvent en œuvre pour tromper. Il faut aussi examiner si les figures sont d'une égale beauté et n'ont point été mélangées , ce qui ne pourrait former qu'un exemplaire médiocre.
Les ouvrages composés de difiTérentes pièces, de manière que chaque traité semble former un ouvrage seul et indépendant , parce que les cbifires du haut des pages et les signatures recommencent à chacun des traités; ces ouvrages sont très difficiles à coUationner , à moins qu'on n'ait des renseignements positifs sur l'ordre d'assemblage par rapport aux temps où ils ont été composés ou aux matières dont ils traitent , ou , ce qui vaut mieux , un exemplaire complet du même livre (7).
Il n'est pas très-aisé non plus de coUationner les
tîon de Venise , 1584 , avec les figures de Porro , ou la figiu*e da 84® chant manque presque toujours; mais, pour masquer ce défaut , on a mis à sa place celle d'un autre. Dans d'autres ouvrages, il y a des figures qui doivent être doubles , ou du moins porter les remarques qui indiquent que ce sont les premières épreuves ; il y en a beaucoup de cette espèce.
(7) Parmi ces sortes d'ouvrages , on peut citer FHîstoria Conchyliorum de Martin Leysier ^ l'Harmonie universelle du P. Mer senne , etc.
( io3) ouvrages de certains auteurs, qui cmt composé un grand nombre de fuèces peu volumineuses sur diverses matières , lesquelles ont été imprimées à des époques éloignées l'une de l'autre (8).
Une autre espèce d'ouvrage bien plus pénible à coUationner est cçUe dans laquelle doivent se trouver des cartons (9).
Il existe enfin d'autres ouvrages dont la coUation
(8) Tels soDt ceux de Caiharinoi^ de Bluet éFArhère^ qui prenait le litre de comte de Permission, et de quelques antres originaux ejusdem farinae , dont les productions sont très difficiles à trouver complètes.
(9) On appelle carton en terme d'imprimerie , un ou plusieurs feuillets détachés d'une feuille entière , et imprimés séparément , que Ton ajoute a un ouvrage , soit lorsque la matière qui reste à un imprimeur ne suffit pas pour compléter la feuille ou la demi-feuille , soit pour corriger une erreur , en substituant le carton a un ou plusieurs feuillets que Ton supprime dans un volume , soit pour obéir aux exigences de la censure ou par d'autres considérations analogues.
Sous le .régime de la censure par exemple , qui a précédé la révolution de 1789 , lorsqu'un auteur avait inséré quelque chose dans un ouvrage qui avait échappé aux ciseaux des douaniers de la pensée , et qui néanmoins avait déplu soit au gouvernement, soit à des corporations ou à quelques personnages puissans , alors il se croyait fort heureux d'en être quitte pour supprimer les passages qui avaient déplu ; ce qu'il ne pouvait faire qu'en réimprimant à ses frais tous les feuillets sur lesquels il se trouvait un de ces passages , et le relieur substituait ces feuillets réimprimés à ceux qui avaient été proscrits , et c'est là ce que Ton nomme des cartons.
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présente des difficultés , ce sont ceux , qui , étant terminés et n'ayant rien qui indique qu'ils doivent
avoir une suite , passent néanmoins pour imparfaits lorsqu'on n'y a pas joint un traité ou une dissertation ou quelques autres pièces données après coup , et qu'on a l'habitude d'y joindre (lo).
(10) Par exemple : le traité des serpens et des dragons dans THistoria anicnalium de Gesner ; la dissertation sur quelques monnaies de Charlemagne à la fin du traité historique des monnaies de France , par Leblanc , etc.
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