‹ Manuel du bibliothécaire, accompagné de notes critiques, historiques et littérairesChapitre 38 sur 118 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

De T origine de Pimprimerie.

L'histoire de Fimprimerie devant être conaîdéréei commç une des branches les plus essentielles de la bibliographie , il devient absolumeqt indispensable pour tous ceux qui desii^ent faire des progrès dans» la connaissapce des livres , et bien spécialement poui^ les personnes chargées de la garde et can^rvs^tion desi bibliothèqi^çSjd'avoir quelques notions particulier^ de son origine et de ses progrès, et de cpaaaitre ^ même temps , les artistes célèbres qui , par leurs talens , ont contribué le plus à la perfection de cet ^rt , dont l'invention est généralejofient regardé^ , comme la plus utile découverte qui ait été produite par le génie humain (i).

Semblables aux sept villes de la Grèce , qui jadis ce disputèrent Thonneur d'avoir donné le jour a Homère , trois villes de l'Europe prétendent à la gloire d'avoir donné naissance à l'imprimerie. Les uns attribuent l'honneur de cette découverte à Haar^ lem , les autres à Mayence et d'autres enfin à Strasbourg.

Il parait très-certain que l'imprimerie doit sa naissanqp à l'art de la gravure en bois. Les cartiers

(1) « Ârs illa ingeniosa , quâ dod alia unquam extitit caeterisartibus procao vendis et quibuscumque rébus pera* gendis utiliori». jtfat^toire, Annal, typogr. tom. III ^ pag. 3w

( "9) OU fabricâns de cartes à jouer , dont l'origine est rapportée au i4^ siècle, commencèrent les premiers» à graver en bois des images de saints ; à ces images ils ajoutèrent ensuite quelques versets ou sentences analogues au sujet. L^art faisant des progrès, on ne se borna plus à mettre en vente des images séparées et particulières ; mais on grava une suite de planches avec leurs explications , et on en forma des livres xylographiques (2) , c'est-à-dire , en plan*^ cfaes de bois , et images , dont plusieurs ont précédé dans l'imprimerie les livres qui offrent une daté certaine. Ces livres d'images sont connus sous le nom de Biblia pauperum ^ Spéculum humanae sal^ vationis y Ars moriendi , etc. Il est donc très-vraisemblable que ces impressions ou ces livres d'images , qu'on rc^rde comme les premiers essais de l'imprimerie , ont indiqué le moyen de parvenir à la découverte de cet art important , puisqu'il ne s'agissait plus que de couper les lettres gravées en relief dans ces planches , ou bien de les sculpter séparément , afin de les rendre mobiles, pour pouvoir imprimer à volonté tel mot , sentence ou discours , qu'on jugerait à propos.

C'est ce qui fut exécuté, vers l'an i438, par Jean Guttenberg , de Mayence , artiste très ingénieux , comme il est constaté par les pièces authen-

(2) On dît ouvrages , paqeè , caractères , et flanches itylo- ^apkiques , ponr désigner que ces objets ont été gravés ou sculptés sur bois.

tiques d'un procès , imprimées pour la première fois par Schoepflin, dans ses Vindiciae typographicae (3). U résulte en outre de documens incontestables, de preuves authentiques, qui sont les vrais titres de rhîstoire, que Jean Gaensjleisch , dit Sorgerhch , dit Guttenberg du nom de sa demeure à Mayence (4) > le premier qui se soit occupé de lart de l'imprimerie , après plusieurs tentatives suggérées par son génie, était déjà parvenu en l'an 14^9 , à établir dans la Tille de Strasbourg une presse , des formes et diverses autres pièces servant à l'impression. Mais malgré les efforts que le dit Guttenberg et ses associés ont faits dans ce genre de travail , ils ont eu le malheur de ne pas réussir parfaitement dans leur entreprise, soit à cause de l'imperfection des outils nouvellement inventés et mis en usdge , soit par d'autres motifs qui nous sont absolument inconnus. Guttenberg, épuisé de travail, se rendit vers i44^ dans sa patrie, s'associa avec un orfèvre appelé Fust ou Faust ^ un des notables de Mayence , qui l'aida de ses con-

(8) Guttenberg exerçait en outre Tart de polir des pierres précieuses et des glaces de miroir.

(4) Wtmpheling dans le Gâtai. Episcop. Argent. 1^08 , n* 77 , l'appelle la maison boni montis. Dans les anciens documens le nom de l'inventeur est écrit Gutenberg ou Gudenberg. Trithême le nomme tantôt Gutenberg , tantôt Gut' ienberg ; voyez Meerman^ tom. II , p. 102 , et 128 La der* nière orthographe a été adoptée par plusieurs auteurs modernes.

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seils et de ses moyens (5) , pour se livrer à de nouvelles tentatives. On admit dans la société, un homme ingénieux et réfléchi , tiommé Piene Schoeffer , natif de Gernsheim , ville du Rhin. Il imagina une méthode plus facile de composer des caractères et de leur donner une mesure, une forme plus régulière et mieux proportionnée ; il trouva la taille des poinçons , il fît de nouvelles matrices et d'autres instruments. Cette invention qui ne laissait plus rien à désirer que le perfectionnement , eût lieu vers i452. Cela ne doit pas nous empêcher de dire que la ville de Strasbourg est le vrai berceau de l'art typographique; c'est à Strasbourg que l'imprimerie proprement dite a été , pour ainsi dire , ébauchée par J, Guttenherg (6) , achevée et perfectionnée ensuite , dans la ville de Mayence , patrie de ce dernier.

La typographie fut à peuprès entièrement concentrée et mystérieusement exercée à Mayence jus-

(5) Faust s'obligea d'avancer à GuUenberg une somme de 800 fl. à 6 % d'intérêt, pour Tachât et la préparation des instruments nécessaires à Tinipression. V. Lichtenberger^ hist. de Tinv. de Timpr. p. 5.

(6) Ce que Pierre Schoeffer n'osait dire ouvertement du vivant de Jean Guttenberg , et de Jean Faust , par égard pour eux , il l'a dit après leur mort dans les vers qu'il imprima à la suite des Institutiones lusiiniani , où il assure qu'en effet Jean Cruiienberg et Faust avaient été les premiers imprimeurs ( protocaragmatici) ^ mais que lut, Pierre Schoeffer, les avait surpassés dans fart de fondre les caractères, etc. Voyez Lichtenberger , hist. de l'inv. de fini-

primerie, p. 10.

qu'en 1 462 , qu'Adolphe , comte de Nassau , soutenu par le pape Pie II , ayant surpris cette ville , la priva île ses libertés et de ses privil^es. Alors tous ceux qui s'occupaient d'imprimerie s'enfuirent , et portèrent leur industrie dans diflfiérens pays. C'est ainsi que cet art passa de l'Allemagne en France et successivement en Angleterre , en Italie , en Russie et jus^ qu'en Oriait. Les imprimeurs les plus renommés de ces temps furent : en Allemagne , Ammerbach , Commelin, lesGymnicus et les Wechel; en Suisse, les Froben et Oporin ; en France , les Badins , les Etienne , les Colines, les Vascosan , les Pâtisson, les Griphel , les Morel , les Vitré , les Nivelle , les Cramoisy , etc. ; çn Angleterre , Caxton et Corsellis ; en Hollande , les Elzévir , Janson , et Van der Aa ; Blaeu , les Moretus , et les Plantinà Anvers; en Italie, les Manuce et les Bomberg.

Dès ce moment la typographie marcha à grands pas vers sa perfection , et jamais devise n^a mieux convenu à l'imprimerie que celle de crescit eundo. On peu dire que peu d'arts mécaniques ont fait plus de progrès qu'elle dans les temps modernes, et les Anglais citent avec un juste orgueil Gaston , Baskerville, Benseley; les Italiens, Bodoni de Parme; et les Espagnols , Ibarra , dont on admire une superbç édition de salluste , publiée en Espagnol par l'infanl don Gabriel ; en France à l'exemple de leurs illus-* très devanciers , l'estimable famille des Didot , cultivant avec le même succès les lettres et leur bel art , ont enrichi celui-ci. de plusieurs découvertes utiles , en même temps qu'ils ont publie diverses

( "3) éditions io-folio d'uD luxe dont les presses françaises n'avaient point encore offert de modèle, A ces nom» bonorables nous ajouterons ceux de MM. Crapelet , Pinard , Bignoux , Lefèrre et les Fanckoucke dont 1^ belles édilioDs attestent aussi la part qu'ib ont aux prt^rès que )a typographie a faits de nos jours (7).

IVous terminons cet article par faire mention d'un procédé qui , sans contredit , a contribué essentiel-r lement à perfectionner l'art typographique : ce procédé , c'est la sléréotypie , ou . l'art d'assujétir et de rendre fixes des caractères primitivement mobiles (8).

Constater quel est le pays et l'individu auxquels revient l'honneur dé la découverte primitive ; ou plutôt [puisqu'il est possible que par l'effet du hazard ime même chose soit inventée presqu'en même temsen deux endroits, et qu'unartisle se croie l'inventeur d'un procédé qui existe déjà ailleurs (9} ],en quel lieu cette

(7) Les ouvrages à consuller sur l'histoire de l'imprimei'ie se trouvent indiqués (taos la 111* partie de notre manuel.

(8) Ce qu'indique clairement le nom même, emprunté du substantif grec rmr ( letlr& , caractère ) , et de' l'adjectif m'fiw ( tl^lide , fixe ). Et il ne peiit pas être question ici de tailler en buis ou de couler spontanément en métal des planches d'impression solides , qui se rapprochent d'avan- . lage de l'art de la gravure que de l'art typographique , sans le concours duquel elles sont eiéculées.

(9) C'est enlr'autie ce qui a eu lieu par rapport à l'im-

manière d'imprimer a été pratiquée en premier lieu , n'entre pas dans notre plan. Les bibliographes n'étant pas d'accord sur ces questions , nous renvoyons le lecteur aux ouvrages de MM. Camus , ff^estreenen de Tiellandt y et Lamhinet , indiqués dans la lU^ partie de notre ouvrage. Nous nous contenterons d'en faire ici ressortir quelques avantages.

D'abord , au moyen de formes bien composées , corrigées avec soin et puis rendues solides, ce procédé prévient, pour toujours, les fautes qui, dans la manière d'imprimer ordinaire , résultent facilement du déplacement ou de la cbùte des lettres ; et ensuite parce que ces formes n'étant pas rompues , mais conservées dans leur entier , les frais du papier et du tirage se bornent aux exemplaires dont on a besoin , et qu'on évite par là des avances considérables et souvent inutiles; tandis qu^^n cas de demande ultérieure, les formes ou planches conservées servant de rechef , sans de nouveaux frais de composition , il en résulte que le prix des impressions exécutées de cette manière , ne revient pas à la moitié du prix des impressions ordinaires (lo).

pression' xylographique , an moyen de planches en bois, qui , au coruriiencement du 15° siècle, fut introduite comme Yine nouveauté dans Toccident , tandis quelle était pratiquée en Chine depuis plusieurs siècles.

(10) Car , d'après les calculs des typographes , la vente de 250 exemplaires est nécessaire pour couvrir les frais d'une édition ordinaire , tandis que pour couvrir ceux d'une édition stéréotype il suffit d'en vendre 80 ou 100.

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Malgré que , par ces mêmes motifs , cette manière d'imprimer ne puisse pas être généralement introduite , attendu que pour la plupart des ouvrages , quelque fois même pour les meilleurs et les plus estimés , il suffit d'un seul tirage , qui souvent encore ne s'épuise pas en entier ; et qu'il y en a bien peu qui jouissent des honneurs de la réimpression , le nombre des livres , sur le débit permanent et durable desquels on peut compter , tels que les Bibles à l'usage des églises , des Sociétés Bibliques et des Missions , les livres de prières et les liturgies des différentes communions religieuses, les livres d'école; , les dictionnaires , quelques auteurs classiques , les ta-* bleaux et sommiers , destinés à être remplis à la main , etc. , est néanmoins encore assez grand , pour que l'on puisse sous plus d'un rapport se servir de cette invention avec fruit ; et c'est en effet oe qui a lieu , depuis nombre d'années en France , en Angle* terre , en Allemagne , et en Hollande , depuis que les Didot y les Herhan , les Enschedé , etc. , chacun par des procédés divers , ont porté à une grande perfection l'art de la stéréotypie (ii).

(1 1) Vierre Didot Tainé, Firmin Didot, et Louis-Etienne Herhan , après une infinité de tentatives relatives au perfectionnement du stérëotypage , obtinrent des brevets d'invention. Peu après avoir obtenu ces brevets, ils publièrent un prospectus d'éditions stéréotypes, dans lequel ils firent ressortir les avantages de ces éditions , dont nous avons fi^it mention ci-dessus.

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