CHAPITRE XVm
lie la manière de restaurer les Uvres et ^enlever les taches dont ils sont sotiillés.
n est essentiel qu'un bibliothécaire connaisse la manière de i^estaurer les livres qui ont pu être en-dommages y soit par le temps , soit par quelque accident. Des livres très curieux ou très précieux tacliés d'encre ou d'huile , seraient impitoyablement mis au rebut par bien de personnes^ si l'on ne connaissait pas l'art inventé par Vialard et Heudier , art qui reçût le nom de Bibliuguinancie (i). Il consiste à blanchir le papier , à en enlever toute espèce de taches , à réparer les ravages des vers , à retabUr dans quelque langue que ce soit , tout ce qui a pu leur servir de patûre , soit lettres , soit vignette» , à rendre au papier la force qu'il a perdue, et tnême à loi donner celle qu'il n'a jamais eue , etc.
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(18) Les reliures de Thouvenin surtout se distinguent par une extrême pureté et par utfe sévérité de ^orût qui cependant D^eietnt pehil la nehesse, par lit précision eft le fini ; cnfîn , par cette rcebercbe d& perfSferlion qui veut ne rien laisser désirer à la pensée.
(1) L^art de restaurer les livres endommagés.
, ( a33 ) Le Dictionnaire de ï Industrie s^exprime ainsi à ce sujet : (c U arrive souvent que Thuile qui entre dans la composition de l'encre des imprimeurs , se sépare à la longue de cette encre , et tache le papier, sui^ lequel elle s'étend imperceptiblement ; la même chose arrive aux estampes. Nous allons indiquer le mojen d'y remédier. On ôte d'abord la couverture du livre qu'on veut nettoyer , ensuite on prépare une lessive avec de la cendre de sarment de vigne ; il ûe faut point que la lessive soit trop forte ; pour cet effet on met un boisseau de cendre sur quatre seaux d'eau de rivière ; on la fait bouillir plusieurs lieures pour que l'eau se charge des sels de la cendre ; on la laisse reposa l'espace de 7 à 8 jours ; on la tire ensuite à clair par inclinaison. On peut alors , avec cette lessive, nettoyer toutes sortes de livres et d'estant^ pes, pourvu qu'ils ne soient point écrits avec encre ou couleurs gommées ; car il n'y a que l'encre d'im^ pression qui résiste à ce blanchissage. On prend le livre que l'on veut lessiver , on le met entre deux cartons que l'on serre légèrement avec une ficelle , afin que la lessive puisse pénétrer entre les feuillets; dans cet état , on met le livre bouiUrr un quart d'heure dans la lessive préparée ; on l'en retire en-** suite ; on ôte la ficelle , et on le met en presse pour en exprimer toute Feau qui sera chaînée de sa crasse ; on le laisse sous presse un quart-d'heure , puis on le remet de nouveau dans la lessive bouillante comme auparavant; après l'avoir passé une seconde fois à
la presse, on le met dans un chaudron plein d'eau
de rivière , bouillante et propre , qui achève de' le nettoyer parfaitement, et d'en enlever toutes les taches de graisse et de crasse sans que le papier ni l'impression en souffrent. S'il y avait quelques endroits qui ne fussent pas bien nettoyés , il faudrait recommencer le même procédé. Comme , dans ces opérations réitérées , les lessives détachent t^ne bonne partie de la colle du papier , qui alors , n'ayant presque plus de corps , serait sujet à se déchirer, on y remédie en mettant le livre par deux fois dans de l'eau d'alun, et même alors il pourra souffrir FécHture sans boire l'encre; on fait ensuite sécher le livre sur des ficelles, en éparpillant un peu les feuillets (a), dans un endroit qui ne soit point exposé au grand air , ni au grand soleil. Il faut qu'il sèche lentement. On peut, en suivant la même méthode, blanchir les estampes , et l'orsqu'on veut les faire sécher , on doit avoir les mêmes précautions , et les suspendre à des ficelles avec de petites fourchettes en bois ». Lorsque les estampes sont couvertes d'une teinte jaune qui provient de ce qu'elles ont été imprimées avec de l'huile qui n'a point été assez brûlé , ou d'une teinte rousse, qui leur vient d'avoir été exposées aux impressions de l'air, on fait disparaître ces couleurs en répandant sur les estampes de l'eau bouillante à plusieurs reprises , et uniformément ;
(2) Parce qne , si on les laissait sécher appliquées Tune sur Tautre , elles risqueraient de se coller ensemble en séchant , et de se déchirer lorsqu'on voudrait les séparer.
on les met dans un yase assez grand pour leé contenir dans toute leur longueur; on verse dessus de l'eau bouillante, et on couvre le vaisseau avec un linge pour concentrer la chaleur ; au bout de 5 à 6 heures les estampes reprennent leur blancheur naturelle , c'est-à-dire , celle du papier. Les taches d'encre qui peuvent endommager les estampes s'enlèvent en y versant de l'eau-forte ; mais il faut à l'instant verser de l'eau fraiche par dessus , afin que l'eau-forte ne morde pas avec trop d'ardeur : on peut laisser l'eau fraiche 5 à 6 minutes sur l'estampe ; ensuite on la pompe avec un linge fin , et on la serre entre des feuilles de papier , que l'on charge , pour empêcher qu'elle ne se chifibnne en séchant.
L'emploi du bi-chlorure de chaux appliqué par M. Payen, au nettoyage des gravures enfumées et tachées, aux livres jaunis par le temps, etc,a produit des résultats très satisfaisant. Voici ce procédé extrait des Annales de V industrie nationale et étran-gère (3).
c< On prépare une solution saturée de bi-chlorure de chaux ; lorsqu'elle est faite et filtrée , on y plonge la gravure et on la laisse séjourner dans ce liquide jusqu'à ce qu'elle ait pris une couleur blanclie ; l'espace de temps est plus ou moins long, suivant que, la gravure soumise à l'opération est plus ou moins
(a) Cahier de Juillet 1820 » pag. 89.
( 336 ) pale (4). On retire la gravure de la solution et on la lave avec de l'eau claire à plusieurs reprises. L'odeur du chlorure de chaux n'étant pas de nature à incommoder comme celle du chlore , c'est un grand avantage pour l'opérateur. On peut si la gravure est grande , la placer sur une tahle garnie de rebords , et on l'immerge de bi-chlorure de chaux. Quand cette solution a enlevé les taches , on lave avec de l'eau claire et on fait sécher. La solution qui a servi à nettoyer les gravures peut encore , après cela, servir a désinfecter des matières putrides, etc. )!>•
Il y a des hommes patiens qui ont le talent dé recoller fort adroitement du papier neuf, et qui font disparaître par ce moyen les piqûres de vers. Ce remède, qui peut être employé utilement sur la marge des livres , n'est pas sans inconvénient quand les vers ont endommagé l'impression ; mais alors on peut corriger ce défaut avec un imprimeur adroit.
Quant aux taches de fruit , de tabac , etc. , on les enlève facilement , soit en faisant tremper la feuille tachée dans l'eau pure , soit en ajoutant à cette eau quelques gouttes diacide muriatique oxigéné (5).
(4) En 5 minutes , des gravures tachées de fumée et d'humidité ont été rendues à leur état primitif.
(5) Toutes les fois qu*on emploie cet acide , il faut avoir soin de laver la feuille dans l'eau pure , en observant toujours de ne pas frotter le papier t^x se détruit aisément îorsqu il est humecté.
Beaucoup de livres sont empreints sur la marge d'une crasse qui est venue des doigts des lecteurs , surtout de ceux qui font un grand usage de tabac. La lessive caustique emporte cette graisse, mais il faut du temps pour la faire disparaître entièrement.
En général il faut de la prudence et de la patience dans ce genre de travail. On a besoin d^y faire une sorte d'apprentissage, et il y aurait de la témérité d'entreprendre un essai sur un ouvrage précieux, sans avoir fait auparavant de longues épreuves sur des bouquins sales.