PRÉFACE
La bibliographie, dans son ensemble, s'étant élevée ati i*ang dés sciences ^ la connaissance dès livres et de leur conservation est devenue l'objet des éludes des gens savants et zélés à répandre les lumières (i) ; et quoiqu'elle soit une cîe ces branches dont l'utilité n'est pas pluô atppareftte qu€ celle d'une infinité d'autres travaux, cependant elle Feùiporte peut-être sur bien d'autres. Nonobstant cela, celui qui se livre à l'étude sérieuse de la bibliographie, doit s'attendre à n'avoir pas même la satisfaction que l'on reconnaisse dans ses travaux l'assiduité et les recherches sans nonâbre qu'ils lui ont coûtées. On ignore encore toutes les difficultés que présente •la bibliographie à ceux qui là cultivent : ces travaux sont minutieux , pénibles, sans profits, sans éclat, sans gloire; on ne pense guère à la persévérance qu'il faut au bibliographe, au bibliothécaire, pour ne pas renoncer à sa tâche, lorsque d'avance il ne peut espérer d'y atteindre la perfection ; car, chaque jouf, il fera de nouvelles découvertes ou trouvera des corrections à faire.
Si la science de la bibliographie n'exige pas les dons brillants de l'imagination , les connaissances du bibliographe et du bibliothécaire ne peuvent cependanj; se borner au matériel des livres et de leurs éditions; il lui faut une lecture étendue et encyclopédique, la conûais-
(i) La bibliographie a , ati reste , en elle-même un attrait particulier pour les personnes instruites , et plusieurs ouvrages démontrent (jue des hommes éminents et (fun esprit élevé, n^onî pds dtulaîgné de s'en occtrj)er; il y a même peu de davs/nts ouf propriétàli^s de bibliothèques qui n'en éprouvent la tentation , empêchés quMTs sont par des occupations ohligàfèircs.
sanco de riiisloire liltéraîre (i), la possession des langues rlassîqaes et des principales langues vivantes (2), l'esprit de critique, le don de l'assiduité, l'amour du travail, l'esprit d'ordre (3), une grande persévérance, une bonne mémoire (4), et surtout cette passion pour son état, qui seule peut lui donner la force et le courage de s'y vouer entièrement; enfin certaines qualités secondaires dont l'assemblage n'est pas moins rare (5).
(1) L'étude de Thistoire liltéraîre et de la connaissance des livres, celle de leur mérite, de leur rareté, et même des diverses parties de leur matériel, est si importante , qu'elle doit être au premier rang et continuelle , pour marcher pas à pas avec Tcxpériencc de chaque jour, qui ralimenle autant par les nouvelles pubUcations que par Tinnombrable quantité de livres qui existent.
(3) La connaissance des langues anciennes et modernes est maintenant si répandue , qu'il y a peu de personnes qui , cultivant les sciences, ne la possèdent ; elles ne peuvent même plus s'en passer si elles veulent être au niveau des lumières du siècle. Le bibliothécaire en a donc plus besoin que qui que ce soit , ne serait-ce que pour classer et cataloguer les livres.
(3) Le bibliothécaire, comme le bibliographe, par la nature de leurs études , ont besoin d'un zèle assidu, studieux et laborieux; celui qui n'est point doué du goût du travail et d'une minutieuse exactitude ne peut espérer aucun succès , et s'il ne possède pas l'esprit d'ordre dans le sens le plus étendu de ce mot, il lui manque une des qualités essentielles. Ce ne sera que grâce à ces dons qu'une # bibliothèque se trouvera constamment dans un état d'ordre tel , que l'absence ou la mort du bibliothécaire ne pourra jamais se faire sentir, et que le successeur ne sera pas forcé, en commençant l'exercice de ses fonctions, de mettre de l'Ordre dans l'établissement qui vient de lui être contié.
(4) La mémoire, cette conservatrice de toutes les connaissances, sans laquelle il n'existe ni science ni art, est plus nécessaire au bibliothécaire qu'à tqut autre; à chaque moment il en a besoin , et jamais elle ne lui sera assez étendue ni assez Qdèle pour se rappeler avec exactitude des titres , des noms d'auteur, des particularités innombrables du matériel des livres , et |>our se souvenir de toutes les petites localités de la bibliothèque. Il est bien à plaindre si, pour trouver chaque livre, il est obligé de recourir au catalogue, tandis qu'une bonne mémoire lui éviterait de nombreux ennuis, des recherches longties et réitérées pour luimême et pour ceux qui viennent le consulter.
(5) Une bonne écriture en est une des premières, et, sans vouloir shutenir qu'il soit positivement de bon ton parmi les gens qui se vouent A l'étude, d'écrire de travers et mal, sinon illisiblement, il est un fait , c'est que le plus grand nombre d'entre eux ont contracté cette mauvaise habitude uniquement pour ne pas avoir l'air d'un homme de bureau , mais bien pour prouver que récriture nette et lisible n'est pas digne d'un esprit supérieur. Un bibliothécaire, plus que tout autre doit donc s'appliquer, sinon à une belle main, au moins à une écriture nette et très-lisible; car tous ses travaux, surtout les catalogues, ne sont pas destinés
Les bibliothèques, la littérature et en général toutes les connaissances humaines ont pris, par les progrès du temps et des lumières, un caractère plus précis, et les soins des bibliothèques publiques ne peuvent plus être confiés qu'à des personnes qui, par une étude assidue, ont acquis les différentes connaissances spéciales aux conservateurs de pareils dépôts, et l'activité de celui qui est à la tète d'une bibliothèque doit sans cesse avoir pour but, V organisation j V augmentation et la conservation bien entendues du dépôt qui lui est confié ; ne jamais négliger la classification raiionneUe des livres, la bonne rédaction des divers catalogues ^ et les soins les plus attentifs dans V administration de l'ensemble (i).
Ces peu de mots sur les devoirs, connaissances et qualités d'un bibliothécaire suffiront pour prouver qu'un homme éclairé, ayant fait de bonnes études et connaissant à fond le mécanisme administratif d'une bibliothèque, sera toujours d'une utilité plus réelle, comme bibliothécaire, que le plus grand savant à qui manquerait cette connaissance (2). Et que deviendraient ces magni-
seulement à son propre usage, mats bien à celui de tous ceux qui les consultent, même longtemps après lui.
Cl) Beaucoup d^administrateurs ont le grand défaut de s'imaginerqu'ils vivront éternellement , et de ne point penser à Tavenir ni à leurs successeurs ; se fiant sur leur mémoire, ils gardent dans leur tête la clé de leurs travaux , sans rien confier au papier ; et lorsque la mort ou toute autre cause les éloigne de leur place, les afiFàiresqui leur étaient confiées se trouvent dans un tel chaos , qu'on ne peut les débrouiller qu'avec peine et avec du temps et beaucoup de frais.
Un bon moyen conservateur , c'est de former des élèves , afin de trouver parmi eux des aides exercés et des successeurs habiles ; car souvent les travaux les plus utiles et les mieux entendus restent en projets, ou interrompus par le départ du bibliothécaire , faute de personnes capables et pénétrées des mêmes vues que celui qui les a commencés.
(2) Au résumé , les devoirs et les connaissances d'un bibliothécaire sont plus étendus et plus nombreux que ceux que l'on exige souvent pour d'autres emplois ; cependant , le public les apprécie rarement , quoique le conservateur d'une bibliothèque puisse, dans sa carrière, se distinguer aussi bien que tout autre savant, et acquérir une célébrité d'autant plus méritée qu'elle est plus difficile à gagner.
Nous sentons qu^en exigeant d'un bibliothécaire tant de savoir, tant de lumières, nous nous faisons à nous-même notre procès. Mais si une expérience
fiques bibliothèques, et à quoi servîraient-eHefl, si elles n'avaient de ces conservateurs qui, par leurs connaissances et par leur zèle obligeant, les rendent utiles a tout ViCnant et en facilitent tout le service par une organi^ation méthodique et bien entendue? Ce seraient dès raines d'or sans exploitation ! (i)
De nos jours, où le goût de la lecture, des reherclies scientifiques , historiques et littéraires se répand de pjhîs en plus, les livres occupenf, parletir inlluencei&ur l'oirtës le« classes de la société, une place importantè^aiis les relation&des honmies,etlesWMîbthèquie8\pubKque8 e^t particulières se miihiplient et s'agrandissentj^ropottîônnellement ; cafr, notre siècle e«t non seulement pUtls rfche en livres qu'aucun de ceux qui se sont écoulés, uïàis la littérature elle-même a pris un immense déreloppément. Toutes lesi^ienees ont reçu, sinon une nouvelle
de 14 années passéesau «er<¥ree de (rois grandes bibliothèque»: publiques de>Belgîque ne nous -a .pas rendu si habile, au moins nous a-t-èlle appris.,. en q^us fesanl connaître ce qui nous manque, qu'elles sont les connaissances requises dU'bibMoih'écaîre et les devoirs qu'il a à remplir; telle nous a mi's en état par cela même d'en parler avec plus d'assurance.
(i) Toutes ees qualités , dont nous venons de parler, ne suffisent cependant pas pour rendre un bibliothécaire accompli ; il faut encore qu'il soit bon adoiinietrateur pour gérer avec éconow/e et co^i^c/ence les fonds disponibles. Mais malheureusement, l'emploi de bibliothécaire est trop souvent conféré, comme une occupation accessoire, à des personnes qui déjà ont d'aulres fonctions à remplir. Cependant si l'impossibilité d'accorder lesuppoiniements suffisants aux besoins convenableB d'une personne oblige à celte espèce de cumul, il faut du moins en choisir un dont le zèle pour la couservâtion de ce .trésor soit bien connu; mais la nécessité d'une pareille économie n'existe pas, et lorsque la^ persuasion que cet emploi n'exige que peu de temps et de soins est l'unique cause d'une telle mesure, il n'y a nulle excjuse. En tout cas , le cumul est peu admissible pour un bibliothécaire qui veut remplir sa place avec conscienoe et juiit inévitablement à la bibliothèque et aux intérèlsdu public qui la fréquente. Nous dirons plus, le bibliothéeoir.e qui ne voudra consacrer aux occupations 4le «on emploi que les heures de l'ouverture de la bibliothèque publique -ne^pourra remplir ses devoirs quetrès^imparfaitemeot, parce que les plus importants et les plus essentiels de ses travaux demandent à être faits dans les heures où il est certîtin de ne pas être interrompu. De cette manière il n'aura certainement pas le temps de s'occuper de pamphlets politiques ni d'ornithologie comme lefènt certains bibliothécaires, auxquels nous nous permettrons de dire quMls doivent être bibliothécaires a vaut tout, s'ils veulent remplir leurs fonctionsavec honneur et mériter le salaire qui leur est alloué.
forme, du moins une nouvelle vie, qui se distingue par une activité plus réelle et plus étendue, et les productions littéraires se sont augmentées en quantité et en force agissante sur notre génération.
Cette influence de la littérature, cette estime que les nations ont appris à accorder au mérite scientifique des hommes et des livres, n'ont pas laissé d'agir également sur les bibliothèques publiques et particulières : on a compris qu'il ne suffit pas de réunir un grand nombre de volumes, mais qu'ils soient établis en un ensemble rationnel par leur arrangement matériel et par la rédaction des catalogues; on veut que ces établissements soient au niveau des besoins de notre temps.
L'existence, dans un endroit quelconque, d'un grand nombre de livres entassés dans des caisses ou sur des rayons, ne constitue point une bibliothèque : pour que la réunion d'un grand nombre de livres mérite le nom de bibliothèque , il faut qu'ils soient classés d'après un système quelconque, arrangés de manière que l'on puisse s'en servir. Le principal moyen pour rendre une bibliothèque vraiment utile est de pouvoir satisfaire le plus promptement et le plus facilement possible aux recherches littéraires ; et, pour y parvenir, il faut de bons catalogues et une disposition bien faisonnée des livres.
Le catalogue, cette sauve-garde d'une bibliothèque, ce guide fidèle dans l'usage des livres qui la composent, en est en même temps le premier conservateur : c'est par lui que Pexistencc de*chaque volume est constatée; c'est lui qui indique la place où on doit le trouver (i).
La rédaction faite avec la plus minutieuse exactitude, n'est pas si peu importante que bien des gens se l'imaginent; cependant il y a trop d'exemples, mémo dans quelques-unes des plus célèbres bibltothèques, de caf a-
(i) Ce catalogue, pour être complet, doit renfermer les titres de tous les ouvrages <ait« aucune exception, qu^ils soient* reliés ensemble ou non, qu'ils forment desimpies brochures de peu de pages ou de» ouvrages d*une centaine de volumes.
logues incomplets, inexacts, trop abrégés, outaits avec une indiflPérence évidente. Et que résulte-t-il de la rédaction et du classement mal faits d'un catalogue? Recherches multipliées , sinon inutiles , renseignements inexacts, perte de temps, défectuosité des nouveaux catalogues basés sur l'ancien, et enfin, par ces raisons mêmes, inutilité de la bibliothèque.
Dresser un catalogue de livres qui ne contienne aucune erreur est, sans doute, aussi impossible que la perfection de toute autre oeuvre des hommes, et les difficultés s'y augmentent en proportion des innombrables détails qu'il contient; mais avec de la persévérance, une minutieuse exactitude et une critique éclairée, on peut approcher de cette perfection et donner à un pareil travail le mérite delà véritable utilité, qui ne laisse à celui qui les consulte aucun doute sur leur exactitude micrologique. A cet effet, il faut se livrer à l'ouvrage comme si la perfection était chose possible , et cette illusion peut seule faire faire quelque chose de bon en ce genre.
Sous le rapport de la classification des titres, il y en a deux espèces : l'une systématique ou par ordre de matières; l'autre alphabétique. Le catalogue systémortique est l'état ou l'inventaire dans lequel les livres sont inscrits, suivant un système littéraire et scientifique, chacun à la place que son contenu lui assigne. Dans le catalogue alphabétique ^ au contraire, les ouvrages sont portés, sans aucun égard au sujet dont ils traitent, dans l'ordre de l'alphabet que le nom de l'auteur ou le premier substantif du titre lui indique. Celui-ci a l'avantage de faire découvrir plus promptement un livre dont on connaît le titre ; l'autre, tout en présentant le même avantage, aide, en outre, à trouver tous les ouvrages écrits sur un mêra^ sujet, et donne, pour les études et les recherches, plus de facilité qu'aucune autre méthode.
Il est incontestable que, dans le catalogue alphabétique, on trouve immédiatement un livre , si on en sait
littéralement le titre et l'auteur; mais, quand on ne, connaît Fun ou l'autre que vaguement, le catalogue systématique est le guide le plus sur. 11 est donc urgent qu'une bibliothèque possède l'un et l'autre. Dans la classification alphabétique, la chose la plus essentielle, c'est de suivre rigoureusement l'alphabet dans la composition syllabaire des mots et des noms. Cette classification est toujours la même, elle n'est soumise à aucun raisonnement; elle est connue de tout écolier, et ne présente point, par conséquent , la moindre incertitude, ni dans son exécution, ni dans les recherches que l'on y fait.
11 n'en est pas de même de la classification systématique. Les catalogues systématiques sont nécessaires comme guides et conseils ; mais la classification, pourbien remplir ce but, en est plus diflScîle que l'on ne pense . et il faut des études sérieuses et une critique éclairée pour savoir assigner à chaque livre sa place précise dans les diflPérentes divisions d'un système bibliographique.
Avant de commencer l'organisation d'une bibliothèque on doit donc tracer un plan mûrement réfléchi et approprié au genre de sa composition et aux localités. Ce plan une fois arrêté, il faut l'adopter et ne plus s'en écarter (1) ; dès le commencement il est encore du devoir' du bibliothécaire d'établir tous les travaux de manière que son successeur puisse s'orienter immédiatement et sans difficulté, afin que l'usage de la bibliothèque n'éprouve jamais d'interruption (2).
(i) La manie des changements et des innovations sans nécessité et sans résultat utile expose parfois à de graves dangers; elle n'est jamais plus nuisible qu'aux bibliothèques où Ton doit se les interdire , surtout en entrant en fonction : on doit alors ne pas s'écarter du chemin tracé par ses prédécesseurs , et ne penser aux véritables améliorations, que lorsqu'on connaîtra parfaitement la bibliothèque dans tous ses détails.
(3) L'administration d'une grande bibliothèque est, de notre temps, tellement étendue et composée de tant de parties, qu'elle nécessite un personnel plus ou moins nombreux. 11 faut donc qu'il y soit attaché autant de personnes qu'exigent son étendue et l'usage auquel elle est consacrée; sans cela, l'ordre.
On ne peut donc être assez circonspect dans le choix ou dans la formation d'un système bibliographique, afin qu'il soit également utile et commode aux différentes classes des lecteurs ; car chacun part d'un point de vue particulier, ses études spéciales lui faisant concevoir une autre filiation des connaissances humaines.
Or, plus un système est simple et rationnel dans le développement naturel des classes principales par les divisions et subdivisions, plus il se rencontrera avec les idées que toute tète logique suit dans ses recherches : mais aussitôt que l'on passe les limites d'un tel système pour se perdre dans les systèmes subtils, compliqués et incertains de la métaphysique on ne travaille que pour soi ou pour ceux qui peuvent suivre la même route.
Il existe, dans le monde littéraire, un grand nombre de ces systèmes, adoptés par les différentes bibliothèques publiques et par les personnes qui ont fait de la bibliographie une étude particulière; mais la plupart de ces systèmes bibliographiques ne conviennent plus à notre époque ; car les progrès des sciences et les lumières demandent des raiodifications dont, il y a cinquante ans, on ne sentait aucune nécessité (i).
Le choix parmi ces systèmes dépend, en outre, de l'étendue, deTla spécialité d'une bibliothèque, du goût, des études il des connaissances de celui qui s'occupe d'un pareil travail. Les anciens ne nous ont rien laissé sur l'ordre qu'ils observaient dans leurs bibliothèques. Le premier qui a écrit sur cette matière, est un nommé Flobiais Treffer, qui a donné une méthode pour classer
rutllilé et la conservation souffrent d'une manière ^ toujours croissante. La capacité et le zèle des employés diminuent, au reste, la nécessité du grand nombre; surtout lorsqu'il leur est présenté une position honorable et des appointements qui les compenseront des travaux continuels et souvent arides de leurs fonctions.
(1) Ces modifications deviennent indispensables par la publication d'ouvrages sur des matières jusqu'alors inconnues. Les révolutions politiques, comme les découvertes dans les sciences , offrent constamment des exemples de ce genre. Cependant il faut être aussi circonspect dans la suppression d'une ancienne division que dans la création d^une nouvelle.
les livres, imprimée à Augsbourg en 1560; mais on fui plus satisfait des ouvrages que publièrent en 1587 Gor- DOifA et en 1008, Sghott, sur le même sujet (i). Depuis cette époque on a commencé à travailler sur celte matière avec plus de succès encore. En 1627, N'audk, puplia son Avis pour dresser une bibliothèque (2) ; L. Jacob publia un traité des plus belles bibliothèques publiques et particulières (3). Un des systèmes les plus récommandables du 17' siècle est celui où Ton expose l'ordre et la disposition des livres du collège de Clermont tenu par les Jésuites à Paris (4). Ce n'est guère qu'au commencement du 18" siècle que l'on a vu se perfectionner la rédaction des catalogues. Le catalogue de Franck, passe pour un chef-d'œuvre de cette époque (5). On .doit à Gabriel Martin un grand nombre de bons catalogues et tous rédigés avec beaucoup de soin. Plus tardsedistin guèrent dans la rédaction des catalogues, en France : les De Bure frères, Tilliaed, Barrois, Merlin, De LanoiNE, Renouard, Brunet, Barbier, etc., etc.; en Allemagne : Daehnert , Endligher , Franck, Enslin , ërsgh, Kaiser, etc.; en Belgique : ërmens, Paquot, Laserna, etc.; eh Angle terre :Glarke, Johnson,St£w ART, Dibdin, etc., etc. Le système le plus généralement adopté en France est celui de G. Martin, (à quelques modifications près), et qui en devait le fond au père J. Garnier; et parmi tous les bibliographes qui y ont introduit des modifica-
(1) Voy. ScBOTTVS, A. , Hispaniae hihliotheca, s. de academiis et bihliotheciê, etc. Francof. 1608, 4».
(j) NACDt, 6., advis pour dresser une bibliothèque. Paris, 1637, 8® — 2« édition, 1644, in-S» — S' édilion , 1688, 8«. — Traduit en latin dansScHHiDU acceagio ad coltectionem Maderianam de bibliothecis, Helmstad. 176S, 4«, p. 71 sqq, ^ Traduit en anglais par J.Eveltr ,sou8 le titre : Instructions conceming erecting a libraty, London 1661 , Sp.
(s) Jacob, L., traité des plus belles bibliothèques publiques et particulières qui ont été et qui sont à présent dans le monde. Paris 1644 , in-S».
(4) Garnerius, 5,, ssystema bibliothecœ coUegii parisietisis Societatis Jesu. ParisiiSj\ei7%^ in-4«. —Voy. aussi J. D. KoELERUs^x/Z/o^e aliquot scriptorum de ordinanda bibliotheca, pag. 1 sqq.
(5) Frarckios , J. M., eatalogus bibliothecœ Buravian as. Lipsiœ, 1750 sqq, S tonU 7 voit. iii-4o;
tions, tout en conservant les principes fondamentaux, se distingue surtout feu M' A. A. Barbi£R, dans son Catalogue de la bibliothèque du conseil d'État, publié à Paris en 1803, 2 voU. /»-/(>/. Ce système adopté partage les livres en cm^ grandes classes : Théologie^ Jurisprudence, Sciences et Arts j BeUes- Lettres^ et Histoire. C est sur ce plan que les livres sont rangés dans la plupart des bibliothèques et que les catalogues sont rédigés.
En Allemagne, en Angleterre, en Hollande et en Belgique presque toutes les bibliothèques publiques ou particulières sont classées d'après un système bibliographique différent ; les catalogues ne sont pas non plus rédigés d'après un système uniforme.
Il serait trop long de rapporter ici seulement quelques—uns des principaux systèmes bibliographiques connus et adoptés ; voulant cependant laisser au lecteur le choix de celui qui lui paraîtra le meilleur, nous nous sommes décidé à indiquer, dans i^a appendice a cet ou vrage, les sources où il trouvera rapportés ou suivis les différents systèmes bibliographiques. Ces sources sont :
V Des traités généraux et particuliers sur l'arrangement des bibliothèques.
2" Quelques histoires des bibliothèques.
3* Les principales bibliographies systématiques, générales, nationales et professionales. Enfin,
4* et 5" Des catalogues rédigés par ordre de matières de quelques bibliothèques publiques et particulières.
Quand on n'est pas obligé de respecter une classification déjà établie dans une bibliothèque , et qu'on a les mains libres pour en former une, il faut bien se pénétrer de rimpossibilité de créer un système à lasatisfac tion de tout le monde; les habitudes, les prédilections pour certaines études; les opinions religieuses et politiques de chacun, y demanderont toujours des changements et niéme une intervertion complète de l'ensemble. Mais à quelle science doit-on donner le premier rang? Les uns l'assignent à la Théologie ; les autres suivent l'ordre graduel de nos connaissances, etlesalpha-
bets sont les premiers livres placés el cités dans leur catalogue ; d'autres placent le droit naturel et le droit des gens avant tout, etc. Tous ces systèmes sont plus ou moins imparfaits, et peut-être est-il impossible d'atteindre à une perfection absolue.
Quoiqu'il en soit, nous allons présenter l'esquisse d'un nouveau système bibliographique comme un simple essai dont les imperfections même peuvent être utiles pour conduire par la suite à la découverte d'une nouvelle classificationpréférable à toutes celles qui existent.
L'ordre adopté pour les grandes divisions de notre système est le suivant :
1" Division: Introduction aux connaissances humaines.
Théologie.
Philosophie et Pédagogie.
Jurisprudence.
Sciences mathématiques , physiques et naturelles.
Médecine.
Arts et métiers*
Jï
Philologie et Belles-Lettres.
Histoire et sciences accessoires.
Mélanges littéraires et critiques : Journaux.
De cette manière nous aurons parcouru le cercle entier des objets qui servent d'aliment aux travaux d'un homme studieux. Nous avons adopté un système bibliographique différent de tous ceux connus jusqu'à ce jour, système qui nous parait réunir, autant que possible, tout ce qu'exige l'enchaînement naturel des idées (i).
(i) Nous avons placé la B ibliologie dans la !'« division , parce que les premiers besoins d*un homme qui veut feuilleter les livres et faire usage d*une bibliothèque , doil connaître les livres ; il doit savoir lesquels appartiennent à la matière qu'il se propose d*étudier, et c'est la bibliographie encore qui doit diriger son choix et le fixer sur. les meilleurs ouvrages, sur les meilleures éditions.
Nos divisions et sous-divisions présentent de véritables améliorations par leur simplicité ainsi que par la clarté de leur distribution. Nous croyons en outre avoir contribué à faciliter l'arrangement de toute bibliothèque publique ou particulière et la recherche des livres en général.
Ceux qui, faute de connaître la méthode de se rendre une pareille besogne facile, se trouvent embarrassés dans Tarrangement de leurs collections, et qui finissent par s'en dégoûter en les voyant s'augmenter sans pouvoir en rendre l'usage commode, accueilleront peut-être volontiers ce projet. Quel est le propriétaire d'un millier de volumes seulement , qui n'a pas senti le besoin de les voir former un ensemble rationnel, tant par leur disposition sur les rayons que par la rédaction d'un catalogue? Mais souvent l'idée seule de mettre en ordre un nombre de volumes un peu considérable et d'en dresser le catalogue suffît pour TeAPrayer et lui faire abany donner une telle entreprise. Les exemples ne manquent pas , non seulement chez les particuliers, mais même dans les bibliothèques publiques.
Nous recevrons avec reconnaissance tous les rensei-
gnemens que l'on voudra bien nous donner sur les
erreurs que nous aurons commises ; nous accueillerons
.avec un vif empressement toute critique propre à nous
éclairer. •
Les observations que les bibliographes et les bibliothécaires voudront bien nous adresser, contribueront à rendre plus. parfait le système bibliographique , dont nous publions aujourd'hui le projet, et nous espérons pouvoir , au moyen de leur concours, arriver à la formation d'un système bibliographique général, qui puisse être adopté dans toutes les bibliothèques publiques.
Bruxelles^ le 35 juillet i839.
|). Umtiuv.