LETTRE D'APPROBATION
DE
iVW. SS. les Evêques de la Province de Québec,
A I«A JEUNESSE INSTRUITE DE IyA PROVINCE DE QUÉBEC,
Fils Bien aimés,
Dans leur 24ème décret: "De la liberté de l'Église et de ses rapports avec le pouvoir civil," les Pères de notre Cinquième Concile provincial disaient, en 1873; " Mais, pour que, dans l'occasion, la li- " berté et les droits de l'Église aient de courageux et savants défenseurs parmi les hommes du monde, soit juges, soit avocats, soit dé- <l putés du peuple, soit écrivains catholiques, il est très désirable que " des professeurs distingués par leur saine doctrine et habiles dans " les lettres et les sciences instruisent exactement là-dessus les élèves „ de toutes les Universités, Collèges et Académies, autant que possi- " ble. " Et, dans leur lOème Congrégation privée, les mêmes Pères exprimaient le vœu suivant en relation avec ce sujet: " Mais, de^ peur " que dans la matière si pleine de difficultés de la liberté de l 'Église " et de ses rapports avec le pouvoir civil, il ne se glisse quelque er- " reur, soit pour la doctrine elle-même, soit pour son application, les " Pères regardent comme désirable la publication snr cette matière 11 d'un manuel qui devra être approuvé par les Evêques, puis adopté " et suivi dans les Collèges, Académies, Universités, etc.''
C'est pour nous conformer à ce désir et mettre à exécution ce décret de notre 5ème Concile que nous avons fait préparer le présent manuel par des prêtres versés dans la Philosophie, la Théologie et le Droit Canon; et qu'après l'avoir mûrement examiné et revu avec grand soin, Nous l'avons approuvé: et nous vous le présentons avec confiance, Fils bien aimés, pour qu'il soit suivi dans l'enseignement et qu'il vous serve de guide dans l'étude et l'application de ces matières si importantes, si difficiles, mais malheurement si peu connues et sf mal comprises d'un grand nombre.
Depuis trop longtemps dans notre pays, le Droit s'étudie dans des livres tout imprégnés des principes du Gallicanisme, du Fébronianisme et du Joséphisme, du Césarisme en un mot. L,es auteurs ne voient partout que la prééminence de l'Etat, que la suprématie du pouvoir Civil; à leurs yeux, tout ce qui a le cachet de la légalité l'emporte sur les droits les plus sacrés, les droits imprescriptibles de la Sainte Eglise.
Il est d'une souveraine importance. Fils bien aimés, que vous, qui êtes destinés tôt ou tard, les uns à devenir les chefs de la nation, les autres à former, à diriger l'opinion publique, dans les différentes parties du pays, vous ayez des notions saines et précises sur tous ces points, pour vous-mêmes d'abord, et ensuite pour ceux que vous serez appelés à éclairer et à conduire.
Et, à cette occasion, nous ne pouvons mieux faire que de vous adresser les exhortations de l'illustre Pie IX: — " Faites doue consis- " ter toute votre sagesse dans une obéissance absolue et dans une libre u et constante adhésion à la Chaire de Saint Pierre. Car. animés ainsi " du même esprit de foi, vous serez tous consommés dans l'unité des " mêmes sentiments et des mêmes doctrines: vous affermirez cette " unité qu'il faut opposer aux ennemis de l'Église." ( Bref de Pie ix Au Cercle Catholique de la jeunesse de Milan, G mars 1873. )
" Et, dans ce combat, vous n'entrez pas en lice, pour votre liberté " religieuse seulement, et pour les droits de l'Ég.ise. mais encore pour u votre patrie et pour l'humanité tout entière, lesquelles marchent fa- " talement à la dissolution et à la ruine, dès qu'on leur retire la base " de l'autorité divine et de la Religion." ( ïref de Pie ix a l'association Catholique des Allemands a Mayence, lOféviier 1873. )
" Nous vous souhaitons en ces luttes si graves un secours part icu- " lièrement efficace, afin que, d'une part, vous ne franchissiez jamais " les limites de ce qui est vrai et juste: et. d'autre part, afin que vous " parveniez à dissiper les ténèbres qui offusquent les esprits." ( BREF de Pie ix aux rédacteurs de " la Croix. " EruxElLes, 34 mai 1874. )
" Une lutte de ce genre ne pourra que vous attirer les blâmes, les " mépris, les querelles haineuses; mais Celui qui apporta la vérité à " la terre n'a pas prédit autre chose à ses disciples, sinon qu ils seraient " odieux à tous à cause de son nom." (Bref de Pie ix au rédac- TEl k DtJ joi RNAL " IyK PEUPLE, " à Rodez. Il décembre 1876 1
La politique ou l'art de gouverner un Etat, n'est pas uniquement' souvenez-vous-en, une question d'hommes ou de partis ( quoiqu'il faille bien que des hommes et des partis la dirigent, surtout dans un gouvernement Constitutionnel, ); mais elle doit être basée sur des princijustes et exacts, conformes à la vraie doctriue, et avoir pour fin unique le plus grand bien de la Société.
Par l'étude de ces principes, par la connaissance que vous acquerrez, par votre fermeté à les appliquer et à les soutenir dans l'occasion, Votre Mère, la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, trouvera en chacun de vous, non-seulement un enfant dévoué, mais un défenseur intelligent et intrépide, soit par votre parole, soit par votre plume, dans les luttes électorales, à la tribune parlementaire, ou en quelque circonstance que ce soit. Toutefois, comme la force d'une armée dépend encore plus de la discipline que du nombre, vous vous ferez toujours un devoir de pratiquer fidèlement les recommandations de Notre Cinquième Concile:" Écoutez volontiers les avis de vos Évêques; " suivez leurs conseils, surtout quand il s'agit de ces questions si diffi- " ciles des relations pratiques entre l'Église et la société civile, telles / qu'elles êxistent dans notre pays."
Dans cette douce et consolante espérance, Nous vous accordons du f nd de Notre Cœur, Fils bien aimés , Notre bénédiction pastorale.
-j* e.-a., Arch. de Québec.
•f l.-f.. ev. de Trois-nivières.
•j* jean, ev. de s-g. de Rimouski.
•j- edouard-chs., ev. de Montréal, •j- antoine, ev. de Sherbrooke, f j. -thomas, ev d'ottawa.
f L.-z., ev. de st-Hyacinthe.
f dom., ev. de chicoutimi.
Québec, 20 octobre 1881.