‹ Manuel du jubilé, en forme de cathéchisme [sic] [microforme]Chapitre 5 sur 21 · FRS · texte numérisé non relu

FRS

D. Pourquoi mettez-vous l'amour del’ Eglise comme la dernière disposition nécessaire pour gagner le Jubilé ?

R. L'amour de l’Eglise est une disposition nécessaire pour gagner le Jubilé, principalement pour deux raisons ; 10 Parce qu’il est juste de reconnaitre, par cet amour, la tendresse et lamour de l'Eglise, qui, saintement empressée de voir Jésus-Christ formé en nous, se met ellemême en prières et en larmes, ct nnit tous ses enfants par des prières générales pour faire obtenir de Dieu une pleine indulgence ; 20 Parce que le but principal! de ce Jubilé est le bien universel de toute l'Eglise, pour tous les besoins de laquelle N.$. P.le Pape nous oblige de prier; ce que nous ne pouvons bien faire, si l’amour de l'Eglise ne nous anime et ne soutient nos prières.

D. Quelle différence y a-t-il entre le Jubilé et l’iudulgenee ?

KR. [ln’y en a point quand à l'effet; car celui qui gagne pleinement l'un ou l’autre, obtient également la rémission de tonte la peine temporelle due aux p‘chés actuels commis depuis le baptême ; mais il y en a beaucoup quand aux priviléges, car, 19 La cause du Jubilé est plus importante et plus manifeste ; 20 Il regarde les besoins généraux de la chrétienté ; 30 Il s'étend en tous lieux et sur tous les fidéles; 40 IT prescrit des œuvres plus satisfactoires ; 50 IT est plus impéiratoire, puisqu'il réunit les vœux et les désirs de toute l'Eglise ; 60 La forme est plus solennelle ; 70 11 donne une ample liberté aux pénitents de choisir tels confesseurs approuvés qu'ils voudront; 80 Et aux confesseurs divers pouvoirs considérables.

D. Combien y a-til de sortes d'érdulgences ?

R. Il ven a de deux sortes : l’ixdulgence plénière et l’indulsenve partielle.

D. Qu'entendez-vous par l’ivdulgence plénière ?

R. J'entends celle qui remet, lorsqu'on y apporte aucun obstacle, tous les peines temporelles dues encore au péché, après que la tache en est effacée par le sacrement de pénitence.

D. Qu'entendez-vous par irdulgence partielle ? R. J'entends celle qui ne remet qu’une partie de ces

peines : telles sont les indulgences de 40 jours, de 100 jours, d'un an, et autres semblables.

D. Quelle est l’origine de ces indulgences ? |

R. La voici: l'Eglise, dès les premiers siècles, avait fait des réglements de discipline, qu’on appelait canons pénitentiaux : car le mot canon en grec signifie régle. Ces canons attachaient une pénitence plus ou moins longue, plus ou moins sévère à certains péchés; par exemple :

Pour avoir abandonné la foi catholique, 2 ans de pénitence ;

Pour s'être parjuré avec connaissance, où pour avoir porté quelqu’autre à se parjurer, 40 jours au pain et à l’eau, et les 7 années suivantes en pénitence ;

Pour avoir fait une œuvre servile un jour de dimanche ou de fête, jeûner 3 jours au pain et ? l’eau ;

Pour avoir vendu à faux poids on à fausse mesure, 20 jours au pain et à l’eau; ct ainsi des autres péchés,

Durant le temps de pénitence, il y avait des pratiques de mortification marquées pour certains jours, telles que de faire abstinence et de jeûner, ou de jeûner au pain et à l’eau 2 ou 3 jours de la semaine. Ceux qui ne pouvaient pas supporter le jeûne ou l’abstinence, étaient cbligés d’y suppléer par des aumônes, des prières et d’autres œuvres de charité ; maïs la piété s'étant refroidie, l'Eglise, toujours conduite par le Saint-Esprit, a jugé à propos de se relàcher de sa première rigeur, et de faire remise d’une partie de ses pénitences, en vertu du pouvoir qu’elle en à reçu de Jésus-Christ. C’est la rémission de ces peines canoniques que l’on appelle indulgence de 40 jours, de 100 jours, etc.

D. L’indulgence plénière dispense-t-elle de faire pénitence ?

R. Non; parce que l’Eglise l’a toujours fait connaître par sa pratique. St. Paul n’usa d’indulgence envers l'incestueux de Corinthe qu'après avoir remarqué dans ce pécheur une dculeur amère de son péché et une sainte ardeur pour la pénitence. Dans les siècles où la pénitence publique était en usage, on n’usait d’indulgence à l'égard des pécheurs qne lorsqu'ils avaient déjà fait une

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D. Le contesseur peut-il différer l’absolution dans le saint temps du Jubilé !

R. Quoique le confessenr ait des pouvoirs plus étendus dans ee saint temps que dans un autre, néanmoins il ne lui est pas permis de donner l’absolution à ceux qui ne seraient pas bien disposés : autrement il trahirait son ministère, et le ponitent ne profiterait pas de la grâce du Jubilé.

D. Les confesseurs peuvent-ils différer le Jubilé à ceux qu'ils ne trouveruient pas en état de recevoir l’absolution ?

R. Oui; les confesseurs peuvent et même doivent différer le Jubilé à ceux qu'ils ne trouvent pas en état de rerecevoir l’absolution ; inais ce délai ne servirait qu’à ceux qui s'efforcent d'entrer duns de véritables sentiments de pénitence, de s'amender, de se remettre en état de recevoir au plus tôt l'absolution et de gagner le Jubilé.

D. Ceux qui, pour quelque empêchement légitime, ne peuvent aecomplir en tout ou en partie les œuvres prescrites par le Jubilé, sont-ils privés de la grâce du Jubilé ?

KR. Non; ils n’en sont pas privés. Ceux qui se trouveraient en voyage, sur terre où sur mer, pourront, dès qu'ils seront. de retour en leur domicile, ou s’ils s’arrêtent dans toute autre résidence, après le temps fixé par la bulle, gagner l'indulgence du Jubilé, pourvû que, vraiment contrits, s'étant confessés et ayant communié, ils remplissent les autres conditions prescrites dans Îe mandement de Monseigneur, A l’égard des personnes qui sont dans l'impuissance de faire les visites ou d’observer les jeûnes prescrits, les Ordinaires des licux pourront, soit par eux-mêmes, soit par les confesseurs, prescrire à toutes, ou chacune des dites personnes, d’autres œuvres de piété, de charité ou de religion, pour leur tenir respectivement lieu de ces visites.

D. Quels sont les priviléges que le Pape joint à lindulgence plénicre de ce Jubilé ? |

R. Ces privilèges sont : lo La liberté qu'ont les péni-

tents de s'adresser à tel confesseur qu’ils voudront choisir entre ceux qu sont approuvés par l'archevêque ; 20 Le pouvoir qui est accordé an confesseur d’ absoudre, au for de la concience et pour cette fois seulement, des censures et des cas réservés ; 30 La permission qu’a le confesseur, pendant le Jubilé, de commuer tous les vœux {excepté ceux réservés dans la bulle) en d’autres œuvres de piété et utile au salut.

D. Q'appelle-t-on l’année sainte ?

R. On appelle année sainte la 25, la 50, la 75e et la 100e année de chaque siècle.

D. Pourquoi appelle-t-on ces année années saintes ?

R. On les appelle ainsi, à cause du grand concours des fidèles de tout pays, qui, par un esprit de piété, visitent, dans ces années, les quatre principales églises de Rome ; et parce que les fidèles, en visitant ces églises et en accomplissant les œuvres de religion prescrites, gagnent l’indulgence pléniére

D. Les fidèles qui ne vont point visiter ces églises de Rome, peuvent-il gagner le Jubilé de l’année sainte ?

R. Oui; parce que les papes accordent ordinairement à tous les fidèles après la fin de chacune de ces années jubilaires, un certain temps pendant lequel, en visitant les églises désignées par leur évêque diocésain ou par ceux qui en ont reçu de lui le pouvoir, et en accomplisgant les autres œuvres prescrites, ils peuvent gagner lo Jubilé.

D. Les papes accordent-ils quelque fois des indulgences plénières en forme de Jubilé ?

R. Oui et en plusieurs occasions ; par exemple, au commencement de leur pontificat; dans quelque besoin pressant de l’église, ete ; le présent Jubilé appartient à cette catégorie.

D. Le Jubilé est-il une chose nouvelle en ce pays ?

R. Non; ily en aeu plusieurs, soit de ceux que les souverains pontifes ont coutume d’accorder à chaque 25e année, soït de ceux qu’ils accordent au commencement de leur pontificat, ou pour obtenir des grâces du ciel dans de pos besoins de l'Eglise. Voir le tableau ci-après. D. Qui sont ceux qui ne o gagnent pas le Jubilé, quoi-

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R. Ceux quin’ont pas une ferme volonté de changer de vie, et qui conservent de l'attachement au péché on aux occasions qui y portent.

D. Quelles sont les marques pour connaitre si l'on a gagné le Jubilé ?

R. Il n’y en a point d’évidentes ; mais il y en a, cependant, qui donnent une assurance morale et capable de bannir les troubles de la conscience. Voici les principales : 10. Quant on a une extrême horreur du péché ; 20. La résistance continuelle aux passions et aux mauvaises habitudes ; 39. Lamour du prochain, surtout des ennemis ; do. Le détachement des biens de la terre ; 5o. La patience et la sonmission à la volonté de Dieu, dans ce qui nous arrive de fâcheux ; 60. Le progrès dans la pratique des vertus chrétiennes, surtout de celles qui sont propres à notre état.

D. Que faut-il faire pour conserver la grâce du Jubilé ?

R. Il faut, 10. Avoir une ferme persuasion que notre salut est notre unique affaire ; 20. Penser sonvent à la grandeur et à l'excellence de la grâce que l’on a reçue, à l'extrême ingratitude qu’il y aurait de la mépriser, et au tort que l’on se ferait en la païdant par sa faute ; 3o. Avoir un plan de vie chrétienne, dans lequel on trouve tous les exercices de piété convenables à son état, et être fidèle à les observer; 49, S’appliquer particulièrement à combattre les passions qui sont en nous les plus vives et les plus dangereuses, comme aussi à acquérir ef à pratiquer les vertus dont on a le plus besoin; 50. S’approcher fréquemment des sacrements de pénitence et d’eucharistie, avec religion et non par coutume et par respect humain ; Go, Ne souffrir rien sur sa conscience qui l’inquète, mais s’éclaircir avec un confesseur expérimenté et qui nous connaisse, afin de ne pas agir dans lo doute contre ce que la loi de Dieu demanderait de nous ; 70. Se faire un honneur et un devoir des pratiques de piété, comme de la dévotion envers la sainte Vierge et à son ange-gardien; de l’assistance aux offices de l'Eglise, aux

instructions qui se font dans sa paroisse ; de la vigilance sur ceux qui dépendent de nous, les édifiant par de bons exemples, et les aninant pur des paroles d’édifications selon les circonstances ; enfin, pratiquant toutes les œuvres de miséricorde selon les occasions, avec une ferme confiance qui, si nous persévérons dans ces heureuses dispositions, Dieu nous fera miséricorde.

D. Y at-il des cérémonies particulières qui s’observent à Rome, à l'ouverture du Jubilé de l’année sainte ?

R. Voicicelles que Grégoire XITL établit, et qui ont été suivies par ces successeur Ce l'ape ne crut pas qu'une si grande grâce qu'il accordait à tous les fidèles, dût se conférer sans quelques cérémonies extérieures, qui frappant les fidèles, leur donnassent une haute idée du grand Jubilé, sachant, comme dit St. Augustin, qu’on va des choses visibles aux invisibles, des choses corporelles aux spirituelles, et des choses temporelles et passagères aux choses éternelles.

La veille de Noël et avant vêpres, le Pape, après avoir entonné le Vexr, Creator, dans la chapelle sixtine, va processionellement, et avee tout l'appareil que peut inspirer la religion, à la porte- sainte, qui est une de celles de la basilique de St. Pierre. IL reçoit un marteau d'or de la main du gran pénitencier, ct frappe de trois coups le mur dont elle est toujours fermée, en chantant le verset : Aperite miki portas justiciæ, etc. Après la démolition de la maçonnerie, et pendant que les pénitenciers lavent cette porte d’eau bénite, le Pape est à genoux devant celle. Cette cérémonie achevée, il se léve, prend la croix, entonne le Te Deum, et entre le premier dans l'église, suivi des cardinaux et de la nombreuse procession qui l’a accompagné. T'rois cardinaux légats ouvrent, avec les mêmes cérémonies, les trois autres portes saintes des églises désignées dans la bulle du Jubilé. L’année sainte étant expirée, on referme la porte-sainte la vielle de Noël. Le Pape bénit les pierres et le mortier, et pose la premère pierre; la même cérémonie a lieu aux trois autres églises.

Onfait cette cérémonie la veille de Noël, parce que la naissance de Notre-Scigneur est la source féconde de toutes les grâces que nous recevons de sa libéralité.

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On chante des versets, des psaumes, et on fait des prières par lesquelles on reconnaît sa puissance et sa bonté suprême, et on demande avec ardeur ses grâces et ses miséricordes ; confessant par là que l’homme ne peut rien sans lui, et qu'il n’est qu’un néant devant sa divino Majesté.

La porte murée figure la dureté du pécheur qui résisto à la grâce et qui a tant de peine à se rendre mais qui rouvre enfin son cœur brisé et contrit, pressé par les miséricordes sans nombre du Seigneur son Dieu.

Les pénitenciers lavant cette porte d’eau bénite, pour marquer que Ja conscience du pécheur étant lavée par ses larmes, qui sont un don de la grande bonté de Dieu, elle est purifiée par le sang de Jésus-Christ, dont les pénitenciers sont, par leur dignité, les dispensateurs,

On chante le Te Deum, pour reconnaître que la conversion des pécheurs vient de Dieu, et pour lui en rendre de très-humbles actions de grâces.

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